[...] La phrase littéraire qui remplit vraiment sa fonction, c'est celle qui vous incite à poser le volume, à regarder par la fenêtre, ou bien à scruter l'ombre; c'est celle qui se mélange immédiatement à la matière de vos propres jours, de vos souvenirs, de vos espoirs ou de vos propres phrases; c'est celle qui vous invite à l'excursion ou au voyage, soient-ils réels ou bien imaginaires; celle qui vous fait passer votre veste et chercher vos clefs, et qui vous pousse vers le musée, vers la flaque de soleil au bord de la clairière, vers la bibliothèque et les baisers volés.

769. Je crois Nohant une oeuvre aussi intéressante, sinon plus, de la part de George Sand, aussi riche en associations, aussi fertile en suggestions et propice à la rêverie, que François le Champi, La Mare au diable ou Les Maîtres sonneurs. Sa maison d'Arca Petrarca (où l'on peut voir la signature du visiteur Mozart enfant), dans les collines Euganéennes, j'en sais gré à Pétrarque autant, ou presque autant, que des plus beaux sonnets du Canzoniere. Et je crois bien avoir trouvé plus d'intérêt à l'appartement de Kodaly, dans Budapest, non pas qu'à sa sonate pour violoncelle seul, sans doute, mais au Psalmus hungaricus, je le crains.

Renaud Camus, Vaisseau brûlés, 765

à ajouter: une référence à Nohant à recopier de Rannoch Moor