Tinit : une piste

«En français le nom est immédiatement refus —»

« Tout le monde l'appelle toujours Tinit. Son prénom est Waleryan. L'appellerai-je Waleryan ? Il est sans doute trop tard. »

Ermanno Nitti, "Valerio", mon ami de Florence, était originaire de Gambinola, ou Gambonara, je ne sais plus, dans les Marches. Un historien d'art homonyme fait une brève apparition dès le premier chapitre de Roman Roi, dans une note en bas de page à propos de la fresque de Benozzo Gozzoli au palais Médicis.

Renaud Camus, Vaisseaux brûlés

Dans Sommeil de Personne, on apprend page 482 que Nitti a demandé que son nom ne figure plus dans Vaisseaux brûlés, et Renaud Camus s'en désole car, dit-il, cela détruit un certain nombre de rimes internes au texte[1].

Valerio, c'est aussi le surnom donné à Valery Larbaud:

Ô mon vieux Valerio, m'aurais-tu aimé comme je t'aime? Probablement pas.
Renaud Camus, Journal d'un voyage en France, p.101

La vie avec Valerio: voir Notes achriennes (comme la vie avec Rodolfo voir Notes sur les manières du temps).

Notes

[1] Jours de 2012: RC n'a rien supprimé du tout, visiblement

Lecture in progress

Suite à vos avertissements, j'ai commencé la lecture de L'Inauguration de la salle des Vents par une exploration de la table des matières (la quatrième de couverture nous y incite, d'ailleurs. "Table des matières, avec titres", se termine-t-elle : trop énimagtique pour être honnête. Ainsi que la note de bas de page, dès la première page.)

J'ai donc consciencieusement construit un premier tableau de onze lignes et douze colonnes, et inscrit les titres dans les cases selon les coordonnées données par la table des matières.

Maintenant je lis. Concernant la première partie, les styles se trouvent dans les lignes, les thèmes dans les colonnes : ainsi, tous les titres dont les coordonnées commencent par 5 (la barque des ombres 5/3, les leçons de la carte 5/9, etc) ont pour style ce que j'appelle "le style RC". Les thèmes se trouvent en colonnes : par exemple, tous les titres dont les coordonnées se terminent par 7 parlent du chien (rigor mortis 7/7, l'impatience de la terre 8/7, etc).

Vous ne pouvez, dans ce système, avoir la satisfaction de lire votre thème préféré dans votre style préféré plus d'une fois (là encore, la quatrième de couverture nous prévient). Si vous souhaitez remettre les paragraphe dans un autre ordre, il va falloir choisir : allez-vous privilégier le style ou le thème? Frustration...

L'exercice est-il totalement gratuit? Ou s'essaie-t-il à cette vieille quadrature du cercle littéraire, la séparation du fond et de la forme?

L'inconvénient de tout cela, c'est que mes livres ne sont plus prêtables : gribouillis dans les marges, mots soulignés, annotation de la table des matières, post-it,...


Bon, je vais continuer ma lecture en abandonnant mon tableau, afin de goûter le texte en me détachant de la structure. J'en suis vraiment au tout début, et il me semble baigner dans une atmosphère de roman policier. Avez-vous ressenti cela? Est-ce à cause du vocabulaire (le témoin, l'inspection, le rapport de police, la mise en cause, la responsabilité, l'impression de ne pas vraiment comprendre ce qui se passe, mais qu'il s'est passé quelque chose, et que cela va nous être progressivement dévoilé) ?
Je vois apparaître le brouillard, la brume, la vapeur, comme motif inattendu, étant plutôt habituée à la transparence. Omniprésence du chiffre sept (sept ans, sept mètres, etc), du champ lexical de la hauteur, du nom, de la rupture et de l'absence, du temps, du souvenir et de l'oubli, du lieu et de la distance, voilà pour les premières impressions à la volée.

Il va peut-être se fâcher, Mais passons-nous de lui

XXXVIII


J'aime un petit enfant, et je suis un vieux fou.

— Grand-père? — Quoi? — Je veux m'en aller. — Aller où?
— Où je voudrai. — Partons. — Je veux rester, grand-père.
— Restons. — Grand-père? — Quoi? — Pleuvra-t-il? — Non, j'espère.
— Je veux qu'il pleuve, moi. — Pourquoi? — Pour faire un peu
Pousser mon haricot dans mon jardin. — C'est Dieu
Qui fait la pluie. — Eh bien, je veux que Dieu la fasse.
— Mais s'il ne voulait pas? — Moi, je veux. Si je casse
Mon joujou, le bon Dieu ne peut pas m'en empêcher.
Ainsi... — C'est juste. Il va peut-être se fâcher,
Mais passons-nous de lui. — Pour qu'il pleuve? — Sans doute.
Viens, prenons l'arrosoir du jardinier Jacquot,
Et nous ferons pleuvoir. — Où? — Sur ton haricot.

Toute la lyre, Victor Hugo

Bataille de polochons

(Et à ceux qui se demanderaient pourquoi cette brutale irruption de Jalna, disons que c'est un petit plaisir que je me fais, dans la lecture désordonnée et parcellaire des sources avouées de Passage.)

La chambre de Nicolas était un champ de bataille. D'un bout à l'autre du passage, les combattants surgissaient. Les jeunes gens oubliaient leurs amours, leurs craintes, leurs jalousies, les deux vieillards leurs années, dans l'ivresse physique de ce combat à demi nus.
«Enfants, enfants! cria Meg en écartant son rideau de chenille.
— Tiens-toi tranquille, ma vieille!» Et un oreiller, à la volée, la repoussa dans sa chambre.
Pheasant apparut à sa porte, ses cheveux courts tout ébouriffés. «Est-ce que je peux jouer aussi? cria-t-elle en gambadant.
— Rentrez dans votre trou, petit hérisson», dit Renny et il lui donna une chiquenaude amicale en passant.
Il courait après Nicolas dont la goutte tout à coup s'était réveillée et qui pouvait à peine se traîner. Piers et Finch le poursuivaient. Ils l'acculèrent et Nicolas, tout épuisé qu'il fût, renversa les rôles et aida à le bourrer de coups.
Eden, debout en haut de l'escalier, repoussait en riant le petit Wake qui brandissait comme un homme un long traversin d'autrefois.
Ernest en un dernier accès de gaieté sortit furtivement de sa chambre et jeta au groupe un solide coussin de divan.

Mazo de la Roche, Jalna

La bonté

En ce moment de dénuement absolu, le destin envoya à notre secours une de ces personnes qui, de toute évidence, sont nées pour soulager la peine des autres : la préposée de la baraque, Maria Sergueevna Dogadkina, une femme d'une cinquantaine d'années, simple, vive, au teint mat. Elle n'était pas de celles qui distribuent de bonnes paroles.
Elle ne cessait, au contraire, de nous rabrouer.
— Vous appelez ça fermer une porte? maugréait-elle, disparaissant dans l'épais nuage de vapeur glaciale qui s'engouffrait au seuil de la baraque.
Grâce à quoi, la porte tordue et recouverte de glace était fermée comme il fallait, retenant la chaleur.
«C'est comme ça qu'on met à sécher ses affaires? Ne vois-tu pas que ça fait une boule? Ta mère t'a bien mal éduquée, reprochait-elle.
D'un geste expert, elle dépliait la loque, la pendait près du poêle, sur le fil où il semblait qu'il n'y eût plus de place pour rien.
«Pourquoi manges-tu de si grosses bouchées de pain, comme une mouette? Tu ne pourras jamais satisfaire ta faim! Non, mais regardez un peu cette façon de se jeter sur la nourriture! Donne-moi ce pain, je vais te le griller!
Et Maria Sergueevna enfilait rapidement le morceau sur une tige de fer qu'elle avait transformée en broche, le grillait un moment sur le poêle et le rendait à sa propriétaire, enveloppé d'un arôme de pain chaud.
«Ainsi il sera plus nourrissant...
Elle se glissait partout dans la baraque comme une anguille, faisant profiter chacune d'entre nous de son expérience, de son aide, de ses mots maternels, exigeants, bienveillants.

Evguénia S.Guinzbourg, Le vertige, Points Seuil, p 375

hiérarchie et grammaire

[...] Y a-t-il incompatibilité entre société démocratique égalitaire multiculturelle et pluri-ethnique d'une part, et enseignement de la grammaire (c'est bien ce que certains croient observer)? Et si cette incompatibilité est avérée, et si l'on tient absolument à une société démocratique égalitaire multiculturelle etc, faut-il abolir la grammaire (ainsi que d'aucuns l'ont soutenu)? Ou bien une autre grammaire est-elle concevable, qui elle ne serait pas hiérarchique? (On songera ici aux modifications dans la grammaire et dans le vocabulaire entraînées ou réclamées par la lutte des femmes pour leur égalité ? Si l'objectif est l'égalité des genres dans la grammaire, le combat est à peine ébauché : les femmes et ceux qui les soutiennent dans leur combat pourraient par exemple exiger qu'on écrive, fruits et fleurs ayant été épargnées par l'orage (les deux genres sont représentés), les horticulteurs et leurs femmes (les horticultrices et leurs maris) se sentirent vivement soulagées; cependant ce ne serait faire que remplacer une inégalité par une autre; il conviendrait d'inventer un neutre, ou mieux un genre bisexué : fruits et fleurs ayant été épargnées par l'orage (les deux genres sont représentés), les horticulteures se sentirent vivement soulagées (on remarque qu'en français il est fréquent que le féminin comprenne le masculin, et que l'inverse n'est pas vrai);

Renaud Camus, Du sens, p 25

Les billets et commentaires du blog vehesse.free.fr sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.