Marianne Alphant, La Nouvelle Revue Française septembre 1977, p 123.
Notes sur Passage et Echange.

L'étrange est que le tennis, spectacle d'un échange infini, monotone, possède un public aussi fidèle. Voir ce rien, cette gémellité, ces glissements, ces victoires précaires et fictives peut sembler incompréhensible; jusqu'au bout nous sommes attentifs, portés par le vertige de cette symétrie disparate, de cet aplatissement des différences, effacées par l'habit blanc, par les gestes consacrés, par la réciprocité des rôles. Ce qu'illustre le renvoi de la balle, c'est la référence à un texte antérieur, les résonances en nous des romans lus, rebonds des balles, reprises, écho de la culture. Proposer à des textes une partie commune, les associer dans une rencontre (érotique ou sportive), crée chez eux cette perte d'identité, cette confusion, cette altération où vacille la personnalité du joueur, en même temps qu'elle les ouvre à un système d'alliances auxquelles ils semblent se prêter d'eux-mêmes: un fragment passe dans un autre, par un autre, à travers lui, développant dans ce mouvement la pluralité des sens possibles de passer: omettre, oublier, concéder, permettre, transmettre, mourir, c'est-à-dire à la fois une licence, un don et une abolition.