A l'encontre de l'analyse camusienne:

Mon analyse est que dans le vote en faveur de Jean-Marie Le Pen — un vote dont je surestime grandement, peut-être, la qualité ontologique —, il entre une grande part de protestation, et même de refus, à l'égard de ce tour de passe-passe à portée rétrospective qui explique au peuple français qu'il n'a jamais existé en tant que peuple, jamais plus en tout cas que ce peuple nouveau en formation laborieuse auquel pour le moment on donne encore son nom.
Renaud Camus, ''Outrepas, p.184

je partagerais l'analyse flattersienne

Flatters [...] objecte — et prouve ce faisant son bon sens, hélas — que pareilles considérations et attachements n'entrent que pour une part infime, probablement, dans les "motivations" des électeurs du Front national; où lui paraissent tenir une beaucoup plus grande place des aigreurs et des rancœur de boutiquiers, la haine de la différence, de la vie intellectuelle, de l'art en général et de l'art contemporain en particulier, bref de tout ce que nous aimons et de tout ce que nous sommes. Ibid, p.171


Personnellement je me méfie des Français. Je ne suis pas sûre que nous soyons un peuple extrêmement sympa. J'aime la langue, la littérature, les paysages, les églises. Mais lorsque j'entend une phrase qui commence par "les Français" (souhaitent, veulent, pensent, etc), je m'attends toujours à ce que la suite soit la description d'un peu de bêtise ou de mesquinerie. Je ne peux oublier les trois à cinq millions de lettres de délation sous l'Occupation, les sympathies pour Boulanger, Poujade,... Les Français râlent, se plaignent, ne sont pas contents. C'est peut-être légitime. J'ai surtout l'impression qu'il s'agit de caprices d'enfants gâtés, qui ne se rendent pas compte de ce qu'ils ont.
Ma méfiance doit venir de la méfiance qu'il me semble rencontrer dès qu'on paraît dans un village où l'on est étranger. Je me souviens avoir entendu deux dames discuter dans la rue, à Talence. L'une expliquait à l'autre: «Mais je ne suis pas d'ici, je viens de la barrière Saint-Genès». Puis, se rendant compte de la bizarrerie de ce qu'elle venait d'énoncer (la barrière est à un kilomètre), elle a précisé «Maintenant, ça paraît proche, mais quand on se déplaçait à pied, c'était loin.» (Et là, je me suis dit qu'il fallait déménager, qu'on ne serait jamais accepté, c'était sans espoir). Une autre fois, en Bretagne, une dame nous expliquait qu'elle n'était pas d'ici, mais de X. Comme nous la regardions sans comprendre (aucune idée d'où était X), elle a précisé «C'est de l'autre côté du ruisseau. Ce n'est pas loin, mais passer le ruisseau, c'est changer de monde».
Le jour où j'ai découvert où était Plieux, ça m'a paru étrange: aucune chance de s'intégrer (d'être accepté) dans un si petit village, il aurait mieux valu rester dans le Massif Central, ai-je spontanément pensé en application de mes préjugés.