En feuilletant Sommeil de personne, je redécouvre des passages qui prennent des sens différents aujourd'hui (ou qui prennent un sens, tout simplement, alors qu'ils n'étaient que des anecdotes lors de la première lecture), parce que j'ai lu d'autres livres depuis. Je repense à la question posée un jour sur ce forum «Relisez-vous les journaux?» Il faut relire les journaux.

Je m'arrête à ceci (ceci m'arrête) :

Au fond je devrais réécrire Passage, sans y changer un seul mot. Les gens croiraient qu'il s'agit d'une vulgaire nouvelle édition. Pas du tout : ce serait une œuvre entièrement originale, au moins autant que le Quichotte de Pierre Ménard — et moi je ne serais pas exposé, contrairement à ce malheureux Nîmois, à l'injuste reproche de plagiat.
Renaud Camus, Sommeil de personne p.268

Il est inutile de prendre cette peine. Chaque (re)lecture de Passage est la lecture d'un nouveau livre. J'évite soigneusement de rouvrir les Eglogues, sachant que si je lis un passage au hasard, j'y trouve tant de résonnances nouvelles, il me semble comprendre tant de choses que je n'avais pas vues, pas remarquées (que je ne pouvais pas remarquer avant, parce que c'était une première lecture, ou une lecture précédant d'autres lectures), que je me trouve aussitôt entraînée à tout relire.