Véhesse

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jeudi 3 octobre 2002

Roman Roi, quelle réception en 1983 ?

Prépubliées dans les colonnes du dandyesque Promeneur, les premières phrases de Roman Roi avaient ébloui. Le livre même, en 1983, jetait un certain froid, et surtout un désarroi certain. C'était l'année de Femmes. C'était aussi, pour nous, l'année de Conséquences, revue née à Cerisy dans l'entourage de Jean Ricardou (...). C'était surtout l'année des « choix à faire ». Et tout indiquait que Camus s'était trompé lourdement en ayant commis ce roman historique dans la veine de Caroline chérie. Magnanime, on lui donnerait pourtant la chance de s'en expliquer à nos abonnés, malgré notre frilosité à l'égard de l'interview, exercice mondain peu compatible avec les impératifs de tout labeur théorique un tant soit peu costaud. (...). Puisque Renaud Camus n'était pas Jacques Laurent (il avait le bon goût de signer de son propre nom ses pochades, réservant le tourbillon de ses hétéronymes à l'essentiel de sa production), comment voyait-il ce gouffre entre les deux volets de son activité scripturale ? De retour de chez Camus, les deux membres du comité qui étaient allés le voir (...) pouvaient seulement confesser leur perplexité, leur agacement, leur incrédulité aussi, tellement les réponses de l'écrivain avaient désarçonné leur bonne volonté. Si mes souvenirs sont exacts, il aurait tenu à la fois le rôle de Laurent et de Pessoa, avouant sans scrupule la commande alimentaire, feignant aussi de croire dur comme fer - tel un nouveau Roland prêt à dégainer l'épée pour fonder sur quiconque douterait de ses Personnes - à l'existence réelle des êtres qui se cachaient derrière ses noms de plume.

Jan Baetens - extrait de Une vie de refus



le 09/12/2007. Je me souviens du rire de Renaud Camus, alors que je lui disais en décembre 2005 que Tricks avait dû surprendre et choquer après les Eglogues: «C'est surtout Roman Roi qu'on ne m'a pas pardonné

Roman Roi, rêve d'enfant

CARTES

Enfant, je passais des heures à tracer des cartes de pays imaginaires, d'une folle complication. Tel Etat par exemple était divisé entre catholiques et protestants. Mais les régions protestantes n'étaient pas d'un seul tenant, et surtout, elles recelaient toujours en leur sein des provinces catholiques, lesquelles comptaient plusieurs enclaves protestantes, qui à leur tour, etc. (un raffinement particulièrement jouissif était que le fief le plus enclavé fût le fief familial du souverain (d'où il arrivait qu'il tentât de gouverner)).

Dans le même pays se parlaient au moins deux ou trois langues, mais les frontières linguistiques, bien que tout à fait aussi retorses, sinon davantage, que les frontières religieuses, ne coïncidaient en rien avec elles. A tout cela se greffaient des problèmes dynastiques inextricables.

Cette situation aboutissant régulièrement à de furieuses guerres civiles, tout en renversements d'alliance (selon qu'un facteur de regroupement en remplaçait un autre), mes cartes devaient encore faire état de fronts multiples, éternellement changeants. L'homme providentiel survenait au moment où sur la feuille de papier ne pouvait plus être introduit le moindre pointillé.

Buena Vista Park, (1980), p 61

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