Nabokov explique très bien, dans sa postface à Lolita, pourquoi Tricks n'est pas pornographique (désolée, je n'ai que la version anglaise):
Thus, in pornographic novel, has to be limited to the copulation of clichés. Style, structure, imagery should never distract the reader from his tepid lust. The novel must consist of an alternation of sexual scenes. The passages in between must be reduced to sutures of sense, logical bridges of the simplest design, brief expositions and explanations, wich the reader will probably skip but must know they exist in order not to feel cheated (a mentaly stemming from the routine of "true" fairy tales in childhood). Moreover, the sexual scenes in the book must follow a crescendo line, with new variations, new combinaisons, new sexes, and a steady increase in the number of participants (in a Sade play they call the gardener in), and therefore the end of the book must be more replete with lewd lore than the first chapters.
Traduction personnelle:
Ceci, dans un roman pornographique, doit être limité à la copulation de clichés. Le style, la structure, les décors ne doivent jamais distraire le lecteur de sa tiède luxure. Le roman doit consister en une alternance de scènes sexuelles. Les passages intercallaires doivent être réduits à des sutures de sens, des ponts logiques de la conception la plus simple, des expositions et explications brèves que le lecteur sautera probablement mais qu'il doit savoir qu'ils existent pour ne pas se sentir floué (une attitude mentale issue des habitudes inculquées durant l'enfance par les "vraies" contes de fées). D'autre part, les sènes sexuelles du livre doivent suivre une ligne ascendante, avec de nouvelles variations, de nouvelles combinaisons, de nouveaux sexes et une croissance soutenue dans le nombre des participants (dans une pièce de Sade ils appellent le jardinier à la rescousse), et par conséquent la fin du livre doit être plus rempli de folklore obscènes que les premiers chapitres.
Or il n'y a pas ce crescendo dans Tricks, du moins pas dans celui que j'ai lu (1988). Je me souviens à l'inverse avoir été amusée par la sensation que l'auteur n'arrivait pas à tenir son engagement: au début les tricks se succèdent rapidement, comprenez les garçons et la baise, et puis... Et puis ça continue, puisque c'est le rythme des chapitres, mais les détails se multiplient, untel vient de rentrer, je viens de retrouver un lecteur, mes parents doivent penser que je dors toute la journée, j'écrirais des lettres très culotte de peau à Claude Simon,... Je me souviens de Rousseau abandonné le temps d'un tricks dans une backroom new-yorkaise, d'une discussion sur la photographie et le discours suivant, de l'Amérique génératrice de mythologies, d'un black (le dernier tricks?) et d'une réflexion sur son désir d'intégration…
Bref, loin d'un crescendo, j'ai eu l'impression que le désir d'écriture submergeait le désir de raconter les rencontres, et que peu à peu le champ tendait à s'élargir, sans le reconnaître explicitement.

L'édition de 1979 était plus ramassée (33 récits), et l'édition américaine comporte vingt-cinq récits. Nul doute que leur caractère pornographique s'en trouve renforcé.