Qu'aurai-je aimé? Les marins de Pola et de la Porte Dorée, et puis juste en face d'elle, les regardant passer, la maison où Joyce a enseigné l'anglais. C'était la première illustration du premier livre que j'ai publié, cette maison, cet arc, et je ne les avais jamais vus.
Renaud Camus, Notes sur les manières du temps, p.188

A Pola, près de l'arc, entre deux cours: leçons d'anglais aux marchands de la ville et de tennis à leurs filles écolières.
Renaud Camus, Passage, p.11


Mais j'ai bien eu quelques oncles de Bretagne qui étaient vaguement colonels, je crois bien, et toujours plus ou moins à la retraite, ou en semi-disponibilité. En tout ils ne manquaient pas de temps libres. or l'emploi qu'ils en faisaient ne témoignait nullement de la débilité supposée des gens de leur état, ni d'un caractère spécialement batailleur. Au contraire: ils appartenaient tous les deux à une espèce qui m'a toujours inspiré la plus grande tendresse, celles des érudits locaux. L'un se passionnait pour les toponymes abstrus, d'autant plus admirable à ses yeux qu'ils étaient plus trompeurs, [...]
Notes sur les manières du temps, p.101

Sait-on jamais ce qui résonne dans la tête d’un érudit local, lorsqu’il fait sa promenade du soir, en été, autour de son village, dans l’odeur du foin coupé : les noms, les lieux-dits, les carrefours, telle tour au loin entre les arbres, tel clocher, un infime remblai, dans un champ, chargées de vésanies tournoient dans sa rêverie.
Denis Duparc, Échange, p.99


Mais quelle que soit la grande beauté, encore sauvage, du littoral sur de longues distances, peut-être trouvais-je, pour de simples visites, en tout cas, plus de séduction à des lieux de l'intérieur, comme Mostar, ou bien comme le merveilleux village de Pocitelj, sur la Neretva, que nous avons vu désert sous le grand soleil de la mi-journée, hanté de lauriers-roses entres son minaret et son clocher roman, sous la haute forteresse turque.
Notes sur les manières du temps, p.189

eh bien c'est une de ces images [...] qui les incita tout d'un coup, parce qu'ils avaient reconnu de loin le site qu'elle représentait, à quitter la route principale, en Bosnie, ou peut-être en Herzégovine,au pays du Hum, pour traverser la Neretva et pour faire leur entrée, par le portail qu'elle leur offrait, à la fois dans le village de Pocitelj, avec sa forteresse et sa mosquée, avec ses tonnelles et ses roses, et dans le dictionnaire lui-même.
Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p.164 (+ p.237)


Tu manges une truite sur la table de bois, mais c'est moi qui vois s'éloigner la rivière, au-delà du cyprès de la mosquée: vertes sous les bancs de sable, sous les collines pierreuses.
Notes sur les manières du temps, p.189

— Hum, si vous voulez je peux vous faire une truite, avait dit l'homme dans son drôle de sabir, sous la tonnelle en terrasse, non loin du fleuve, auc ours de cet été lointain (eux se dirigeaient vers la Grèce, cette année-là, par le chemin des écoliers.
L'Inauguration de la salle des Vents, p.11 (+ p.191)


Les jambes du petit voïvoïde sont écartées et un peu pliées, comme s'il esquissait en souriant un pas de danse entre deux mondes.
Notes sur les manières du temps, p.190

[...] que les voyageurs, le long d'une mauvaise route à travers ces contrées qui peu d'années plus tard vont être ravagées par la guerre, se dirigent vers la nécropole où les attend, en haut relief sur une pierre dressée, légèrement penchée parmi les herbes hautes, ce jeune prince qu'on voit esquisser un pas de danse, par-delà la mort, et saluer les vivants d'une main énorme, bien ouverte, étalée, plus proche, plus haute et plus large que son visge aux yeux profonds.
L'Inauguration de la salle des Vents, p.237