«... la fulgurance de ton invention, ton ubiquité, tes trésors accumulés...

... ô multiples, Innombrable, et comme à chaque question toi seule as mille réponses, Contradictoire, et Chatoyante...

... et que toujours tu nous reviennes, fraîche et rieuse comme aux jours des grands débats aux Assemblées nationales, d'élections aux Syndicats étudiants, de Conseils d'administration aux houillères du Nords et d'illustres décès.

... Consolatrice, et Mère, et Bien-Assise,

Recours des peuples affolés aux grandes débacles de l'Histoire, et Naturelle, et Sûre, et Authentique,

Muse des jeunesse enthousiastes malmeneuses de grammaire, tendre asile des vieillards, qui dira ta force d'oubli, et comment tu recueilles, comme tes fils les mieux chéris, ceux qui t'ont le mieux trahie...?

ô, Pourvoyeuse des Grands Emplois, ceux qui t'ont voué leur vie sont partout, aux plus hautes charges de l'État, secrète maîtresse, et leurs yeux brillent de toi, de la joie dont tu les combles, cet accord avec le monde...

... Toi, qui fait vendre les livres et ce gonfler les pourcentages d'écoute, tout en flattant la vanité des auteurs pilonnés et des chanteurs poétiques sifflés...

Bêtise, première parole, premier geste, venue du cœur de notre cœur et des entrailles de notre voix, ô Sœur, Compagne de nos Nuits, Inspiratrice des jouissives tristesses, Contemptrice des dangereux bonheurs,

...»

Renaud Camus, Travers, p.271

J'aime cette façon de rappeler que nous ne pouvons nous débarrasser de la bêtise, qu'au moment qu'elle paraît la plus lointaine, elle est la plus proche: "comment tu recueilles, comme tes fils les mieux chéris, ceux qui t'ont le mieux trahie".