Quant à mon goût pour la forme journal, c’est un goût pour la forme, tout simplement ! Le journal est un procédé pour imposer une forme à la vie. J’ai risqué plusieurs fois (...) le concept de “graphobie”, c’est à dire de vie écrite (...), d’obsession littéraire, d’impérialisme absolu de la littérature, de littérature souveraine, comme procédé d’imposition de la forme – ou, si l’on veut, de la phrase, de la syntaxe – à l’existence, et le journal est l’instrument même de ce qui est peut-être une utopie, mais une utopie qui tend à de sérieux débuts de réalisation, c’est à dire l’imposition de la phrase à la vie, la journée conçue comme un beau paragraphe... ou un mauvais paragraphe, mais en tout cas comme un paragraphe, une page. (...) J’assume le fait que, certainement, je vis différemment du fait que tout doit être écrit, oui, mais au contraire c’est une joie ! (...) Ce qui n’a pas été écrit n’a pas été vécu.

Renaud Camus dans l’émission «Lettres ouvertes» présentée par Christian Giudicelli et Roger Vrigny
13/07/1994
France Culture
Les différents genres de l'autobiographie