Au lieu du triste amphithéâtre que j'attendais, c'est une salle magnifique, grande sans être impersonnelle. Aux murs, des boiseries et des portraits de Pascal, Bossuet, Descartes et Racine. Le plafond est peint également, que représente-t-il exactement, une allégorie à la gloire de la République, je ne sais, deux caissons portant les initiales RF nous rappellent que la salle a été restaurée par la IIIe République.

Le public est clairsemé, aucun étudiant (ils préfèrent tenir meeting dans le hall devant les portes de la salle), on reconnaît quelques figures, les camusiens sont peu nombreux mais fidèles (mais quel dommage de ne pas avoir été prévenu plus tôt).

Le contenu de l'intervention de Renaud Camus reprend à peu près l'article publié par Le Monde, à cela près que Renaud Camus commence ainsi (de mémoire): «J'ai pensé trop tard intituler cette conférence "sur comment"». Hein, quoi, que dit-il, je n'entends pas bien, je ne comprends pas. Mais aussitôt les exemples pleuvent, «Les Turcs ont été interrogés sur comment ils se reconnaissent dans leurs institutions», «Platon et Glaucon, c'est une réflexion sur comment vivre ensemble dans la cité», «Matrix 3 c'est un film sur comment il faut comprendre les concepts du 1 et du 2». (Tout cela est de l'à-peu près, la phrase sur Matrix était bien plus drôle, bien plus prétentieuse.) La salle rit. La conférence se déploie, qu'est-ce qu'une faute de syntaxe, comment la caractériser, que peut-on exactement reprocher à "sur comment", de faire suivre une préposition d'un adverbe, mais c'est le cas de "à jamais", ou d'introduire une proposition personnelle par une préposition, mais Aragon a employé à plusieurs reprises ce tour...

Un instant Renaud Camus fait une apparté, «la forme c'est l'autre», mais de qui est la formule, de Robert Misrahi ou de lui-même? Robert Misrahi est dans la salle, Renaud Camus nous explique que pendant qu'il préparait le texte de son intervention, il lui a téléphoné pour tenter d'éclaircir ce point. Robert Misrahi a revendiqué la paternité de la phrase, mais on sent bien que Renaud Camus n'est pas convaincu.
A la fin de la conférence, lorsque vint le temps des questions («la parole est à la salle»), Robert Misrahi prit la parole. La formule qu'il revendiquait était «l'autre est une forme» (cf. Construction d'un château), c'est-à-dire une figure vide, un contenant dont le contenu nous est d'abord inconnu, et qui nous est à découvrir. Ainsi la formule «la forme c'est l'autre» était une nouvelle formulation, une nouvelle interprétation qui revenait entièrement à Renaud Camus.


La version étendue de cette conférence constitue la première partie de Syntaxe.