Et surtout, ce que nous faisons est à l'instinct, guidé par le hasard, et plus sûrement par le désir. Or sommés de nous expliquer, nous allons devoir mettre de l'ordre dans nos pensées, conceptualiser tout cela, qui, à l'épreuve, risque de s'exposer au grand jour comme n'étant rien. […] Ou bien, pis encore, conceptualiser, nous allons y parvenir: mis au pied du mur on arrive bien, en général, à bricoler à la hâte une vague structure conceptuelle qui a l'air de rendre assez logiquement de l'ensemble de ce qu'on a pu faire. L'ennui est que cette structure ne tient debout que quelques heures — et encore, à condition que personne ne s'y appuie trop fort. Et surtout elle est fausse, approximative, incomplète. Et nous nous trouvons accablés de voir réduites des années de travail et de creux-songeries à ce squelette brinquebalant.

Renaud Camus, Sommeil de personne, p.217



N'importe: je veux en arriver le plus vite possible au moment que j'aime, celui où l'on peut travailler sur une masse déjà là, la corriger de toute part, la modifier, l'allonger le plus souvent, mais en étant tout à fait libéré du besoin vulgaire de produire de la copie.

Ibid, p.267
Avant de donner forme à l'œuvre, créer la matière.