Or mes livres ne sont peut-être pas bien malins, mais ils le sont tout de même infiniment plus que moi.
Le livre comme plus que son auteur, et le sens comme plus que ce qui est écrit, et la littérature comme plus que le sens. L'inépuisable et l'ailleurs, bien sûr.
Le sens lui-même n'est pas lui-même, et ne saurait l'être qu'en un sens projectif, en élaboration permanente, qui tiendrait compte, comme étant de l'essence du sens, de cette tension indéfectible vers l'ailleurs, vers ce qui est perdu, vers ce qui étant ici ne saurait être tout à fait là, où la littérature, depuis toujours, a fait son lit. Le littéraire est le contraire du littéral. Mais ce n'est pas un contraire qui se tiendrait en face de son contraire et s'opposerait à lui, terme à terme. Le littéraire dépasse de toute part le littéral, il l'encercle, il l'enserre, il le comprend. La contradiction lui est intérieure, et, en ce sens, fondamentale.»

Renaud Camus, Du sens, p 155
Et il me vient à l'esprit cette triste constatation : nulle réconciliation possible, apparement, avec ceux, souvent proches, qui sont attachés (enchaînés) au littéral. Pour eux, pas de jeu dans les mots, partant, peu de joie.