Véhesse

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 20 juillet 2005

Fausse critique

Ces deux articles enthousiastes que j'ai reçus récemment, et que j'ai mis aussitôt sur mon site personnel, parmi la revue de presse, m'ont paru légèrement too much et, pour compenser, j'en ai écrit un moi-même, violemment hostile à Du sens et à moi, signé Laurent Garnaud: Laurent pour le 10 août et Garnaud pour les Garnaudes, à Chamalières- j'avais d'abord pensé à Marc du Saune, mais la manoeuvre était trop facile à décrypter.

Renaud Camus, Outrepas, p. 204

Renaud Camus appelle Guillaume Cingal à l'aide pour une traduction

Message de Duane Marcus déposé le 20/07/2005 à 07h13 (UTC) sur le site de la SLRC

The Boy on the magazine cover

In love with the boy / on the magazine cover
His face all over town / driving me crazy /
wanta wanta be with this boy's bronzed biceps,
Dishy delicious devilishly cute amazingly brilliant /
breathtaking gorgeous beefcake,
playing with his G.I. Joe doll,
This hunk goes to extremes in love,
Wildly romantic aloof and indifferent he seems a bit scatty
but there is no pulling the wool across his eyes.
He's a great fuck / I just gotta get him into the sack ;
That body language that face he's just plain gorgeous
says he'll make an omelette for me in the morning.
They say he was bonking some guy / when he wrote the song/
"Please don't break my heart" / it goes,
I never never wanta say goodbye
to you / your kisses / you holdin' me tight /
to your untidy long blond locks
you utterly scromptious absolutely gorgeous very hunky wonder boy
and versatile / so versatile
well built slim ten a half stone and single too /
yummy.

Voici un premier essai de traduction, mal dégrossi (ou pas dégrossi du tout ; d'un autre côté, on ne va pas non plus...). Mais que signifie "bonking" ? Est-ce un australiennisme ? Quel poids désigne "ten and a half stone" ? Ailleurs les difficultés ne sont pas de compréhension (encore que... : le coup de la G.I. doll..."; et "versatile" n'est pas facile à traduire "élégamment"), mais de ton à garder ou à retrouver :

Dingue du mec / sur la couverture de l'hebdo
Sa gueule à travers toute la ville / à me faire péter les plombs/
Oh j'ai b'soin de voir de près les biceps bronzés de ce type,
morceau de roi délicieux diaboliquement mignon génial comme pas croyable
baraque sublime à couper le souffle
Qu'est là à faire joujou avec sa poupée Ken parachutiste,
Cette bête a peur de rien en amour,
Sauvagement romantique lointain indifférent il a l'air un peu cinglé
mais on sent qu'y a pas intérêt à lui chercher des poux.
C'est un coup super / i'm'faut l' foutre au pieu ;
Ce que raconte son corps ce visage il est tout simplement sublime
c'est qu'il va m'préparer une omelette au p'tit déj.
Ils disent qu'il était maqué avec un type / quand il a écrit cette chanson
qui fait / "J't'en prie déchire pas mon cœur"
Je veux jamais jamais dire au revoir
à toi / à tes baisers / à toi qui m'tient serré /
à tes longues boucles blondes en désordre
oh complètement somptueux absolument sublime garçon de rêve super mâle
et tout terrain /tellement tout terrain
bien foutu mince quatre-vingt kilos et en plus célibataire /
waouououhhhh

Cela dit, quand on passe à des animaux un peu plus considérables, le passage d'une langue à une autre n'est pas forcément beaucoup plus aisé. Ainsi il me semble que le malheureux Tennyson perd à peu près tout entre :

In memoriam A. H. H.

CXXIX

Dear friend, far off, my lost desire,
So far, so near in woe and weal ;
O loved the most, when most I feel
There is a lower and a higher ;

Known and unknown ; human, divine ;
Sweet human hand and lips and eye ;
Dear heavenly friend that canst not die,
Mine, mine, for ever, ever mine ;

Strange friend, past, present and to be ;
Loved deeplier, darklier understood ;
Behold, I dream a dream of good,
And mingle all the world with thee.

et

Ami cher, et lointain, mon désir en-allé,
Si ailleurs, si proche en la peine et la joie ;
Ô jamais tant aimé qu'aux moments où je sens
Combien il est en l'âme des ordres inégaux ;

Le connu, l'inconnu, l'humain et le divin;
La douce main humaine, et les lèvres et les yeux ;
Cher ami céleste qui ne saurait mourir
Mien, mien, à jamais, toujours mien ;

Étrange ami, passé, présent, et à venir ;
Plus profondément aimé, plus obscurément compris ;
Vois, je rêve un rêve pour le meilleur
Et tout ce que je vois je le mélange à toi.


Suite à la réponse de GC, RC précise certains de ces choix de traduction:

Pourquoi "hebdo" ? Parce que "magazine", en français, ne me paraît pas appartenir à ce niveau de langue. C'est un mot que j'entends peu, ou pas du tout, dans ce contexte. De même on ne dit guère un "garçon", il me semble, quand on parle si librement de sexe. Mais sans doute faut-il résister à la tentation de "vulgariser" le ton à l'excès. En français les éléments "grossiers" ne seraient peut-être pas placés au même endroit.

J'imagine qu'il n'est pas concevable que le boy on the magazine cover soit celui que bonkait Elton John quand Elton John écrivait sa chanson ? En quoi la citation est-elle différente ? Il n'y a pas" Please" chez Elton John ?

J'avoue que j'avais reculé devant "miam-miam". Je sais bien que c'est la traduction littérale (si l'on peut dire) de "yummy", mais je craignais que ce ne sonne trop enfantin. Il me semble qu'on dit assez peu "miam-miam", en français, dans un contexte sexuel. Il me semble même qu'on dit assez peu "miam-miam", depuis cinquante ans.

Plus précisément

Marc du Saune est un très bon interviewer. Il est capable de s'apercevoir que des réponses se contredisent à trois ou dix pages d'intervalle, de retrouver la voie principale quand le dialogue s'est perdu dans des chemins de traverse et il oppose à RC des arguments auxquels je n'aurais même pas pensé (je regrette l'absence d'une courte notice biographique de Du Saune au dos du livre). C'est pourquoi sur ce sujet des magistrats je suis un peu déçue de constater qu'il a finalement ouvert sa question.

Comparez:

[...] Pensez-vous vraiment que les magistrats d'autrefois, qui, eux, pour le coup, étaient des bourgeois, de vrais bourgeois, barricadés dans leur certitude bourgeoises et sans doute dans leurs préjugés de classe autant que dans leur faux cols, pensez-vous que de tels magistrats faisaient nécessairement de meilleurs juges que ceux que vous accusez aujourd'hui d'être des petit-bourgeois?»

et

[...] Mais je reste à ma question: ces magistrats d'aujourd'hui, s'il se trouvait, comme vous le soutenez, qu'ils soient des petits-bourgeois en effet, en tout cas qu'ils ne soient pas des bourgeois comme jadis, est-ce que vous ne pensez pas que ce pourrait être un progrès, si grâce à cela ils sont moins éloignés de ceux qu'ils ont à juger, s'ils ont au moins, au moins en partie, un langage en commun avec eux?

Ce n'est pas la même question. La forme de la question a changé, permettant de ne pas répondre à la première question (ce que j'ai formulé maladroitement par "s'échapper par la forme": c'est le changement de forme de la question qui permet de ne pas répondre). Du Saune, en parlant de "langage commun", a permis une réponse irréprochable («Je veux être jugé par un principe, par une convention de délégation, par la loi, par la Justice, dont les hommes ou les femmes ne sont que le truchement.») qui ne répond pas à la question: en quoi la bourgeoisie garderait mieux ce principe que la petite bourgeoisie? Il me semble qu'au moins depuis le XVIIe siècle, dans toute l'Europe, c'est un classique du théâtre puis du roman de se moquer des magistrats, de leur travers et de leur façon d'être plus ou moins sensibles aux honneurs, à l'argent, aux flatteries. Les magistrats d'aujourd'hui sont peut-être plus "incorruptibles" que ceux des siècles passés. Quoique... En tout cas, je n'ai pas en mémoire des scandales répétés concernant des juges ou procureurs ou greffiers corrompus.
Ce que je reprocherais aux magistrats actuels, c'est de trop parler aux journalistes (travers petit-bourgeois? c'est tout à fait possible. Passer au journal de 20 heures, le rêve!) ou d'écrire des livres alors qu'ils sont encore en activité. La discrétion me paraît une qualité indispensable à un magistrat. (Les bourgeois plus discrets que les petits-bourgeois? Sans doute, oui). Cependant, le biais de cette analyse, c'est qu'on ne voit et ne connaît que ceux qui acceptent de parler: sont-ils représentatifs de tous ceux qui travaillent dans l'ombre, et qui sont l'immense majorité?

À retenir

Index

Catégories

Archives

Syndication



vehesse[chez]free.fr


del.icio.us

Library

Creative Commons : certains droits réservés

| Autres
Les billets et commentaires du blog vehesse.free.fr sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.