Le rapport entre Proust et Renaud Camus : un certain rapport à l'enfance, aux souvenirs, au temps qui passe. Et l'amour de la littérature.
Exemples:

Je dus finir par obéir à ma grand'mère avec d'autant plus d'ennui qu'Elstir habitait assez loin de la digue, dans une des avenues les plus nouvelles de Balbec. La chaleur du jour m'obligea à prendre le tramway qui passait par la rue de la Plage, et je m'efforçais, pour penser que j'étais dans l'antique royaume des Cimmériens, dans la patrie peut-être du roi Mark ou sur l'emplacement de la forêt de Brocéliande, de ne pas regarder le luxe de pacotille des constructions qui se développaient devant moi et entre lesquelles la villa d'Elstir était peut-être la plus somptueusement laide, louée malgré cela par lui, parce que de toutes celles qui existaient à Balbec, c'était la seule qui pouvait lui offrir un grand atelier.
C'est aussi en détournant les yeux que je traversai le jardin qui avait une pelouse — en plus petit comme chez n'importe quel bourgeois dans la banlieue de Paris —, une petite statuette de galant jardinier, des boules de verre où l'on se regardait, des bordures de bégonias et une petite tonnelle sous laquelle des rocking-chairs étaient allongés devant une table de fer. Mais après tous ces abords empreints de laideurs citadines, je ne fis plus attention aux moulures chocolat des plinthes quand je fus ans l'atelier [...]
Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs p.833 Pléiade 1957

Toutes les maisons de la rue principales ont été soigneusement dépouillées de leur crépi traditionnel, elles montrent à nu leurs pierres de médiocre appareil et, outre que c'est très laid, outre qu'on est plein de regret pour le merveilleux crépi gascon qui était le seul véritable usage de la région pour les façades d'architecture vernaculaire, ce grattage est toujours le signe qu'on est passé dans le stupide deuxième degré, dans le pittoresque de confection, dans la pose et la convention pseudo-rustiques. Confirmation s'il en fallait une, le pied des murs et tous les rebords de fenêtres sont pleins de génariums, dans de hideuses barquettes de congloméré et de ciment — et l'on préfèrerait mille fois n'avoir pas de fleurs du tout que des fleurs dans ces conditions-là.
Renaud Camus, Retour à Canossa p.498


Et de même qu’il est quelquefois troublant de rencontrer les raffinements vers lesquels les artistes les plus conscients s’efforcent, dans une chanson populaire, à la façade de quelque maison de paysan qui fait épanouir au-dessus de la porte une rose blanche ou soufrée juste à la place qu’il fallait — de même le nœud de velours, la coque de ruban qui eussent ravi dans un portrait de Chardin ou de Whistler, Françoise les avait placés avec un goût infaillible et naïf sur le chapeau devenu charmant.
Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs p.649 Pléiade 1957

Le goût paysan de jadis était parfait, en Gascogne. Comment expliquer autrement toutes ces fermes, ces maisons, ces bâtiments tout à fait modestes, en très grand nombre, et qui tous sont pleins d’une élégance merveilleuse, d’un sens infaillible des proportions et des matières, d’une distinction à toute épreuve ?
Renaud Camus, Retour à Canossa p.499