Le rire

Je riais.
– Pourquoi tu t'marres ?
– Parce que je suis content. C'est vachement bien.
– J't'aime bien, tu t'marres tout l'temps…

Renaud Camus, Tricks, p.87, (P.O.L 1988)

Rémi Santerre

Dans L’Écart, de Rémi Santerre, j’apparais en tant qu’ Othon, peut-être parce que j’ai été affublé pendant toute mon enfance, en classe en particulier, de noms d’autos, ceux des modèles successifs de la régie Renault : 4 Chevaux, Dauphine, Frégate, ils y sont tous passés.

Jean-Renaud Camus et Denis Duvert, Été (Travers II), p.185

Couverture mode d'emploi

Réponse à un coup de blues d'Eudes, déposée ici en souvenir des heures heureuses du forum.

Le plus important dans la couverture de cheval, c'est le cheval. Evidemment, s'il vous manque cet élément essentiel... (et l'odeur du cheval. Mais bon.)

Si vous avez un marteau et un clou, pliez la couverture en quatre pour en déterminer le centre. Placez le clou au-dit centre, et clouez la couverture au plafond. Placez quatre livres très lourds sur la couverture de façon à lui donner la forme d'un tipi. Asseyez-vous devant, les jambes en tailleur, et fumez votre calumet les yeux mi-clos. Sans musique, le silence. Regardez la fumée. Essayez de faire des ronds de fumée. N'abandonnez pas avant de parfaitement maîtriser la technique. Puis sortez dans le monde et surprenez-le par votre maîtrise du rond de fumée.

Si vous n'avez pas de marteau ou de clou (ou si vous avez peur de vous taper sur les doigts), prenez du liquide vaisselle, de l'eau, une fourchette, des trombones. Pliez un trombone en forme de cercle. Fixez-le à la fourchette grâce aux autres trombones. Mélangez le liquide vaisselle et l'eau dans des proportions il est vrai toujours difficile à préciser (Là se reconnaît l'expérience. Mais vous avez le temps. N'ajoutez que très peu d'eau à la fois). Puis enroulez-vous dans votre couverture devant la fenêtre ouverte (s'il y a trop de bruits, choisissez une heure (relativement) silencieuse de la nuit) et faites des bulles de savon. Prenez votre temps. Regardez les enfler, se détacher, flotter, se poser sur les surfaces douces, éclater sur les surfaces dures... Soufflez doucement, fortement, des petites bulles, des grosses bulles, des énorMES bulles...

Dernière chose : songez à aérer votre couverture de cheval. Mettez-la au soleil, dans le vent (même pollué), dans la journée. Emmenez (oui, pas "emportez")-la sur les plages se poisser de sel et se charger d'iode. Elle n'en peut plus d'être enfermée.

Le journal comme imposition de la forme

Quant à mon goût pour la forme journal, c’est un goût pour la forme, tout simplement ! Le journal est un procédé pour imposer une forme à la vie. J’ai risqué plusieurs fois (...) le concept de “graphobie”, c’est à dire de vie écrite (...), d’obsession littéraire, d’impérialisme absolu de la littérature, de littérature souveraine, comme procédé d’imposition de la forme – ou, si l’on veut, de la phrase, de la syntaxe – à l’existence, et le journal est l’instrument même de ce qui est peut-être une utopie, mais une utopie qui tend à de sérieux débuts de réalisation, c’est à dire l’imposition de la phrase à la vie, la journée conçue comme un beau paragraphe... ou un mauvais paragraphe, mais en tout cas comme un paragraphe, une page. (...) J’assume le fait que, certainement, je vis différemment du fait que tout doit être écrit, oui, mais au contraire c’est une joie ! (...) Ce qui n’a pas été écrit n’a pas été vécu.

Renaud Camus dans l’émission «Lettres ouvertes» présentée par Christian Giudicelli et Roger Vrigny
13/07/1994
France Culture
Les différents genres de l'autobiographie

Publier un journal

Réponse à un message de GC

annonçant en cela l’affirmation selon laquelle les Vaisseaux brûlés sont une extension du genre journal. (Et pourtant, la notion de « chronique » me semble en contradiction de celle d’ « hyper-livre ».))

Qu'est-ce qui vous paraît contradictoire? Une chronique devrait être linéaire, chronologique, comme son nom l'indique?
Et pourtant, ne dispose-t-on pas (enfin) avec l'hyper-livre d'une façon de raconter, de reprendre le temps, bien plus proche de la façon dont fonctionne notre cerveau, de la façon dont nous vivons le temps? Car nous ne nous souvenons pas de façon linéaire, mais par associations d'idées, un mot, un acte, nous font associer — actualiser, remonter au présent — des souvenirs dont les dates peuvent être éloignées dans le temps. Avec l'hyper-livre, la chronique ne se déroule plus sous le signe du temps physique, linéaire, mais du temps humain, qui procède par sauts, par boucles. Chaque moment du présent est «ce qui se n'est jamais présenté», mais également, souvent, ce qui nous rappelle d'autres situations, évoque d'autres mots, pris dans n'importe quel moment de notre mémoire. L'hyper-livre pour rendre enfin l'épaisseur du temps, et non plus son écoulement?


Je ne crois pas d’ailleurs que cette impression de porte-à-faux soit réservée au lecteur tardif (de 2003), puisque, lors de la publication du journal 1992, en 1997, le château de Plieux avait déjà été – et depuis un lustre – acheté,
Oui, c'est très étrange d'écrire "comme si" les événements étaient en train de se passer, et donc avec toute l'incertitude que comporte un acte au présent, cette opacité de ses conséquences futures, et en même temps de se situer à un moment où les-dites conséquences sont connues. L'auteur a alors le choix de faire "comme si" il (et ses lecteurs) ne le savai(en)t pas, ou au contraire le prendre en compte, et nous raconter comment maintenant il relit les épreuves de son journal d'il y a quelques années (ou quelques mois «A peine aurai-je regagné Paris je devrai quitter, en effet, le petit appartement sous les toits [...] Et certes je ne sais pas ce que je ressentirai lorsque cette heure, si proche, sera venue. Mais moi je le sais, qui recopie, non sans permutations ni rajouts, ces pages six mois plus tard,[...]» L'élégie de Chamalières p 66 éd Sables. (NB: il le sait, mais ne le dira pas ici.))
Une autre question que je me pose souvent est de quelle façon le fait d'écrire sa vie influence-t-il sur la vie elle-même. Vit-on de la même façon quand on sait que l'on va raconter ce que l'on vit? Cela pèse-t-il au moment d'effectuer certains choix? (Disons-le tout de suite : je suis persuadée que oui.) Ne développe-t-on pas, à tenir un journal avec autant de constance, un sens supplémentaire, sorte de chambre d'enregistrement, dont la composante (la conséquence) spirituelle serait une distance face aux événements vécus, le corps (le cerveau) transformé en caméra, de ce fait la réalité analysée en continu, médiatisée perpétuellement, et non plus reçue de plein fouet?


d’impérialisme absolu de la littérature, de littérature souveraine, comme procédé d’imposition de la forme – ou, si l’on veut, de la phrase, de la syntaxe – à l’existence, et le journal est l’instrument même de ce qui est peut-être une utopie, mais une utopie qui tend à de sérieux débuts de réalisation, c’est à dire l’imposition de la phrase à la vie,

Je reviens à cet entretien. Ces lignes m'ont réellement ouvert un horizon inattendu, qui pourtant depuis toujours était évident, placé devant moi.

Journal : texte un peu particulier, dans lequel l'auteur note ses remarques jour après jour, sorte de chronique du temps qui passe.
Mais il s'agit ici, donc, d'autre chose. On ne raconte pas après coup, on vit pour raconter, dans les deux sens du terme : chaque heure vécue en conservant à l'esprit qu'elle sera racontée, et chaque jour (ou presque) des heures consacrées à écrire.
Ainsi, il s'agit d'imposer, par la discipline du journal, une forme à la vie toute entière. Depuis presque vingt ans maintenant, cette discipline a été scrupuleusement respectée.
Quelle astreinte, quelle auto-discipline. A chaque fois que j'y pense, un vertige me saisit. Quel extraordinaire travail d'ascèse. Pour incarner la littérature. Donner chair. Ça alors. Quelle idée. Je ne m'y fais pas.

Comment reconnaître un film X

Parfois on recherche la coïncidence des trois temps (de la fabula, du discours, de la lecture) à des fins très peu artistiques. La temporisation n'est pas toujours un signe de noblesse. Je me suis un jour demandé à quoi on reconnaît scientifiquement un film pornographique. Un moraliste répondrait qu'un film est porno s'il contient des représentations explicites et minutieuses d'actes sexuels. Pourtant, lors de nombreux procès pour pornographie, on a démontré que certaines œuvres d'art recourent à ce type de représentations par scrupule de réalisme, pour dépeindre la vie telle qu'elle est, pour des raisons éthiques (on représente la luxure afin de la condamner) et que de toute façon, la valeur esthétique de l'œuvre rachète sa nature obscène. Comme il est délicat de dire si une œuvre a vraiment des préoccupations de réalisme, si elle a de sincères intentions éthiques, et si elle atteint des résultats esthétiquement satisfaisants, j'ai établi (après avoir analysé maints hard-core movies) une règle infaillible.
Il faut savoir si, dans un film représentant des actes sexuels, lorsqu'un personnage prend une voiture ou un ascenceur, le temps du discours coïncide avec le temps de l'histoire. Flaubert met une ligne à nous dire que Frédéric a voyagé longtemps; dans les films normaux, quand un personnage monte en avion, on le voit débarquer au plan suivant. En revanche, dans un film porno, si quelqu'un [...] ouvre un frigo et se verse une bière pour la siroter au creux d'un fauteuil, l'action prend autant de temps que cela vous prendrait chez vous pour faire la même chose.
La raison en est très simple. Le film porno est conçu pour satisfaire le public par la vision d'actes sexuels, mais il ne peut offrir une heure et demie d'accouplements ininterrompus, ce serait fatigant pour les acteurs et cela finirait par devenir assommant pour les spectateurs. Il faut donc distribuer l'acte sexuel au cours d'une histoire. Or, personne n'est dispensé à dépenser de l'argent et des trésors d'imagination pour concevoir une histoire digne d'intérêt, dont le spectateur se ficherait parce qu'il veut du sexe. L'histoire se réduit donc à une série minimale d'événements quotidiens — aller quelque part, mettre un pardessus, boire un whisky, parler de chose sans importance — [...]. C'est pourquoi tout ce qui n'est pas sexuel doit prendre autant de temps que dans la réalité, alors que les actes sexuels doivent prendre plus de temps qu'ils n'en requièrent en général dans la réalité. Voici donc la règle : si dans un film, deux personnages, pour aller de A à B, mettent un temps égal à celui qu'il faut en réalité, nous avons la certitude de nous trouver face à film porno. Bien entendu, il doit y avoir aussi des actes sexuels sinon Im Lauf der Zeit de Wim Wenders, qui montre pendant presque quatre heures deux personnes voyageant en camion, serait un film pornographique, ce qu'il n'est pas.

Umerto Eco, Six promenades dans les bois du roman, p 67 dans le livre de poche

Et c'est toujours avec un grand plaisir que je m'imagine le professeur Eco affalé dans son salon, une bière à la main, regardant films X après films X.
Sa femme entre :
— Qu'est-ce que tu fais, chéri?
— J'étudie le temps de la narration.

«Ne lisez pas ce livre!» version Kierkegaard

1-1. L'auteur ne savait pas, évidemment, en formulant cette négative injonction, qu'elle allait être prise à ce point au pied de la lettre, et qu'il serait si bien entendu.
1-2. […] Au lieu de quoi pas un article, des semaines durant, pas le plus étroit entrefilet, pas un seul mot nulle part au sujet de sa prose.

Vaisseaux brûlés, premières phrases


Il y a une chose que je puis dire sans aucun doute, en toute vérité, du sort de ce petit ouvrage [Miettes] : il n'a éveillé aucune sensation, absolument aucune.
[…] Sans aucune sensation, sans aucune effusion de sang ni d'encre, l'ouvrage est resté inaperçu, il n'a pas été l'objet de compte rendus, il n'a été nommé nulle part.
[…] Par suite de quoi l'auteur se trouve aussi dans l'heureuse situation de n'être, en tant qu'auteur, redevable de rien à personne. Je veux dire aux critiques, auteurs de compte rendus, intermédiaires, jurys littéraires, etc., qui dans le monde littéraire ressemblent aux tailleurs dans le monde bourgeois où ils «font» quelqu'un : ils donnent à l'auteur de la façon, il mettent le lecteur sur la bonne voie; grâce à eux et à leur art, un livre devient quelque chose. Mais ensuite il en va pour lui avec ces bienfaiteurs comme encore, d'après le mot de Baggesen, avec les tailleurs : «ils fusillent à nouveau leur monde, avec les notes qu'ils présentent pour leur "création." » On en vient à leur devoir tout, sans même pouvoir payer cette dette par un nouveau livre, car on doit à nouveau la signification de ce nouveau livre, au cas où il en reçoit une, aux bons offices et à l'art de ces bienfaiteurs.

Soren Kierkegaard, Post-scriptum aux Miettes philosophiques p19, collection Tel chez Gallimard

Définition du crétin

(NB : «Crétin des Alpes» est une des expressions de Josyane Savigneau pour désigner qui lui déplaît.)

Le crétin simple est pris d'irrépressibles crises de fou rire en lisant du Christine Angot, du Michel Rio ou du Guillaume Dustan, il considère d'un œil indifférent les critiques que publient les suppléments littéraires des grands quotidiens, voire les magazines spécialisés, il n'accorde guère de crédit aux prix littéraires.

Pierre Jourde, Le crétinisme alpin, in Petit déjeuner chez Tyrannie, p 123

Commenter les journaux

Que commenter littérairement d'un journal? Faut-il se contenter de parler de la forme? Mais alors, qu'est ce qui distinguera le commentaire d'un tome de journal de celui d'un autre tome? Peut-on parler des "péripéties" sans s'immiscer dans une intimité qui n'est pas la nôtre? (Sans compter que l'on sait qu'il y a toutes les chances que l'auteur vienne à lire nos commentaires, ce qui retient encore la plume : nous ne pouvons écrire comme s'il s'agissait d'un personnage de roman : non, un vivant passe parmi nos messages et nous lit parlant de lui (alors que nous ne le connaissons pas. Qu'est-ce que connaître quelqu'un dont nous lisons la vie (ce qu'il nous en dit) sans l'avoir rencontré (le connaissons-nous plus ou moins qu'à l'avoir côtoyé pendant quinze ans de notre vie?)). Périlleux exercice, à mon sens, vertigineux exercice de forme, de retenue, de politesse. Peut-être finalement Renaud Camus a-t-il inventé un exercice d'ascèse à l'usage de ses lecteurs, l'ultime examen de paraître : "merci de commenter ma vie devant moi". Brrr...)

Parler de l'œuvre

Buena Vista Park illustre toute la difficulté de ce que peut être discuter d'une œuvre littéraire. En effet, à mes yeux, au point où j'en suis de ma lecture, somme toute très limitée encore, de l'œuvre camusienne, Buena Vista Park est sans doute le livre le plus difficile de Renaud Camus.

Je l'ai lu à l'automne, il est disponible à la bibliothèque de Paris.
J'essaie (bravement, m'a dit un lecteur : avec tout ce que ce mot évoque d'application un peu scolaire et de courage un peu ridicule) de mettre des commentaires sur le site[1] au fur à mesure de mes lectures, un tribut, en quelque sorte.

Concernant Buena Vista Park, j'y ai renoncé. Trop difficile. Pourtant, d'un naturel têtu, pour ne pas dire buté, je me suis obstinée, je l'ai lu et relu, espérant qu'un angle d'attaque finirait par m'apparaître. Rien. Je le connais presque par cœur, il est si facile: des petits paragraphes, des aphorismes, un livre auquel je pense à tout propos, lorsque j'allume une cigarette dans la rue ("dans mon enfance, seules les prostituées..." (je cite approximativement, je n'ai plus le livre entre les mains)), en écoutant Joseph Wilson dire à une émission de France Culture qu'il déplore la dégradation de la politesse dans les relations internationales ("pendant la guerre de sept ans les militaires ennemis échangeaient des civilités entre deux batailles"), en lisant Proust (les horizontales, le ciel de Paris), lorsque Renaud Camus déplore le mauvais goût dans le choix de cravate de tel homme politique, etc.
Un livre tellement facile, clair, souvent drôle. Et une citation des Dupont et Dupond pour finir, et cette phrase (toujours de mémoire) qui clôt le livre : «le batmologue dirait: je dirais même moins».

Jamais, si j'avais commencé par la lecture de Buena Vista Park, je ne l'aurais trouvé difficile : mais non, tout est évident, voyons. Mais il se trouve que j'avais d'abord lu dans Du sens les pages sur Pascal et l'herméneutique (p 166 et suivantes). Me plongeant alors dans Pascal et Pierre Force, j'ai vite perdu pied: commenter Buena Vista Park à partir de Pascal? Encore une minute, Monsieur le bourreau.

Donc Buena Vista Park est un livre tout en légèreté, enraciné dans Pascal, partant dans l'étude des textes juifs (cf Pierre Force), imprégné de Barthes (toujours cette envie de parler de barthmologie), de l'étude de la mode, de ce qui passe et ce qui reste, de ce que nous sommes et ce que nous pensons que nous sommes.

Car qu'est-ce que penser (sentir) seul? La citation que vous avez choisie illustre parfaitement ce point : pourquoi aime-t-on ou pas ce qu'on aime. Qu'est-ce qu'un goût personnel dans une vie en société, est-ce autre chose qu'une convention, une adhésion ou un rejet des valeurs proclamées autour de nous ou dans notre famille, autre chose qu'une fidélité ou une nostalgie à ce que nous avons aimé enfant? Y a-t-il un goût personnel, un mouvement qui vienne purement de soi, est-ce ici qu'il faut lire la phrase "il n'y a pas de goût, il n'y a que des états culturels"?

Je verrais également apparaître dans Buena Vista Park une catégorie peu étudiée, celle du courage. Car la promenade dans les niveaux peut nous ramener à tout moment à ce qui peut paraître le niveau un (ou deux, le niveau le plus ostentatoire : "les intellectuels d'aujourd'hui restent indéfiniment coincés dans le second degré" (quelque part dans Du sens)). Il faut alors le courage d'afficher cette attitude de niveau un ou deux, arborer un sac Vuitton ou ne pas mettre de bandeau, sans s'expliquer, sans donner les raisons de sa décision. Etre, et "en dire moins". Il faut le courage de ne pas afficher l'ensemble de sa démarche, à quel niveau de la spirale on se situe, courage de ne pas paraître cultivé, ou "de bon goût", courage d'être ou ne pas être à la mode, parce qu'on sait pour soi-même à quel niveau on se trouve, et qu'on abandonne la prétention de prouver aux autres sa culture ou son intelligence. La bathmologie appliquée au quotidien serait en quelque sorte un éloge de l'humilité.

Notes

[1] Rappel: les billets d'avant mai 2006 ont été écrits d'abord sur le site de la société des lecteurs de Renaud Camus.

entrée en politique

Question de GC sur le site de la SLRC :

Je m’interroge : le Maître ne s’est-il pas aussi embarqué dans l’aventure politique pour varier les modes de narration (et les thèmes) du journal ?

Voilà une intéressante hypothèse. Elle a un aspect jusqu'au-boutiste (jusqu'au bout dans la soumission à la littérature) tout à fait séduisant.

Plus simplement, je trouve ces quelques mots dans Retour à Canossa p233 : «Je dois avouer qu'il m'arrive d'avoir une haute idée de ma sagesse politique lorsque j'entends tel ou tel élu ou chef de parti exprimer dix ans plus tard ce que je pensais à telle ou telle époque — et pense encore —, mais qui alors pouvait à peine être dit, tant c'était peu dans l'air du temps.»
Peut-être n'est-ce que la décision de nous faire profiter de sa clairvoyance...

(Et je me souviens de ma surprise, lisant Du sens, me disant «Mais Le Pen au second tour, c'est l'événement qui donne raison à Renaud Camus. Il est temps de parler de l'immigration.» Et je m'attendais naïvement à ce qu'il soit invité à la radio et ailleurs, et qu'enfin on ait le droit de poser les questions qu'on souhaitait, et le droit d'examiner les réponses, oui, non, peut-être. Mais rien.)

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