A propos de la critique de Passage par Angelo Rinaldi dans L'Express du 31/03/1975

ce texte crépitant de fantaisie et d'intelligence où les citations et les souvenirs s'imbriquent et dont les personnages discernables dans la grande cohue des références sont de faméliques et sophistiqués dandys « Rive gauche » se réchauffant à la chaleur des mots.

Rien à faire, dès que je vois le mot "personnage" à propos de Passage, un énervement monte en moi. Enfin, je suppose qu'au sens strict, on doit bien pouvoir y voir des personnages. Mais il faut tout de même se forcer un peu.

Le plus juste serait peut-être de considérer que les mots (pas tous, certains, "vert", "Indes", les états d'Amériques, etc) sont les personnages, ce sont eux qui font avancer l'action, ce sont eux qui subissent des transformations, etc...

Mais il est facile de faire ce genre de remarque après avoir lu Roussel, les textes de Barthes, de Houppermans, de Baetens, les explications contenues dans Echange ou Travers. Était-on davantage attaché aux personnages à l'époque où Passage est sorti, est-il plus facile d'en abandonner la nécessité aujourd'hui?

Ce qui est étonnant, finalement, c'est le peu de goût pour l'enquête policière que semblent avoir eu les premiers lecteurs. Mais peut-être n'avaient-ils aucun moyen de savoir qu'il y avait quelque chose à chercher: si "Marcel y va pas" intrigue, c'est bien parce qu'on le retrouve dans Retour à Canossa, seul, il n'est qu'une phrase (mais d'où vient-elle, de quel livre, de quelle anecdote historique ou personnelle?)

Qu'en est-il de la narration? N'est-ce pas exactement ce qui éclate dans Passage, non soumis aux règles de succession et de causalité, en sorte qu'il serait possible de lire ou de réécrire ce texte en partant de la fin? Il n'y a pas de sens de la lecture, il s'agit déjà des prémisses de l'hypertexte.


message repris le 08/07/2008