Qu'est-il dit dans ''Syntaxe'' : abandonner la syntaxe, c'est considérer qu'il n'est plus très important d'être compris, ou l'inverse?


Il est exposé à plusieurs reprises que l'abandon de la syntaxe caractérise une précipitation à "communiquer", il faut parler, il faut être compris, le fond du "message" a plus d'importance que sa forme.

Cependant il me semble que dans cette précipitation à communiquer, s'exprimer est malgré tout plus important pour le locuteur qu'être compris. accorde plus d'importance au fait de parler qu'au fait d'être compris, car les défauts de construction sont gênants pour être compris, et donc si c'était l'important, le locuteur soignerait sa syntaxe.
En effet, si votre interlocuteur a tendance à corriger automatiquement "l'histoire dont je te parle" quand il entend "l'histoire que je te parle", cela lui prend quelques dixièmes de secondes pendant lesquelles il est moins attentif. Il ne comprend plus immédiatement (si immédiatement).
Celui qui veut être compris aurait donc intérêt à soigner sa syntaxe.

D'autre part, je ne suis pas totalement d'accord avec l'idée qu'une construction avec ou sans syntaxe laisse passer autant de sens; elle en laisse peut-être passer autant, mais pas tout à fait le même.
Comparons «C'est un sondage sur en gros à quelles institutions font confiance les Turcs» et «En gros c'est un sondage destiné à évaluer le degré de confiance des Turcs envers diverses institutions.» (p.39 et suiv)
La première phrase est plus vague que la deuxième, elle laisse davantage de latitudes à l'auditeur, elle lui donne moins de renseignements.

J'analyse de la même façon l'écart entre les deux versions laitières: «On s'est beaucoup interrogé sur France-Yaourt sur comment combiner un maximum d'onctuosité avec une authentique culture zéro calorie» et «Au sein de l'entreprise France-Yaourt, nous nous sommes beaucoup interrogés sur ceci: comment concilier la plus grande onctuosité concevable avec notre solide tradition de laitages à très basse teneur calorique?»
D'ailleurs entre les deux phrases, Renaud Camus doute: «Il est très possible que cette personne veuille dire en fait:» (p.78) Bien sûr, cette incise est doucement ironique, cependant, elle reflète une réalité, il est bel et bien possible de donner plusieurs versions de la phrase initiale qui est moins précise. Si se faire comprendre consiste à essayer d'exposer sa pensée au plus juste, alors la première version de la phrase n'accorde pas beaucoup d'importance au fait de se faire comprendre: il lui suffit qu'on comprenne à peu près l'idée.

Il est d'ailleurs fascinant d'observer le découpage de sens qu'opère la précision. La précision restreint le sens, il y a moins de sens (moins d'interprétations) possibles pour l'auditeur ou le lecteur, mais elle l'approfondit, elle lui donne davantage de poids, elle lui donne davantage de sens: le champ est rétréci et approfondi. En prenant la peine d'un détour par la syntaxe, on autorise à l'autre un accès plus profond à sa propre pensée, ce qui est aussi ce qui permet d'engager un dialogue: c'est souvent sur les détails que l'on va discuter, une fois l'idée principale admise. La syntaxe respecte l'autre dans la langue, elle lui donne accès à ma pensée et permet donc le dialogue.