261. On a donc imaginé le Musée du Panache gascon, dont j'ai déjà touché un mot. Les salles, assez simples, très belles, une seule par étage, se déploient donc verticalement. Elles sont remplies de mannequins de cire, assez semblables à ceux qu'on voit dans les vitrines des magasins de confection, mais vêtus l'un comme Thibault de Termes, le vaillant compagnon de Jeanne d'Arc, celui-ci comme Mme sa mère, cet autre comme d'Artagnan, cet autre encore en paysan gascon. Le jeune héros part pour la guerre. Henri de Navarre, entre deux danses, va s'emparer de Fleurance. Marchant à la suite du Roi-Soleil, qui va prendre femme à Hendaye, les mousquetaires, d'Artagnan parmi eux, ont fait étape dans une auberge de Manciet (La Bonne Auberge est très connue, ça ne pouvait pas tomber mieux).

262. Les costumes ne sont pas vilains; toutefois l'on peut préférer les musées Grévin ailleurs que dans une aussi belle tour.

263. Ce dont on s'accommode plus mal, surtout si on se rencontre être moi, c'est de la sonorisation des salles. Un disque vous suit dans votre périple, et vous explique ce qui se passe. Il prévoit d'autant mieux vos mouvements que c'est lui qui les dicte. Vous pourriez en retirer l'impression d'être un poulet sur une chaîne d'abattage, et d'emballage. Vous pourriez avoir envie de silence. Vous pourriez même détester, si vous aviez vraiment mauvais caractère (ce qu'à Dieu ne plaise), qu'on vous dise ce que vous devez regarder, à quel moment, et dans quel ordre.

264. Je dois cependant préciser, puisqu'aussi bien je m'efforce on l'aura remarqué à la plus parfaite objectivité, que ces bandes sonores sont déclenchées par des commutateurs, dans chaque salle, que libre à chaque visiteur d'actionner, ou non. Idéalement, il pourrait très bien être laissé à lui-même, donc, et contempler en maugréant, s'il lui plaît, sans autre bruit que son maugrément, les mousquetaires de vitrine. Mais il est peu concevable qu'il soit seul, et toujours il y aura quelqu'un, en même temps que lui, pour déclencher la voix enregistrée.

265. C'est qu'il y a beaucoup de visiteurs, à la tour. Et que je sache ils sont contents. Qui serais-je, dès lors, pour critiquer ?

266. Telle qu'elle est aménagée de nos jours pour le tourisme, la tour est faite pour les enfants, pour les familles, pour les amateurs frustrés de parcs d'attraction. Elle le serait aussi pour les personnes âgées, si elles n'avaient pas peur de l'ascension. Toutes catégories très respectables, auquel le Gers se doit d'offrir pâture, s'il veut développer son tourisme. Il n'est pas douteux qu'il le veuille.

Renaud Camus, Le département du Gers