[...] mais c'est surtout un symbole de la carte routière, parmi les plus précieux : on remarque d'abord un triangle régulier, majestueusement posé sur sa base, et qui sans aucun doute possible désigne un sommet (252, peut-on lire à proximité); et tout autour de ce triangle des rayons divergents, bleus, qui vont s'élargissant à mesure qu'ils s'éloignent de lui, et qui sont l'indication bien claire, eux, et même spectaculaire (lire les cartes, c'est aller au-devant d'émotions parfois trop fortes, pour les coeurs sensibles), d'une vue sensationnelle dans toutes les directions (on a clear day you can see forever...). A vrai dire, si l'on ne bénéficiait pas d'une expérience solide et même clermontoise des légendes et de l'esprit Michelin, on se laisserait aisément persuader, face à cette inscription rituelle, qu'il s'agit, enfin, de la précise localisation du Très-Haut; ou du moins de quelque maçonnique Etre Suprême ou Grand Architecte, dont il n'y aurait rien de bien étonnant, au demeurant, qu'Il ait choisi d'habiter Saint-Créac, si tant est que ce soit la créance qui crée les dieux, et qui les entretienne sur leurs sommets, ceux-ci ne s'élevassent-ils qu'à deux cent cinquante mètres.

[...]

Une fois qu'on est à Saint-Créac, cependant, ou plus exactement au château d'eau, à quelques centaines de mètres du village, plus haut, on risque d'être un peu déçu : non pas certes par l'absence des dieux, car nous avons appris depuis longtemps, et à quelle dure école, qu'elle est leur plus auguste manière d'être là, et de se manifester à nous; mais parce que la vue n'est pas aussi complète, et complètement circulaire, que ne l'impliquait la promesse qu'il nous semblait avoir décelée, dans un pli de la 79.

Renaud Camus, Saint Créac