Question de Jean-Marc :

A propos, pour quelle raison voit-on apparaître plusieurs Tony dans l'Oeuvre (X., donc ; Tony Duparc ; Denis Duvert, qui évoque Tony)

Ma réponse

Pourquoi pas? Nous entrons dans le domaine de l'élucubration, davantage soutenue par l'imagination et la passion de tout expliquer que par de véritables preuves trouvées dans les textes.
Mais enfin.

1/ soit Passage: importance des Indes (A Passage to India, Indiana, Le Vice-Consul, etc) deux couleurs agissantes, le blanc et le vert (dans la troisième partie (de mémoire) (en considérant que les passages blancs marquent des parties) intervention du rouge comme rupture)
donc : Indes=Denis; vert => Duvert

2/ pourquoi Duparc? Là encore, pourquoi pas? Voir la première phrase d' Echange: "Il y eut d'abord le parc". Et la suite: "Et ainsi la littérature", dont la fonction est explicitement de nommer, et de créer en nommant, de faire d'un jardin un parc.

3/ Pourquoi Tony? Aucune idée. Pour conserver une couleur américaine, pour rimer avec ou ne pas s'éloigner de Denis? (suppositions que tout cela)

4/ Du rôle de Tony Duvert dans les premiers livres camusiens.
Tony Duvert, dont je n'avais jamais entendu parler avant de lire ce forum, semble hanter certains lecteurs. Régulièrement on s'interroge sur Tony Duvert. Je me demande pourquoi.
J'ai cru comprendre que Renaud Camus n'avait pas fait exprès d'utiliser un nom aussi proche de celui d'un écrivain vivant. Selon certaines sources (une conversation dans une voiture en octobre 2003, mais aussi ce message [1]) Tony Duvert a menacé de faire un procès à POL, selon d'autres, de casser la gueule à Renaud Camus... [2]

Si vous voulez une coïncidence comme je les aime, rapprochez le prénom de ce message-ci avec celui de ce message-là.

Lors de mes feuilletages d'avant lecture (lecture toujours reportée, souvent), j'ai repéré dans Notes achriennes (p.55) un long passage haineux, désespéré et désespérant, de Tony Duvert. J'en copie le dernier paragraphe :

«Je dédie ce souvenir aux salauds du même acabit qui me prêchent aujourd'hui le «respect» du mineur. Moralistes borgnes, j'ai été ce mineur et je l'ai subi, ce respect. Je vous reconnaîtrai, violeurs, sous tous les déguisements que vous pourrez prendre : cette voix-là ne s'oublie jamais.» L'Enfant au masculin de Tony Duvert.

La suite est de RC:

Je suis passé moi aussi, quelques années plus tard, sur le divan de Marcel Eck. [...] Le ton de Duvert n'est qu'à lui, je serais bien incapable de l'imiter, et de sa violence. Mais la longue note que j'ai citée réveille comme il convient mon indignation. (etc)

La fin de la note me fait supposer que RC n'a lu ce livre de Duvert qu'après Journal d'un voyage en France, donc après les trois premières Eglogues.

Voilà tout ce que je sais des relations Duvert/Camus.

Complément par Renaud Camus :

Message de Jason Sparks déposé le 14/01/2006 à 07h37 (UTC) Objet : Hypothèses partielles

Denis serait né des Indes, et aussi des tennis (Dennis), les unes et les autres très agissants dans Passage ; Duparc du jardin (première phrase d' Échange). Le vert étant l'une des deux couleurs-clefs de Passage, le glissement Denis —> Tony s'appuierait sur l'existence attestée de Tony Duvert de la même façon que l'existence attestée de J.-M.-G. Le Clézio servirait de point d'appui à l'apparition de J.-R.-G. Le Camus et de J.-R.-G. du Parc dans la présentation des Églogues en regard des pages de titre de Travers et d' Été. Cette hypothèse me semble en partie confirmée, ou du moins corroborée, par l'existence d'un exergue à Été emprunté à Tony Duvert. Été étant ou presque un titre d'Albert Camus, tout semble attester «des indentités floues, prêtes à lâcher ». Une des insinuations ne serait-elle pas dès lors que Camus, même, ne serait qu'un nom, un nom d'emprunt, une convention, un faux nez, un pseudonyme en somme, emprunté comme le nom de Duvert ou, plus partiellement, celui de J.-R.-G. Le Camus, au monde des Lettres et des lettres, au pur climat littéraire (ou littéral). Ce ne sont là bien sûr que de simples hypothèses. Il faudrait consulter les auteurs. Peut-être que le livre éternellement annoncé de Denis du Parc, Lecture (comment m'ont écrit certains de mes livres), un jour nous en dira plus ?

Message de Guillaume Cingal

Tony, étant l'abréviation la plus commune pour les Antonio d'origine italienne naturalisés, a acquis sinon ses lettres de noblesse, du moins son droit de francité, longtemps avant les séries américaines.

Peut-être aussi, pour Antoine, Tony a-t-il, dans les classes populaires, remplacé Toinet sans même avoir besoin de l'influence des Italiens.

Peut-être aussi y a-t-il eu une influence du cinéma anglo-saxon (Tony Curtis ?)

Ma Réponse

Message de VS déposé le 18/01/2006 à 23h02 (UTC) Objet : Antonio

Bravo Guillaume, Été confirme en effet la piste Tony, Antonio, Antoine... Tony aimait Antonio Vivaldi (si je lis bien. «Lire un texte est toujours un combat avec l'ange» p.127)

Etrangement ou tout à fait logiquement, dès le début d' Été se trouve un passage qui rapproche Tony et W en passant par Antonio et Venise :

Gilbert, Albert et flots convoquent suffisamment Flaubert, lui semble-t-il maintenant, tout comme Orlando, Renaud, Rinaldo, Rinaldi et un envisageable Rivaldi pourraient bien finir par autoriser Vivaldi, qu'appellent avec insistance, d'autre part, et selon d'autres règles et d'autres séries, Venise, le goût qu'a pour lui Tony, le roux illustre de ses cheveux, Orlando Furioso, le théâtre Saint-Ange, son prénom d'Antonio et jusqu'à ses propres techniques de composition, dirait-on: numerosi brani sono trasferiti di peso da un'Opera ad un'altra, spesso spostando le stesso fascicolo senza neanche mutare il nome des personaggio... Et plus particulièrement sur l' Orlando******: Come d'uso, Vivaldi ha ampiamente utilizzato materiale preesistente. MAIS LAPIÈCE QUE LE MORT TIENT ENTRE SES DOIGTS A LA FORME, DEPUIS LONGTEMPS PRÉVISIBLE DANS SON IRONIE MÊME, D'UN W.
Renaud Camus, Été, p.29

Dans Été, il me semble que Tony est bien souvent Antoine, ou sert de prétexte à Antoine. On trouve cependant quelques Walter et même un étonnant "Tony Marcheschi" (p.121)

Je rapproche «Antoine m'a passé une fois de plus de la poudre blanche» p 57 de "simples cures de décuvage de poussière d'ange" (je fais feu de tout bois, comme vous voyez, ou "tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous")

Dans la même page, on trouve plus bas: «[...]UN MINIMUM ONOMASTIQUE SERVANT INDIFFÉREMMENT À UN MAXIMUM DE «PERSONNAGES»

Page 60 je trouve cette indication, qui me paraît un glissement entre le voyage camusien aux Etats-Unis pour suivre ou retrouver W et le docteur qui intervient dans Projet d'une révolution à New York mais aussi dans Travers: «PENDANT CE TEMPS-LÀ, J'ÉTAIS, QUANT À MOI, À MON ENTREVUE, RAISON ESSENTIELLE, APRÈS TOUT, DE MA TRAVERSÉE DE L'ATLANTIQUE, AVEC L'ANALYSTE QUI SUIT ANTOINE DEPUIS L'UNIVERSITÉ.»

Je ne peux m'empêcher de rire à voir Tony Duvert devenir Antoine Duvert p.121, sans compter la remarque assassine: «Antoine Duvert est interviewé à la télévision au sujet de son livre, et n'en finit pas d'expliquer pourquoi il ne peut rien en dire.» Cependant, comme on peut lire p.101 «Denis Duvert est interviewé au sujet de son livre», il subsiste un doute, une méfiance: Antoine Duvert est-il Tony Duvert réellement interviewé, ou n'est-ce qu'un jeu, une invention?[3]

Précision apportée en novembre 2006

Antoine et W(allas) sont également un signe en direction des Gommes. (piste remontée à partir des actes du colloque de Cerisy autour de Robbe-Grillet en 1975. Voir l'intervention de Jean-Pierre Vidal, Le souverain s'avarie.)

Notes

[1] Message de Guillaume déposé le 20/02/2004 : [...] Robbe-Grillet est l'auteur du Voyeur, version tronquée d'un hypothétique (et non écrit) Voyageur. En ce sens, le roman de Tony Duvert intitulé Le Voyageur (Minuit, 1970) est certainement un clin d'oeil appuyé à Robbe-Grillet. Là où tout cela se complique, c'est que Renaud Camus comptait lui-même intituler Voyageur en automne... Le Voyageur, mais qu'il a préféré y renoncer car "ce dément de Tony Duvert" (je cite de mémoire) menaçait la P.O.L. d'un procès.

[2] source précise à retrouver dans Chroniques achriennes.

[3] précision le 07/07/09: à retrouver dans Journal de Travers. Peut-être Mark Cholodenko?