Le château possède l'étrange faculté d'être mouvant. Il apparaît très tôt à l'horizon, puis disparaît lorsqu'on s'en rapproche, pour réapparaître brusquement, lorsqu'on arrive par l'ouest, bien entendu.

Il est très isolé, y vivre sans voiture paraît impossible, mais il n'est pas solitaire. Il apparaît, avec sa silhouette dominatrice sur les maisons qui l'entourent, comme un berger au milieu de ses moutons. La campagne environnante est très cultivée.
J'ai choisi une carte postale sépia, la moitié représente le ciel gris traversé d'oiseaux, l'autre moitié représente l'Aratts débordant, eau miroitante à contre-jour, entre le ciel et l'eau une bande de terre, la crête de la colline, le clocher de l'église à gauche monte à huit millimètres au-dessus de la frondaison des arbres qu'on devine, trois centimètres plus loin à droite s'élève la silhouette du château. Impression de paix et de silence.

Au pied du château, là encore, mouvance. Tantôt il paraît énorme, tantôt il paraît petit. Je n'ai pas identifié de façon certaine la fenêtre de la cuisine d'où a eu lieu la chute, mais vu la hauteur à laquelle s'ouvrent les fenêtres, il paraît incroyable que le chu sans s'en soit sorti sans égratignure (imaginant le capitaine des gendarmes penché sur un corps dans le crépuscule sur le gazon de la butte). Grande impression de netteté dans les salles, grande pureté de lignes. Les toiles de Marcheschi sont tragiques, brutales. On comprend la fonction des tirants, qui tiennent le château debout.

Ce château n'est pas une ruine, en tout cas, plus aujourd'hui.