Folie

[…] le maniaque de la surdétermination s'aperçoit avec terreur, à mesure que s'accroissent les pages admises par lui comme champ de résonance à chaque éventuel signifiant nouveau, que sa folie, ou son travail, si l'on veut, cesse de fonctionner comme filtre entre lui et le "réel". Presque chaque mot paraît alors admissible, soit que sa décomposition de ses syllabes fasse apparaître d'autres mots déjà installés, soit que ses possibilités anagrammatiques établissent avec divers lieux du texte des correspondances avérées et solides, soit encore que sa richesse sémantique, par rapport au corpus considéré, compense le faible degré de son inscription textuelle.

Tony Duparc et Renaud Camus, Travers, p.95

Fumeux

Car R.B., il convient d'y insister, n'équivaut pas à Roland Barthes. La réduction aux initiales désigne la soumission du nom à un dispositif textuel où l'épellation joue un rôle de tout premier rang. Par le jeu homophonique sur "herbé", le nom de Barthes s'inscrit dans le paradigme des "joints" qui constitue l'un des emblèmes scripturaux des Eglogues. Roland Barthes devient ainsi l’égal de Renaud Camus, entre autres, qui lui aussi joue de ses initiales pour y déceler un double stupéfiant. Les diverses portées du passage des mots aux lettres apparaissent clairement dans les phrases suivantes (dont le texte cite aussi l’amont et l’aval, éclairants pour un examen plus fouillé des rapports entre maître et élève):

"[…] La lignée a fini par produire un être pour rien. Jean-Christophe, in lieu of défoncé ou de camé, propose herbé, où je souscris tout à fait. "Maintenant dépecez-vous vous-mêmes, car en vérité nos cœurs le souhaitent." D’où viennent-ils ? D’une famille de notaires. L’écriture n’a-t-elle pas été pendant des siècles la reconnaissance d’une dette, la garantie d’un échange, le seing d’une représentation ? Mais aujourd’hui, l’écriture s’en va doucement vers l’abandon des dettes bourgeoises, vers la perversion, l’extrêmité du sens, le texte… Qu’il soit bien entendu, n’est-ce pas, que la folie dont il est question ici est de convention pure […]" (Été p.156)

Jan Baetens, Études camusiennes, p.68


Remarque : c'est également la quatrième de couverture d'Echange. Au texte de Barthes a été ajouté le mot "folie", "en toute insconcience", reconnaîtra Renaud Camus.
Il fallait toute l'inconscience et l'impertinence de Duparc pour faire figurer, sous prétexte de fausse citation et de fausse folie, ce mot-là, justement, dans les quelques lignes de Barthes imprimées au dos de la couverture d' ''Échange'', alors qu'il n'en est guère de plus las, ni que l'auteur supposé du passage n'évite avec plus de soin.
Renaud Camus, Travers p.221
Les phrases citées par Été viennent des légendes des photos de Roland Barthes par Roland Barthes.
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