fragments de L'Inauguration de la salle des Vents

si vous revivez vous avez ma carte n'hésitez pas à passer un coup de si je ne suis pas morte si vous n'êtes pas morts et même si vous êtes morts (p.30)

je veut dire lui veut dire ce qu'il veut dire ce que l'auteur essaie de nous dire (p.41)

le lit qui était directement contre justement le mur collé contre directement la paroi était collé directement contre l'attente et que l'oreille était directement collée contre tendue collée plaquée directement contre le silence contre l'absence (p.52)

ce que sait la nuit n'est pas la vérité elle se trompe (p.53)

dans un mélange d'anglais et de mélange (p.55)

Témoignage : la forme dans L'Inauguration

On se demande où l'auteur veut en venir, quel est le but de l'exercice, et on finit par comprendre qu'il n'y en a sans doute pas d'autre que l'exploration littéraire.

Je cite de mémoire, à peu près, ce que l'auteur nous a dit à ce sujet lors de notre passage à Plieux : «La forme s'est imposé à moi. J'ai voulu écrire comme si j'étais plusieurs personnes.»

A noter que lors de la lecture de passages de L'inauguration par l'auteur, celui-ci a également utilisé plusieurs voix, plusieurs accents, plusieurs styles (dictée scolaire, mélopée, chant, lecture classique), comme s'il était, là encore, plusieurs personnes.

Turbine

2-2-12-03-9. L'invention de Morel (titre prov.). Répertoire de Vaisseaux brûlés
[..] Il s'agit de ma dernière invention : sur cette photographie nous serons vivants à jamais. [..]

L'invention de Morel, chapitre 207.75 VIIb3/9 p 282 de L'inauguration de la salle des Vents
[..] d'invention de Morel que serait le volume posé là, ou d'ailleurs ailleurs, il importerait peu.

                                   ************

Ma récompense sera une paisible éternité; bien mieux, j'ai réussi à sentir la durée de la semaine.
Adolfo Bioy Casarès, L'invention de Morel, p 120, 10/18

Du courage — ou de l'argent

Ce passage se situe durant le bal, quand Scarlett accepte de danser en grand deuil :

[Rhett] "When you've been talked about as much as I am, you'll realize how little it matters. Just think, there's not a home in Charleston where I am received. Not even my contribution to our just and holy Cause lifts the ban."
[Scarlett] "How dreadful!"
"Oh, not at all. Until you've lost your reputation, you never realize what a burden it was or what freedom really is."
"You do talk scandalous!"
"Scandalously and truly. Always providing you have enough courage —or money— you can do without reputation."

Rhett: Quand on aura autant médit de vous qu'on l'a fait de moi, vous vous rendrez compte à quel point cela à peu d'importance. Vous rendez-vous compte qu'il n'y a pas une maison dans Charleston où je sois reçu. Même ma contribution à notre juste det sainte cause n'a pas levé ce bannissement.
Scarlett: Mais c'est terrible!
— Oh non, pas du tout. Tant que vous n'avez pas perdu votre réputation, vous ne pouvez vous rendre compte du fardeau qu'elle représente ni de ce qu'est réellement la liberté.
— Vous parlez vraiment de façon scandaleuse!
— C'est un scandale et c'est la vérité. A condition d'avoir suffisamment de courage — ou d'argent— on peut vivre sans réputation.

«Pour une fois, les dates coïncident» Passage p.86

Je me suis donc procuré La Salle des Pierres, que j'ai parcouru à partir de l’entrée du 15 juin. Et j'ai fait diverses observations :

- tout d'abord, coquille ou volonté, le jeudi 22 juin apparaît comme «jeudi 23 juin» dans La Salle des Pierres, p.136. Or c'est exactement à propos de cette date que l'on voit, dans L'inauguration de la salle des Vents, la phrase suivante, p.185 : «pour une fois les dates coïncident parfaitement».
Que s'est-il passé au juste, ne s'agit-il que d'un hasard, d'une coïncidence justement, comme je tends à en voir (en trouver, en créer) dans et entre tous les textes que je lis, ou Renaud Camus, relevant la coquille, s'est-il amusé à un clin d'œil (sachant que la non-coïncidence, le glissement, est d'une part un thème camusien classique que l'on trouve dès Passage, d'autre part un thème spécifique de L'inauguration de la salle des Vents, illustrée dès l'abord par la fausse symétrie des parties, 11x12, 12x11)?

- Ensuite, on remarque qu'il n'y a pas d'entrée concernant les journées du vendredi 23 et samedi 24 juin. L'entrée du dimanche 25 juin (p.138) commente simplement «Des trois ou quatre derniers jours je peux dire qu'ils feront ou qu'ils pourraient faire un jour un excellent roman, tant la vie a le sens des constructions savantes et efficaces». (Quand prédire (sept ans à l'avance) et tenir parole se font synonymes...) Et nous n'avons aucun renseignement sur ce qui s'est passé au château le 23 au soir. (Indication trompeuse p.239 de L'inauguration de la salle des Vents : «ces différentes scènes et leur enchaînement seraient décrits, ou plutôt mentionnés, en quelques mots, dans le volume intitulé La Salle des Pierres, p.138 sq..» Le conditionnel aurait dû éveiller notre méfiance, concernant un livre déjà paru, dont le texte, par conséquent, est connu, arrêté : les «différentes scènes » ne sont que celles de l'inauguration au sens le plus strict. Fausse piste, donc.

- Plus tard, cependant, on trouve de réelles indications qui permettent de reconstituer exactement les dates, en recoupant les indications données p.239 de L'Inauguration et le récit de l'enterrement de Maurice, p.155 et suivantes, dans La Salle des Pierres (allée des bouleaux fastigiés, Guillaume). C'est à cet endroit du journal, à l'entrée du 1er août, que l'on trouve le récit sommaire des événements du 23 et 24 juin. Décalage, brouillage des pistes, émotion(s) trop forte(s) pour être relatées aussitôt?

- Enfin, je note le nom d'Elisabeth, p.190. S'agit-il de la même amie que celle qui figure dans Tricks, p.228 ? Si oui, le nom de Tony se confirme.


Toute cette enquête a-t-elle un sens littéraire, un autre sens que le jeu, la dimension ludique relevée par Lavoia ? Dois-je avoir vaguement honte de vouloir ainsi (r)établir une vérité, la vérité des dates, peut-être celles des noms, dans une œuvre qui se dit roman, et donc fiction, et cette question elle-même n’est-elle pas épouvantablement vieillie ?

Mais les glissements de la vie à la fiction, de la fiction à la fiction, sont au cœur de l'œuvre toute entière, et je vois dans les indications disséminées tout au long des pages de L'Inauguration autant d'invitations à mener l'enquête.

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réponse de lavoia

Si vous permettez, je crois que vous vous éparpillez à la surface du texte, alors que c’est le creuser davantage qu’il faudrait. Vous-mêmes vous le remarquez fort pertinemment : « les glissements de la vie à la fiction sont au cœur de l’œuvre ». Pourquoi vouloir remonter le temps, à la recherche de je ne sais quelle vérité des noms, des personnages et des événements, quand l’œuvre entière nous prévient justement que le temps est à l’œuvre partout qui fait, défait, refait inlassablement sa trame, de sorte que la coïncidence tant cherchée n’a jamais lieu, est impossible même : d’où la blessure, l’écriture.

Il y a un problème relié aux « journaux » de RC : c’est que les lecteurs sont obnubilés par eux, comme s’il s’agissait de la source de référence à consulter, une sorte de puits de vérité pour vérifier si l’auteur se trompe, triche ou se contredit. Ne jamais oublier (la liste « du même auteur » en fait foi, très révélatrice à cet égard) que les « journaux » ne sont qu’un genre littéraire, au même degré que les « églogues », les « chroniques », les « élégies » et autres « miscellanées » : une façon, parmi tant d’autres, une manière, chacune avec son langage propre, d’approcher tant soit peu la réalité, tenter du moins de la cerner, ne serait-ce que pour se perdre dans sa diversité.

Ainsi pour « l’Inauguration… » : c’est une œuvre totale, complète en soi, qui contient son propre univers, établit ses propres règles en créant, à un autre niveau et sous un éclairage différent, d’autres relations, de nouvelles concordances entre les faits et les événements, tissant ainsi d’autres fils qui renouvellent la perception du monde et l’approfondissent, quitte à en rendre la matière encore plus complexe et riche qu’on ne croyait au début (au risque même que la vérité une fois de plus nous échappe). Avouez que nous sommes loin ici de la simple chronologie. Encore une fois, l’œuvre ne démontre rien, elle montre tout.

Où sont donc les trois propositions, allez-vous me dire ? Nulle part ailleurs que dans ce texte que vous venez de lire.

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Ah mais oui, ah mais non…

vous vous éparpillez à la surface du texte: bien pire, je m'amuse. Voyez-vous, j'ai fait quelque chose que je n'aurais pas dû faire, j'ai écrit durant ma lecture, sans avoir fini le livre. Trop tôt, dès lors pour creuser, ou à l'inverse, prendre du recul. Si j'ai ainsi contrevenu à une règle qu'ordinairement je respecte, c'est-à-dire, non seulement avoir fini un livre avant d'en parler, mais même attendre quelques semaines pour en parler, afin de laisser sa matière se décanter naturellement dans mon esprit (et donc tout le contraire d'un commentaire à chaud), c'est que l'activité est bien faible en ce moment sur le site, et qu'il m'a amusé de tenir une sorte de "journal de lecture". Curiosité, également : comment évolue la vision d'un lecteur au fur à mesure qu'il avance dans un texte? Si l'œuvre s'explique par la fin, quelle est la validité de nos réflexions avant cette fin?

Voyez-vous, je me sens peu concernée par "l'obnubilation par les Journaux". Je dois avouer, avec un peu de gêne, que depuis dix-huit mois que je lis RC, je n'en ai lu qu'un, qui est Retour à Canossa. (Ce qui m'impressionne dans les Journaux, c'est moins leur contenu que la discipline qu'ils imposent, cette règle de vie maintenue durant tant d'années, la volonté qu'elle implique (et je pense à Joseph de Maistre et aux exercices spirituels.) Mais ce n'est pas le(s) sujet(s) que je veux traiter.))

Et si j'ai ainsi consulté La Salle des Pierres, c'est que j'ai eu l'impression que l'auteur m'y engageait. Quelle insistance en effet sur les dates, sur l'écart entre les dates, quelle insistance et quel flou : pas de date pour l'enterrement, mais l'indication de fin juillet-début août, et le nom de la fête juive, de sorte que quelqu'un féru de culture juive trouverait sans doute cette date, indication de la fête de la musique, dont on sait qu'elle se tient le 21 juin, indication du solstice, dont la date est mouvante, mais là aussi se retrouve à l'aide d'un almanach… De l'exactitude dans le flou, une précision qui ne va pas jusqu'au bout… . (Avouez que nous sommes loin ici de la simple chronologie. Oui, justement). Impossible pour moi de ne pas jouer dans le sens où j'ai l'impression (et ce n'est que mon impression, puisque que ce n'est que ma lecture (impossible de savoir si l'impression est exacte, si c'est effectivement ce que souhaitait l'auteur (et souhaitait-il quelque chose?), (quoiqu'ici, sur ce site, on rajoute un niveau de complexité dans le jeu, puisqu'il arrive que l'auteur intervienne (mais jamais à propos de ses livres, il est vrai)))) qu'on m'engage à jouer.

La note de p.239 de L'Inauguration de la salle des Vents : «ces différentes scènes et leur enchaînement seraient décrits, ou plutôt mentionnés, en quelques mots, dans le volume intitulé La Salle des Pierres, p.138 sq..» m'incite malgré tout à penser que nous sommes explicitement invités à nous référer au journal (et que de choses à dire sur ce mode conditionnel). Et j'y vois une intention malicieuse de l'auteur, car la référence qui nous est donnée concerne… l'inauguration de la salle des Vents, la vraie, la bouteille de champagne bue à quatre, après une courte nuit et une journée d'accrochage… Gros plan sur le titre. Mais l'auteur pouvait-il vraiment croire que si nous ouvrions La salle des Pierres, nous ne lirions que la page 138?

Il existait un autre niveau à ma curiosité, je l'avoue. J'ai commencé ma lecture de RC avec Du Sens, continué par deux élégies, Eloge du paraître, Roman Roi, Buena Vista Park. Et la fréquentation régulière de Vaisseaux brûlés (dès que je m'ennuie, ce qui hélas…). Et j'ai été stupéfaite de l'extrême cohérence dans le temps de l'œuvre toute entière. En vingt-cinq, trente ans d'écriture, pas de divergence, uniquement un approfondissement, des reprises, un creusement de l'intérieur. Dans les idées, bien sûr, mais également dans les "motifs", même les plus humbles, les plus discrets, quelle surprise par exemple de retrouver dans Passage le «Marcel n'y va pas» de Retour à Canossa, ou dans Echange La Sorcière des trois-Islets, rencontré(e) dans Roman Roi. Aucun doute, il n'y a pas de hasard dans cette œuvre, pas de hasard dans les livres, dans la chair des textes. Tout est posé à dessein. Et donc j'ai pris La Salle des Pierres pour répondre à cette question : comment avait été traité le sujet dans le journal? Réponse, non neutre à mon avis : il n'avait pas été traité. Nuance, non neutre toujours : il a été traité à l'entrée du 1er août.
Que faut-il en penser? Eh bien, je n'en sais rien, ma lecture finit-elle par mettre trop de sens ou d'intention sur les mots? ("Stardust Memories", de Woody Allen. Dialogue du film entre deux spectateurs qui viennent de voir un film : — A ton avis, que représente la Rolls? — Je ne sais pas, une voiture, peut-être?)
(Enfin, si, tout de même : cela prouve au moins, comme j'en suis persuadée, la cohérence vertigineuse (si cohérent que cela en devient irréel) des livres entre eux).

Pourquoi vouloir remonter le temps, à la recherche de je ne sais quelle vérité des noms, des personnages et des événements, En partie pour me moquer de moi-même. Lorsque j'ai écrit ce message sur la coïncidence des dates, je lisais justement la page 229 de L'inauguration «ils parlent du roman qu'ils viennent de lire tout à fait comme si les personnages appartenaient à la» et plus loin «comme si ce ruisseau décidément n'était rien». Tentation d'en faire autant, dans un tour supplémentaire… (d'où le "vaguement honte" de mon message). A cela près que dans L'Inauguration, les personnages ont existé… Où est l'exacte distance, dès lors? Comment ne pas se prendre les pieds dans le tapis?

Pourquoi : c'est la grande question (et là je reconnais que je m'éloigne franchement des questions que vous avez abordées. Mais je serais très intéressée de savoir ce que vous (tous) en pensez). Qu'est-ce qu'un commentaire de lecture (pour ne pas parler de critique)? Qu'est-ce que parler d'un texte, pourquoi, avec quelle légitimité? La grande peur, aujourd'hui, l'horriblement démodé, est d'en parler "comme Lagarde et Michard". Lorsque j'étais au lycée, il importait de présenter un livre en lui-même, pour lui-même, sans référence au contexte historique ou à la vie de l'auteur. On est allé jusqu'à faire des programmes thématiques, au baccalauréat (le vent, la liberté, la ville). Puis retour au contexte, quand on s'est aperçu que les élèves n'avait aucune référence culturelle ou historique. (Les Châtiments, pour étudier la désarticulation de l'alexandrin et la rime, certes, mais tout de même…) Puis on lit que le formalisme russe est né entre autres de la volonté d'échapper à la censure. Puis on commence S/Z et les lexies…
Traumatisée par l'ennui des questions, toujours les mêmes, année après année, en français : le roman est-il mort? Qu'est-ce qu'un roman? Qu'est-ce que la fiction? Qu'est-ce qu'un personnage? Bof bof bof. Et pourtant. Je lis aussi chaque livre de RC parce que j'y retrouve ces questions, que là soudain elles ne m'ennuient plus, elles me fascinent, elles m'amusent.

Revenons à L'inauguration, pour finir. Je conçois que cette obstination à vouloir identifier X. soit agaçante, et puérile. Quelle importance, il est vrai. Cependant, il me semble que la nostalgie que j'éprouve, l'espèce de tristesse poignante qui naît à lire la description de cette communion qui n'a pas lieu, dans le flamboiement du soleil couchant, et l'évocation du procès, ensuite, est bien plus grande à savoir qu'il s'agit d'un véritable amant, longtemps aimé, longtemps perdu de vue, avec qui les relations ont toujours été conflictuelles, que s'il s'agissait d'une simple fiction. Il est inutile d'avoir lu Tricks, c'est vrai. La description de la bagarre jusqu'à rouler au bord de la mer, des agacements (ce besoin de charmer, ces retards perpétuels), des souvenirs doux (le menton sur l'épaule à mobylette), de l'intervention de la police rue du Bac, suffisent à comprendre. Et vous avez tout à fait raison, L'Inauguration est un livre qui fonctionne seul, sans avoir besoin d'apports extérieurs. Mais ce qui m'émeut, ici, dans ma recherche absurde, c'est le temps écoulé, le temps à rebours: lorsque Tricks fut écrit, en 1978, rien ne pouvait permettre de savoir qu'il y aurait L'Inauguration (et la chute) en 2003. Mais maintenant qu'il y a eu L'Inauguration, sera-t-il jamais possible de relire Tricks — et les Eglogues — comme avant?

Mais il faut que je m'arrête, je sens poindre un autre thème, ici souvent abordé : par quel livre commencer la lecture de Renaud Camus? Car chaque livre que nous lisons transforme la lecture du livre suivant, même si ce livre suivant a en réalité été écrit avant. Il n'y a pas de retour possible. La chronologie de la lecture —l'ordre dans lequel on lit les livres— bouleverse le sens des écrits. Quelle responsabilité, dès lors, pour le lecteur.
Et ma tentative de lire les livres "dans l'ordre" est déjà un échec. J'en sais déjà trop. (Quel accès de jalousie quand je croise un lecteur "des origines", qui a lu les livres au fur à mesure de leur parution.)

Et je reprends vos mots, très justes : l’œuvre entière nous prévient justement que le temps est à l’œuvre partout qui fait, défait, refait inlassablement sa trame, de sorte que la coïncidence tant cherchée n’a jamais lieu, est impossible même : d’où la blessure, l’écriture.



PS: «le menton sur l'épaule à mobylette» c'était Rodolpho, pas Tony (cf. Notes sur les manières du temps)

RhIzOmE

[...] qui ont une grande influence sur les arts [rajouté au crayon + gras] le premier Lyotard des "dispositifs pulsionnels" Deleuze (notamment dans ses corps (mot ill. souligné, autre mot en ajout, entre deux lignes, égal. ill.) et notamment ce précieux petit [livre ? on lit crève] Rhizome)

Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p146

Hommage aux aimés

Appel aux lecteurs de longue date : je connais très peu les Journaux, et je voudrais savoir si j'ai raison d'identifier le Visiteur accidenté au Tony de Tricks et des Eglogues. [1]

[...] dans le soleil couchant à ce moment de l'année où la nature s'immobilise un moment à l'acmé de sa splendeur fermez la fenêtre avant que tout de nouveau ne reprenne sa course vers le vers la vers la nuit vers la barque vers la chute vers la diminution la chute l'éparpillement la fatigue la dissolution la disparition le raccourcissement des jours [...]
Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p 133

L'été passait, un peu moins clair chaque jour. Tony Duvert
en exergue de Eté (Travers II)[2]

                                             *************

L'Inauguration de la salle des Vents m'émeut beaucoup. Plus j'avance, et plus il me semble que c'est ce livre sur le sida que, ai-je lu à plusieurs reprises, Renaud Camus a toujours refusé d'écrire. L'aurait-il finalement écrit, mais sous une forme telle que l'ouvrage ne puisse devenir un produit commercial?

et c'était lui aussi qu'on entendit parmi les premiers [...] dire de son carnet d'adresses que c'était un véritable cimetière, formule qui n'aurait que trop l'occasion de devenir un pont aux ânes des conversations de ces années-là)
Ibid, p 91

Où le Lecteur apprend, tout à fait incidemment, que le Régisseur, au moins, n'a pas été emporté par la maladie qui lui est commune, on le sait, à une exception près, avec tous les autres personnages principaux du récit (et qui s'est révélé fatale, nous allons le voir, à un certain nombre d'entre eux) [...]
Ibid, p 143

Notes

[1] La parution de Journal de Travers en mars 2007 ne laissera aucun doute à ce sujet.

[2] remarque: ne pas confondre Tony Duvert, écrivain, et "Tony", pseudonyme choisi par Renaud Camus pour l'un de ses amants dans Tricks.

Vue


Et de nouveau :
Une table, une fenêtre, une table près d'une fenêtre, et la vue, les vues.
Renaud Camus, Passage, p 9 , première phrase.

[...] et de nouveau la table et de nouveau la fenêtre une table près d'une fenêtre et la vue les vues [...]
Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p 66



C'est en lisant cela que je me rends compte combien ma découverte des règles de composition camusiennes fut lente: il me fallut plus d'un an pour comprendre que les citations internes et autoréférentes n'étaient pas un accident, mais un système.

Est-ce cet été-là que RC m'envoya une carte postale représentant une fenêtre ouverte sur des frondaison magnifique, avec un livre en premier plan? Carte postale d'Ecosse, très jolie.

Salgas sur le site de l'association pour la diffusion de la pensee francaise

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Surtout l’écrivain considérable qu’est Renaud Camus. «À la fin des années 60 si lourdement théoriciennes, le plaisir du texte est apparu comme un grand soulagement. À la fin des années 70, si pesamment dilettantes, une tentative de théorisation est appréciable à condition qu’elle prenne en compte la réalité du dilettantisme.»[1]
Ami de Roland Barthes, qui le promeut et le préface, disciple de Ricardou, il se constitue tout de suite en fils de la littérature: Barnabooth, Bouvard et Pécuchet, Pessoa… Dès ses deux premiers livres, qui se donnent pour remplis de citations «tirées d’écrits antérieurs de l’auteur» autant que des grandes œuvres du nouveau roman (Simon, Duras). «La représentation continue», annonce la bande. Des quatre volumes des Églogues au milieu des années 1970, une œuvre de plus de vingt volumes est sortie, qui ressuscite des genres oubliés (miscellanées, élégies, éloges, répertoire), mais aussi le roman historique, pour fantasmer à neuf – sur fond lusitano-centre-européen – l’Histoire et le roman (Roman Roi, Roman Furieux, Voyageur en automne: un pays, la Caronie, naît d’un récit, un écrivain, Odysseus Hanon, naît de ce lieu) et le journal (onze tomes à ce jour, du Journal romain aux Nuits de l’âme: une vie naît d’une écriture). «Un peu d’écriture éloigne du monde, mais beaucoup y ramène.» En marge de l’entreprise: Tricks (1979), qui propose bien après Genet, bien avant Catherine Millet, une nouvelle écriture de l’(homo)sexualité. À Barthes par Barthes, qui l’a lui-même pris à Pascal, Camus emprunte pour désigner son rapport aux récits et au textes, à toutes les manières du langage déjà là, la «bathmologie», ou «science des échelonnements de langage». Il lui a consacré un traité: Buena Vista Park (1980), qui, autant que La Petite Vertu, de Chaillou, ou les Chroniques de Manchette, est un des plus sûrs manifestes littéraires de ce temps. À proprement parler, Camus est sûrement le seul auteur français à avoir à l’histoire de la bibliothèque et à l’Histoire tout court un lien «postmoderne» (très «américain», à la Barth ou Barthelme), qui échappe à l’archive (Quignard) comme à la mélancolie (Echenoz).


Notes

[1] p14 de BVP

Interview

16. Votre projet artistique le plus fou ?
Mon parti politique.

18. La phrase de vous dont vous aimeriez qu'elle reste dans l'imaginaire collectif ?
"Fidel Castro à mon enterrement, j'aimerais mieux mourir."



source

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