Autre cas de faux second degré : G. est un riche homme d'affaires bordelais sexagénaire, antipathique et prétentieux, snob au dernier degré. Sur le tard, il a décidé de se faire une place coûte que coûte dans la littérature. D'une part il tient « table ouverte », comme il dit, pour les écrivains, qu'il reçoit tous les jours à déjeuner au Voltaire, sur les quais, quand il est à Paris. Il ne parle que de lui. J'ai le plus grand mal à me protéger de ses invitations, qu'il réitère éternellement malgré mes dérobades marquées. Gabriel Matzneff, ce qui ne l'élève pas dans mon estime, et bien d'autres, semblent s'y rendre sans trop rechigner. G., d'autre part, publie des romans chez des éditeurs « commerciaux » toujours différents, que sans doute il subventionne d'une manière ou d'une autre. Ces romans sont exécrables, ce qui saute aux yeux, sans même qu'il soit nécessaire de les lire, pour n'importe qui s'intéresse tant soit peu aux lettres.

Renaud Camus, Journal romain, 12 octobre 1985


Suite à des recherches menées à la TGB, Pascale Gilbert écrit :

Dans le n° suivant, n° 189 (12/18 oct. 1985), l'article de Mauraisin est consacré à La Matriarche de Christian Harrel-Courtès. Il semble que dans l'entrée du samedi 12 octobre du Journal romain, Renaud Camus confonde ces deux numéros de Gai pied. C'est à propos de C.-H. que Mauraisin, dans le n° 189, parle d'une belle réussite ; la double page de Copi sur le monologue de la dame assise, un réveil sonne, est aussi dans ce numéro, en revanche l'article sur Green date du numéro précédent, le 188.

Elle précise ensuite:

C H-C est né en 1920, c'est un homme d'affaires mais il n'est pas bordelais. Cf la notice du Who's who : «Carr. : Administrateur-directeur-général (1950) et Président-directeur-général (1981-86) de la compagnie d'assurances maritimes Rhône-Méditerranée. Adr. : Marseille.»


J'ai trouvé l'indication suivante dans la chronologie pour l'année 1985; cela semble correspondre, la rue de l'Université est proche du quai Voltaire, où il existe aujourd'hui un restaurant Voltaire (mais existait-il à l'époque?).

Mercredi 12 juin 1985. Déjeuner avec Jean Puyaubert, Rodolpho Junqueira et Denis Smadja. Avec Denis Smadja, exposition de Christian Harrel-Courtès rue de l'Université, puis exposition Renoir au Grand Palais. « Nous y sommes restés toute l'après-midi mais n'avons pas tout vu ». Dîner rue du Bac avec Rodolfo Junqueira et Philippe Durand. Visite de Denis Smadja. Lecture de Riegl (Le Culte moderne des bâtiments [1]).

Cela paraît un cas de transposition.

Notes

[1] coquille: il s'agit du Culte moderne des monuments