Voici, extrait du site de Renaud Camus, la réponse d'un journaliste de "Têtu" expliquant le refus de publication d'un entretien avec RC :

La fin de cet entretien ne peut pas être publiée dans Têtu. Je cite : «Avez-vous voté Le Pen aux dernières élections présidentielles ? – Absolument pas. Je n'approuve pas du tout ses pochettes de veston. Vous me direz que c'est un détail, mais tout de même...»
C'est moi qui souligne "c'est un détail", car dans votre bouche et en réponse à une question sur Jean-Marie Le Pen, ce "détail" produit un effet de sens totalement obscène, puisqu'on pense immédiatement à Le Pen lui-même, qui juge que l'existence des chambres à gaz est un détail de l'histoire de la seconde guerre mondiale (ce qu'elle n'est pas, contrairement à ses pochettes, qui sont infiniment moins importantes que ses idées, dont vous ne dites rien).


J'ai découvert cet entretien avec étonnement en août 2002. Je venais de finir Buena Vista Park, livre épuisé emprunté à la bibliothèque de Paris. Or dans ce livre ce trouve ces quelques lignes:

  • Hypocrisie

Imaginez le contexte et les explications nécessaires pour rendre tolérable, si c'est possible, l'affirmation suivante: qu'Untel a des cravates trop monstrueuses pour gouverner la France.

Renaud Camus, Buena Vista Park, p.30

  • Sainteté

Ne pas donner de signe, ne rien expliquer, renoncer à paraître, refuser de se justifier, ces abstentions vont de pair avec la plus grande maîtrise bathmologique (mais elle n'en sont pas la marque, ce serait trop facile, de sorte qu' on ne sait jamais.
Rapprocher cela de certaines sagesses orientales; ou de la tradition héroïque : le héros, ou simplement le gentleman, ou même l'épouse vertueuse, accusés de félonie refusent de se justifier. Etc.

Une sainteté bathmologique?

Ibid., p.22

Ainsi donc, Renaud Camus s'était trouvé dans un contexte tel qu'il avait pu mener son expérience à bien... J'étais partagée entre le rire et l'étonnement: aucun "vieux" lecteur ne s'en était-il aperçu?
(A leur décharge, précisons que Buena Vista Park était alors difficile à trouver. Aujourd'hui, il est (plus ou moins légalement, mais Hachette/P.O.L ayant disparu, il est difficile de savoir qui disposent des droits) en ligne.


De cette expérience je tirai deux conclusions : Renaud Camus était capable de se taire, de faire des private jokes sans jamais les partager. Prétention ou humour ou goût pour la victimisation, il n'avancerait aucune explication à décharge.
D'autre part il fallait tout lire et ne compter sur personne : les recoins recélaient des explications, il fallait les trouver, les comprendre, les lier.