Dans Du sens, p.541, j'avais rencontré, à mon grand plaisir et mon grand étonnement, Les discours du docteur O'Grady. Le passage de Maurois que je retiens de mon enfance est celui-ci, dans Conseils à un jeune Français partant pour l'Angleterre:
Sois modeste. Un Anglais te dira: «J'ai une petite maison à la campagne»; quand il t'invitera chez lui, tu découvriras que la petite maison est un château de trois cents chambre. Si tu es un champion du monde de tennis, dis: «Oui, je ne joue pas trop mal.» Si tu as, dans un voilier de six mètres, traversé l'Atlantique, dis «Je fais un peu de canotage». Si tu as écrit des livres, ne dis rien. Ils découvriront eux-mêmes avec le temps, cette regrettable mais inoffensive faiblesse; ils te diront en riant: «J'ai appris quelque chose sur vous», et ils seront contents de toi.

André Maurois, Conseils à un jeune Français partant pour l'Angleterre
J'ai l'impression de retrouver régulièrement dans Camus cette façon d'en dire moins, ou de se taire, lorsqu'on pourrait dire quelque chose à son avantage. Par exemple cette scène, à ma connaissance, n'est évoquée qu'ici, de cette façon cryptée:
si bon je ne suis tu n'es pas personne n'est tout à fait certain que le meilleur moyen de les comment dites-vous de les aider à s'in soit bien de leur faire écouter du Chopin ou les mouvements lents des concertos pour violoncelle de Vivaldi dans la bibliothèque suspendue au-dessus de la campagne au dernier étage d'un perdu et de bavarder avec eux plus ou moins à bâtons tout en buvant du au-dessus des arbres mais elle la comment dire la moni la guide la responsable oui hélas il craint que ce soit bien là le elle disait que elle lui avait même écrit pour lui dire que elle ne manquait jamais une occasion de lui qu'ils en gardaient un que c'était pour eux quelque chose de très qu'ils n'en revenaient pas que quelqu'un qui que quelqu'un que leur prête tant d'leur donne tellement de son qu'ils lui avaient dit que plusieurs d'entre eux lui avaient dit que chaque fois c'était pour eux le meilleur mo dans le et ça l'avait beaucoup tou

Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p.276
Je n'ai pas trouvé trace de cela en feuilletant La salle des Pierres. Quelqu'un a-t-il lu ailleurs une recension de la scène évoquée ci-dessus? ou, dans un tout autre genre:
Je me suis abstenu de répondre, malgré la tentation, que sa remarque était peut-être vraie s'agissant de sac à main arraché ou de vol à main armée, mais qu'en matière de délit d'opinion cette injustice s'inversait; et que par exemple lui pouvait écrire impunément, à la première page de sont récits, que les feujs il les reconnaissait toujours, il avait un truc pour ça, tandis que si j'affirmais rien de pareil, moi, même en guise de plaisanterie, trente ans de Sibérie seraient jugés une peine trop douce.

Renaud Camus, Sommeil de personne, p.534
Et la question est: pourquoi s'être abstenu, pourquoi ne pas avoir cédé à la tentation, ne pas avoir fait éclaté l'incohérence et l'injustice?

Complexe du colonel Bramble, discrétion sur les faits qui seraient retenus en notre faveur, pari en cas d'injustice ou d'exagération que la discrétion et le bon droit triompheront.
André Maurois écrivait dans l'entre-deux guerres, et à propos de l'Angleterre. Il est fort probable que les catégories qu'il prône ne s'appliquent plus guère de nos jours.