A défaut de texte de réflexion, on trouve cette description tendrement satirique dans Roman Roi, p379 et suivantes (la scène se situe en Europe centrale dans les années trente):

Il fallait voir la tête du malheureux Tinit, en civil, confronté à un genre de musique dont il n'avait jamais imaginé qu'elle pût seulement exister, j'en jurerais, lui auquel Mozart demande un effort d'attention. (...) La Suite sylvestre n'a de sylvestre que le nom, et elle le doit au lieu de sa composition, dans les environs de Ladore. Tinit, pendant son exécution, commençait à se persuader que son Roi et lui s'étaient égarés parmi les fous. Mais ce fut bien pire lorsque commença le quatuor. Je n'ai moi-même jamais rien entendu de pareil, ni même de vaguement approchant. Pas de mélodies, aucune phrase musicale perceptible, des sons, tous plus bizarres les uns que les autres et que rien, semble-t-il, ne lie entre eux, sinon, peut-être, une volonté de violence furieuse dans les contrastes. (...) Le cinquième et dernier mouvement n'est que fulgurances de foudre et de magma cosmique en décomposition dans une nuit millénaire. Le premier violon s'affole hystériquement en des traits déchiquetés lancés contre la masse bouillonnante, la fusion grondante, sinistre, des trois autres instruments. Rien ne se résout. Une fin très abrupte survient au contraire, quand ceux des auditeurs qui souffrent le plus ont renoncé à l'espérer. Elle suggère paradoxalement l'éternité.
[…]
— […] C'est une des oeuvres les plus grandioses que j'aie jamais entendues.
A peu de choses près, nous nous sommes tous, sauf peut-être Tinit, ralliés, depuis la soirée du 23 février, à cette opinion. Et nous sommes sincères, si j'en juge par moi-même. Mais nous l'aurions été tout autant si, entendant le XIe quatuor par hasard, nous nous en étions moqués comme d'une absurdité.[…]