La discrétion du journal

JPB met en ligne un passage du journal 2005 de Pascal Sevran :

J’évoque Dalida sur scène et mon sang se glace à l’idée que, au premier rang de mes spectateurs, ce cher Renaud aurait pu s’étrangler.

ma réponse

C'est le journal 2005, c'est bien ça? Cela fait donc printemps 2007 pour le journal camusien, si tout va bien.

J'aurais envie de rassurer Pascal Sevran. De ce que je comprends des mécanismes du journal, il me semble qu'il n'enregistre, en fait de "sentiments" (par opposition aux réflexions intellectuelles ou observations esthétiques) que la joie pure ou les contrariétés, les déceptions. Je ne sais ce que RC attend d'un spectacle de Pascal Sevran, mais je doute qu'il soit surpris par le fait qu'il s'agisse d'un spectacle de variétés, partant, nulle contrariété ou déception. Je parie donc pour une notation du type "assisté au spectacle de P. Sevran puis dîné au restaurant X où le serveur nous a demandé quatre fois si "ça allait" (avec peut-être une remarque appréciative sur le jeune homme ami de Sevran s'il est présent).

(Voilà bien un pari imbécile permettant de se ridiculiser facilement! Je crois que ça m'amuse.)

remarque le 9 juillet 2009 : rien dans L'Isolation. Entretemps Pascal Sevran est mort, il est possible que RC ait enlevé ses éventuelles remarques par respect. Peut-être le saurons-nous par le journal 2008 ou 2009 (peut-être).
Il est également possible que le spectacle de Sevran en 2005 auquel devait assister Renaud Camus n'ait pas eu lieu, ou que Renaud Camus ait eu trop de travail.

X = W

Pourquoi X? Je propose les pistes suivantes :

1/ X par discrétion. RC est d'une grande discrétion et ses proches sont protégés. Je n'en ai pris conscience que peu à peu, notamment par la façon dont Notes sur les manières du temps ou Journal romain parlent de Rodolfo. (A la lecture de Retour à Canossa, j'avais cru que la discrétion à propos de Pierre était l'exception. C'est l'inverse: c'est la prolixité à propos de Farid Tali qui est l'exception. Mais évidemment, il n'y a nulle raison alors d'être discret, puisque Tali a accepté de publier un journal à quatre mains. Cela, je le découvre et le comprends peu à peu.)

Dans les premiers livres (trois Eglogues), X. n'apparaît pas, même en tant que X. La ronde des prénoms est trop effrénée pour qu'il soit possible d'attribuer une identité fixe à l'un deux.

2/ X. est classiquement et mathématiquement l'inconnu(e).

3/ Quelle est la première apparition de X. sous le signe de X.? Dans Tricks, c'est Tony. Journal romain utilise W. (25 juillet 1986) ou "l'innommable" (19 septembre 1986) ou X. (24 octobre 1986) (recensement non exhaustif, sous réserve que je ne me trompe pas dans mes identifications).

4/ Ce W. m'enchante. Quel signe du destin. «avec la seule compagnie d'un adolescent blond, dont le blouson en imitation de cuir noir porte un W brodé sur la poche.» Projet pour une révolution à New-York p.125
Voir la sphère des W. ici (de nouveau).
(Bien entendu, c'est une phrase idiote: si l'initiale avait été autre, la littérature aurait fourni d'autres pistes).

5/ Pourquoi X? Comment ne pas penser à la fin de La vie mode d'emploi: «Sur le drap de la table, quelque part dans le ciel crépusculaire du quatre cent trente-neuvième puzzle, le trou noir de la seule pièce non encore posée dessine la silhouette presque parfaite d'un X. Mais la pièce que le mort tient entre ses doigts a la forme, depuis longtemps prévisible dans son ironie même, d'un W.»
Voir tout en bas de cette page (c'est merveilleux, S, Z, N, Y, W, X, sans compter M, U, L. [1]


Notes

[1] ce qui nous amènera tout naturellement à la dédicace de L'Amour l'Automne: «A la lettre».)

Braudeau critique Vigiles

Voir le document.

Sans me prononcer sur la partie proustienne, je trouve la partie camusienne plutôt amusante. Les commentaires sur les passages concernant Rinaldi sont très drôles, et après tout, plutôt justes: «Un cas le hante : Rinaldi. Le 26 septembre : « Je devrais me décider à lire Angelo Rinaldi. » Le 31 octobre : « Le dessein en est pris, je vais lire Rinaldi. » le 16 novembre « Comment ne pas penser ici à Angelo Rinaldi, dont je suis en train d'achever les Roses de Pline » ? Le 18 novembre, il se fâche tout rouge contre Angelo Rinaldi et déclare sa réputation d'écrivain « disproportionnée » mais, tout en protestant ainsi, devrait reconnaitre à Angelo R. le génie de l'avoir obsédé pendant un an, au moins.»

Rien à faire, ça me fait rire. RC est suffisamment sévère envers Rinaldi pour qu'on puisse accepter que Braudeau se moque.

Si la vertu d'une critique journalistique est de donner envie de lire (charge au lecteur de se faire une opinion), je trouve celle-ci plutôt réussie : «Camus traite de Barre ou de Chirac comme de Pergolèse ou d'Hortense de Beauharnais, tous convoqués au fil de la plume.», ou «dont les frivolités ci-dessus relevées ne doivent pas masquer le charme disert et vagabond». C'est joli, non? Quand on compare cela aux critiques froides et ennuyées de Poirot-Delpech... Braudeau au moins s'est bien amusé et il le reconnaît. C'est un début.

Evidemment, je n'apprécie pas que L'Elégie de Chamalières soit traitée aussi cavalièrement, mais je sais aussi qu'elle demande beaucoup de travail, peut-être trop pour un(e) critique journalistique, hélas.

Les billets et commentaires du blog vehesse.free.fr sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.