Extrait de la préface d'Orion aveugle de Claude Simon

Si aucune goutte de sang n'est jamais tombée de la déchirure d'une page où est décrit le corps d'un personnage, ni celle où est racontée un incendie n'a jamais brûlé personne, si le mot sang n'est pas du sang, si le mot feu n'est pas le feu, si la description est impuissante à reproduire les choses et dit toujours d'autres objets que les objets que nous percevons autour de nous, les mots possèdent par contre ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars.

Parce que ce qui est souvent sans rapports immédiats dans le temps des horloges ou l'espace mesurable peut se trouver rassemblé et ordonné au sein du langage dans une étroite conguïté. Une épingle, un cortège, une ligne d'autobus, un complot, un clown, un Etat, un chapitre n'ont que (c'est-à-dire ont) ceci de commun: une tête. L'un après l'autre les mots éclatent comme autant de chandelles romaines, déployant leurs gerbes dans toutes les directions. Il sont autant de carrefours où plusieurs routes s'entrecroisent. Et si, plutôt de vouloir contenir, domestiquer chacune de ces explosions, ou traverser rapidement des carrefours en ayant déjà décidé du chemin à suivre, on s'arrête et on examine ce qui apparaît à leur lueur ou dans les perspectives ouvertes, des ensembles insoupçonnés de résonances et d'échos se révèlent.

Chaque mot en suscite (ou en commande) plusieurs autres, non seulement par la force des images qu'il attire à lui comme un aimant, mais parfois aussi par sa seule morphologie, de simples assonances qui, de même que les nécessités formelles de la syntaxe, du rythme et de la composition, se révèlent souvent aussi fécondes que ses multiples significations.

Claude Simon, extrait de la préface manuscrite d'Orion aveugle.
NB: je découvre que le texte d'Orion aveugle est repris dans Les Corps conducteurs.
Le début d'Orion aveugle jusqu'à la page 143 est repris au début des Corps conducteurs jusqu'à la page 86.
Les dernières lignes d'Orion aveugle (p.146) sont reprises à la dernière page des Corps conducteurs (mais n'en sont pas les dernières lignes).

Je suppose que les phrases manquantes de p.143 à 146 d'Orion aveugle doivent être disséminées dans Les Corps conducteurs à partir de la page 86 mais je n'ai pas eu la patience de vérifier cette hypothèse.

Voir ici les photos du livre.

Liste de livres commandés sur Amazon par Renaud Camus

Renaud Camus nous fit part un jour de sa déception concernant Amazon. Il travaillait alors sur L'Amour l'Automne.

Je recopie cette liste (de livres qu'il n'arrivait pas à se procurer et qu'il s'est ou non procurés) riche en indices:

- Jane Austen, Peter Conrad (Introduction) : Pride and Prejudice
- Nelly Sachs, et al Nelly Sachs et Paul Celan : Correspondance
- Jean Echenoz : Ravel
- Karl Kraus, Walter Benjamin : Cette grande époque
- Karl Kraus, Roger Lewinter : Aphorismes
- Nelly Sachs, Mireille Gansel (Traduction) : Partage-toi, nuit, précédé de Toute poussière abolie ; La mort célèbre contre la vie ; Enigmes ardentes

Quelques observations croisées sur le racisme de Renaud Camus

Ceci est une branche de la discussion amorcée plus haut.

Message de RP Objet : (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)

Vous citez :
Immigration:
On éviterait bien des pertes de temps dans la lutte contre les différents racismes si l’on admettait qu’une majorité peut-être des propos racistes sont vrais : oui la criminalité est plus forte parmi les travailleurs immigrés, oui les juifs ont une plus forte tendance à la paranoïa, les homosexuels à l’hystérie, etc. Quand j’enseignais dans un collège du Sud, aux États-Unis, les quelques étudiants noirs qui permettaient de proclamer le collège intégré donnaient toutes les apparences, en tant que groupe, d’une intelligence moindre: leur capacité d’attention, leur pouvoir d’association, leur vocabulaire étaient très inférieurs à ceux des Blancs.%%% (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)
Renaud Camus, Buena Vista Park (1980), "Vérité du racisme"
Pensez-vous que Renaud Camus soutiendrait aujourd'hui que l' "intelligence moindre" des étudiants Noirs est une conséquence du racisme, ce que semble indiquer la parenthèse, ou bien ne pensez-vous pas que les prises de position actuelles de RC tendent à privilégier une explication "culturaliste" de l'échec de certaines minorités (et des nocences qu'elles génèrent) ?

Il me semble que Du sens traitait de ce sujet, en évoquant les succès des Juifs et des Protestants... Sur les échecs d'autres groupes culturels, il faut se contenter des prises de position du Parti qui comprennent de nombreux "implicites" que j'essaie de décrypter.

Comme vous me reprochez souvent de ne pas donner mon opinion, je me permets de préciser que je suis prêt à suivre des analyses "culturalistes" inspirées de Levi-Strauss, mais pas la bouillie raciste des "théoriciens" de la nouvelle droite, toujours à la recherche des "indo-européens" afin de justifier leur xénophobie autant que leur anti-sémitisme.

Et j'espérais de Renaud Camus qu'il prolonge Du sens (que je trouve éclatant d'intelligence), tandis que le Parti et la Dictature de la petite-bourgeoisie me semblent céder à la polémique, avec des thèses très approximatives et superficielles.

Message de VS - Objet : Réponse par les textes

Pensez-vous que Renaud Camus soutiendrait aujourd'hui que l' "intelligence moindre" des étudiants Noirs est une conséquence du racisme, ce que semble indiquer la parenthèse, ou bien ne pensez-vous pas que les prises de position actuelles de RC tendent à privilégier une explication "culturaliste" de l'échec de certaines minorités (et des nocences qu'elles génèrent) ?

J’aime beaucoup le balancement « pensez-vous »/« ne pensez-vous pas ».

Je fais peu d’hypothèses sur ce que « pense » Renaud Camus. Je me contente de le lire.
Il me semble que le dernier texte qu’il ait consacré à ce sujet est l'éditorial du 13 janvier 2004.

J’extrais ce qui me paraît le mieux répondre à votre question.

J'appelle racisme l'assimilation d'un être à son groupe ethnique, la réduction de sa personnalité à sa seule origine, l'explication globale de ce qu'il est, ou de ses actions, ou de ses opinions, ou de son œuvre, par le seul facteur de son appartenance héréditaire. Je n'appelle pas racisme la prise en considération mesurée de l'appartenance d'un être à son groupe ethnique, lorsque cette appartenance joue un rôle effectif dans la personnalité de cet être et peut éventuellement servir à expliquer en partie son caractère, ses actes, ses attitudes, ses opinions ou ses travaux (étant bien entendu que cette explication peut bien sûr être contestée, et finalement écartée pour défaut de pertinence).

J'appelle racisme la conviction qu'au sein de certains peuples, de certaines civilisations, de certains groupes ethniques il ne saurait y avoir d'hommes et de femmes d'une qualité humaine, intellectuelle, artistique ou morale exceptionnelle ; je n'appelle pas racisme la conviction que certains peuples ont jusqu'à présent plus apporté que d'autres au patrimoine commun de l'humanité, que certaines civilisations se sont montrées plus brillantes ou plus admirables que certaines autres (ou qu'elles-mêmes à d'autres moments de leur histoire), que certains groupes ethniques ont joué en de certaines périodes un rôle plus important que d'autres, ou plus digne d'émulation.
Message de RP - Objet : Bien balancé

Le texte que vous citez, que je connais bien et que j'approuve totalement, devrait vous conduire à reconnaître que la phrase: (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)» est en fait une concession à la "doxa" des années 70. Ce qui vous conduirait aussi à reconnaître une évolution dans les convictions affichées par RC. Est-ce bien balancé ?

Message de VS - Objet : Au-delà de toute controverse (soyons sérieux un instant)

Le texte que vous citez, que je connais bien et que j'approuve totalement, devrait vous conduire à reconnaître que la phrase: (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.) est en fait une concession à la "doxa" des années 70. Au-delà de tout jeu entre vous et moi, je ne pense absolument pas que ce soit une "concession".
Je vois dans ce texte une expérience du terrain, peut-être une prise de conscience. C'est une chose de voir la situation des Noirs américains en général à travers les journaux ou les études de chercheurs, ou à travers un voyage touristique à New york, c'est autre chose de se prendre la réalité en pleine face, surtout quand on est un jeune Français d'un milieu cultivé directement confronté à la situation des Noirs dans le Sud des Etats-Unis.
Je crois qu'aucun Français n'est préparé à cela. Je me souviens de ma propre stupeur (et de mon indignation ravalée par politesse) lorsqu'en 1984, exprimant mon goût pour l'andouillette (chesterling) dans une famille de Virginie (le plus au nord des Etats sudistes, comme il se nomme lui-même), mes hôtes s'exclamèrent avec dégoût: "Mais c'est une nourriture de Noirs!"
Française, rien ne m'avait préparée à un mépris aussi viscéral.

Les phrases de BVP sont issues d'une expérience vécue dans une université méthodiste de l'Arkansas en 1970. Je vous invite à méditer le témoignage d'un professeur français au Mississipi aujourd'hui. (Si le texte est trop petit, utilisez "Affichage" dans la barre de menu, puis "taille du texte")

Je crois qu'ici, la "doxa" s'efface devant la réalité.

Message de RP - Objet : Andouillette

Ah vous être très forte !

Vous pensez réellement que c'est le racisme de l'Université qui a choqué RC et qui l'a conduit à écrire la parenthèse très doxique après ses propos très wasp ?...

Je m'attendais plutôt à ce que vous rapprochiez la réflexion sur l'andouillette des propos sur le caractère attardé des "noirs en tant que groupe", préjugé contre préjugé en somme, alors que vous vous servez de l'histoire de l'andouillette pour justifier la concession à la Doxa, qui est pourtant placée là, d'évidence, afin de rendre tolérable l'énoncé d'un constat sociologique qui, sans cette précaution, n'aurait pas été admissible, en France, à l'époque, dans le mileu des Lettres.

Pour filer la métaphore, avec vous, dans RC, c'est comme dans le cochon, tout est bon.
Alors qu'en fait, votre auteur fétiche, c'est un monstre !
J'vous aurai prévenue.

Message de VS - Objet : Impressions d'Amérique

«Vous pensez réellement que c'est le racisme de l'Université qui a choqué RC et qui l'a conduit à écrire la parenthèse très doxique après ses propos très wasp ?...
Je m'attendais plutôt à ce que vous rapprochiez la réflexion sur l'andouillette des propos sur le caractère attardé des "noirs en tant que groupe",»


D’où sortez-vous ce caractère attardé des "noirs en tant que groupe" ? Est-ce votre reformulation de «Il ne me viendrait pas une seconde à l'idée de soutenir que l'apport centrafricain à la civilisation mondiale est égal à l'apport italien.», qui, si je comprends bien, serait une citation de La Guerre de Transylvanie? (je n’ai pas ce livre, je ne peux vérifier).

Donc nous avons d’un côté une phrase de BVP, publié en 1980, concernant des étudiants noirs américains. Il s’agit d’un témoignage: «Quand j’enseignais dans un collège du Sud...» (ie en 1970). Je rapproche de cela une anecdote personnelle, anecdote anecdotique bien entendu, mais qui m’a frappée par sa violence totalement spontanée, absolument non dissimulée. Je ne sais si ces personnes méprisant «la nourriture de noirs» se seraient considérées racistes, en tout cas, elles ne songeaient pas une seconde à s’en cacher. Cette anecdote se déroule en Virginie durant l’été 1984.

Il me paraît tout de même plus naturel de la rapprocher de BVP (même lieu, même décade, même population concernée, même caractère de témoignage) que de la phrase de La Guerre de Transylvanie (livre publié en 1996 (journal 1991), phrase générale concernant l’Afrique).

Que vous puissiez écrire «Je m'attendais plutôt à ce que vous rapprochiez la réflexion sur l'andouillette des propos sur le caractère attardé des "noirs en tant que groupe",» me laisse penser que vous négligez trop la chronologie des faits, l’importance de l’expérience vécue et la géographie.
(Seriez-vous en train de dire que mon goût pour l'andouillette est attardé?)

Mais pour répondre à «Vous pensez réellement que c'est le racisme de l'Université qui a choqué RC,» etc, la réponse est oui. Elle a toujours été oui, dès ma première lecture de BVP, durant l’été 2002. C’était pour moi l’explication naturelle, celle qui correspondait à mon expérience.
Tout cela est très ténu, je reconnais que cette interprétation est entièrement liée à ma propre expérience. Mais comme votre interprétation mélange allègrement les lieux et les dates sans respecter la chronologie des événements, je préfère la mienne.

PS : Alors qu'en fait, votre auteur fétiche, c'est un monstre ! J'vous aurai prévenue.: Bah, Renaud Camus, "c'est rien qu'un homme", comme dirait une de mes BD préférées. Celui qui a mis RC sur un piédestal pour ensuite piquer sa crise quand celui-ci n'agissait pas comme il l'aurait souhaité, c'est pas moi.

Message de Rémi Pellet - Objet : ça va sans dire

Le bout de phrase (frauduleusement) placé entre guillemets (sur le "caractère attardé des noirs considérés en tant que groupe") résumait celle-ci : «les quelques étudiants noirs qui permettaient de proclamer le collège intégré donnaient toutes les apparences, en tant que groupe, d’une intelligence moindre: leur capacité d’attention, leur pouvoir d’association, leur vocabulaire étaient très inférieurs à ceux des Blancs».
Mais bon, puisqu'il faut le préciser, l'outrance du propos me paraissait indiquer clairement la fine plaisanterie (même si je persiste à penser que la phrase sur «le racisme qui essaie toujours. etc.» ne serait pas aujourd'hui placée là où elle le fut dans BVP: depuis La Campagne de France au moins RC ne s'abaisse plus à ce genre de concession à la Doxa (ce qui va de soi n'a pas à être répété. C'est une impression, mais dès que j'aurai un instant je tenterai, sérieusement cette fois, d'en apporter la preuve (ça me rappelle la réponse de RC au journaliste de Têtu qui lui demandait en 2002 s'il voterait pour Le Pen. Réponse de l'intéressé : "non pas, à cause de ses pochettes". Doustaly, je crois que c'est son nom, avait indiqué que la réponse lui paraissait trop courte et qu'il fallait la préciser sans quoi il ne publierait pas l'interview. RC lui répondit de faire comme il l'entendait, et bien sûr il n'y eut pas d'article)).
(ça me rappelle aussi la polémique à la même époque avec votre serviteur sur "ce qui va de soi", concernant les droits des étrangers : là il y avait bien dès le début une ambiguïté sur ce qui était l'implicite doxique. je reconnais que l'allusion est peu claire, mais j'y reviens dans l'étude que je vous enverrai tantôt)

Message de VS - Objet : pochettes, cravates et accessoires

Mais ce que vous citez est aussi issu de Buena Vista Park (toujours 1980):
Hypocrisie
Imaginez le contexte et les explications nécessaires pour rendre tolérable, si c’est possible, l’affirmation suivante : qu’Untel a des cravates trop monstrueuses pour gouverner la France.
Pour moi, cette réponse à Têtu est une blague formidable (dans l'ancienne et nouvelle acception), un hasard incroyable: le contexte s'est présenté de lui-même vingt ans plus tard!

J'y vois l'incapacité de résister au plaisir de faire un bon mot, même si ce mot doit conserver son statut de private joke puisque personne ne le reconnaîtra; j'y vois aussi la tentation de faire une expérience, de ne pas laisser passer l'occasion de faire un test en grandeur réelle: de la théorie à la pratique, voyons donc ce qui va se passer.

L'épreuve des faits aura donc démontrer qu'il n'y a pas "d'explications" susceptibles de rendre la phrase "tolérable", au moins pour le grand public. La phrase ne peut faire rire que ceux qui sont dans la confidence.
(C'est pour cela que je ne suis absolument pas pressée de voir paraître 325 g. J'imagine le scandale, et cela me fatigue d'avance. Une édition privée à vendre sous le manteau?)

Célébrité

Found that my bunch of essays The untamed
Seahorse was 'universally acclamed'.
(It sold three hundred copies in one year.)

Vladimir Nabokov, Pale Fire v.671-673

Références à Michel Butor

Remarque de Guillaume Cingal

Message Objet : Boomerang

Le système de notation me rappelle, une fois encore, l'une de ces évidences que je n'ai jamais mises à l'épreuve de l'analyse : le rapprochement que l'on peut faire entre les Eglogues ou les hyperlivres de RC, d'une part, et la série des Génie du lieu de Butor d'autre part.

J'allais écrire que je ne pensais pas avoir lu de référence à Butor sous la plume de RC, mais, comme Madame de Véhesse va me ressortir dix citations de derrière les fagots dans la demi-heure qui suit, je frissonne !

Ma réponse

Une citation, une citation de citation et un titre.

(J'aurais choisi Transit plutôt que Boomerang, car Tristan et un mot opératoire dans Été)

1 - incipit de Passage de Milan :

Depuis des années que l'abbé l'observait au moment des pages brunissantes, renonçant lentement à fermer ses volets, avant de s'installer près de sa lampe à contempler le passage des vitres de la transparence à la réflection, il ne se passait pas de jour qu'un de ces résidus d'objet n'eût été déplacé, n'eût disparu, ou qu'un nouveau n'eût apparu, ou un ancien réapparu, après une absence d'une semaine, d'un mois parfois; comment savoir ou distinguer?

Variations, notamment dans Passage. Première apparition page 11 : «C'est l'heure où les carreaux passe de la transparence au reflet.»

2 -

«IL N'Y A PAS D'ŒUVRE INDIVIDUELLE, ÉCRIT MICHEL BUTOR DANS L'ARC, N°39. L'ŒUVRE D'UN INDIVIDU EST UNE SORTE DE NŒUD, QUI SE PRODUIT À L'INTÉRIEUR D'UN TISSU CULTUREL AU SEIN DUQUEL L'INDIVIDU SE TROUVE NON PAS PLONGÉ, MAIS APPARU. L'INDIVIDU EST, DÈS L'ORIGINE, UN MOMENT DE CE TISSU. [...] AUSSI BIEN UNE ŒUVRE EST-ELLE TOUJOURS COLLECTIVE. C'EST D'AILLEURS POUR CELA QUE JE M'INTÉRESSE AU PROBLÈME DE LA CITATION.»
Renaud Camus, Été p.177

Particularité: les guillemets font partie de la citation, ce qui est exceptionnel.
Vous reconnaissez ici une origine/un écho de «il n'y a pas de goût, il n'y a que des états culturels.»
Pensée pour Sumac Apparu [1].

3 - Intervalles est nommé plusieurs fois dans Été. Je suppose donc que j'y trouverai des citations.

4 - Il y a évidemment ce fabuleux titre de Butor Fenêtres sur le passage intérieur, mais il ne paraît qu'en 1982, trop tard donc pour avoir été opératoire. (A moins que l'influence n'ait joué dans l'autre sens, de Camus vers Butor? Indécidable.)

Notes

[1] L'un des pseudonymes de Renaud Camus

Les dix premières années, ou la tentation du journal

PA peut-il, ou non, être classé parmi les Journaux ?
Par ailleurs, comment parler des Chroniques ?

Tout est journal, je crois. Ou : ce qui n'est pas journal est journal dissimulé (à peine), ce qui est journal surprend l'idée qu'on se fait d'un journal (voir ces exemples et l'échange qui a suivi, dont la quatrième de couverture d' ''Aguets'').

Ou encore: qu'est-ce qu'un journal? Un journal se caractérise très simplement par une forme: une date en tête de l'entrée du jour. Dans ce cas Travers est le journal tenu une semaine de mars 1976. Mais que faire alors d'un journal comme celui de Gombrowicz, sans date, si je me souviens bien de ce que m'a dit Philippe[s]? Et si le journal de Gombrowicz est malgré tout un journal, alors Travers II en est un, puisque les sept chapitres ont les noms des jours de la semaine.

Ou alors: un journal se caractérise par son contenu, il raconte des détails de la vie de l'auteur, ou la vie vue par l'auteur ("ma vie"/"la vie", jeu du journal). Mais dans ce cas, une autobiographie devrait être un journal. Si elle n'en est pas un, c'est qu'elle ne se présente pas "par tranches". Le journal est avant tout, malgré tout, la vie au jour le jour, même quand il (ou elle) est recomposé comme dans le cas de Claude Mauriac.


Ma thèse : Tous les livres publiés avant Journal romain sont des fragments de journaux plus ou moins dissimulés, plus ou moins avoués, ils peuvent être également une autobiographie, dans le sens où ils racontent des événements de l'enfance, de la jeunesse ou de l'histoire familiale.

Comment expliquer cette tentation à laquelle RC ne veut pas céder franchement, avec laquelle il joue constamment? La peur du lyrisme, du sentimentalisme et de la sincérité expliquent sans doute cela. (voir la fin de ce message, cf cette citation et « quand j'entends un critique parler de la sincérité d'un auteur, je sais que soit le critique, soit l'auteur, est un imbécile.» (Nabokov, ''Feu Pâle'', commentaire du v.172)

Renaud Camus mettra dix ans à s'autoriser à écrire un journal. Il trouvera une astuce: il fera une promesse à un jury. Il peut enfin écrire son journal à visage découvert, puisqu'il l'a promis.
On trouve dans Travers p.76 : «DÈS LORS LE BUT DE TOUT CECI N’EST-IL PAS DE SE DONNER LE DROIT D’ÉCRIRE UN «JOURNAL»?
«Néanmoins, comme je crains d'avoir oublié, plus tard, lorsque ma chronique les aura rattrapés, les événements que je suis en train de vivre, je les note également, entre parenthèses, puis entre crochets s'il en survient de nouveaux durant la narration des précédents, ou doubles crochets, ou triples, etc.» Été, p.261

Remarquons que c'est exactement le procédé utilisé dans la seconde version de Tricks, p.213 par exemple. Journal d'un voyage en France utilise un procédé quasi identique mais légèrement différent, qui ajoute des notes lors de la relecture du texte quelques mois plus tard.

Ce procédé permet(trait) le journal total: imaginons que soient entrés dans le journal les événements du jour, les réflexions et autres sur les dits-événements, mais aussi le travail du jour, ce qui donnerait par exemple pour 2001, incorporés au fur à mesure de leur écriture ou de leur copie, des morceaux de Du sens et des phrases de Est-ce que tu me souviens?
(Ce journal total n'est concevable que parce que l'auteur est écrivain: s'il était menuisier, il ne pourrait intéger dans le fil des jours le bois de la table qu'il travaille, ni les états successifs de la table. De même s’il était peintre : la toile finie a aboli tous les états précédents de la toile, la trace ne serait possible que par la photographie. Tandis qu'un écrivain peut intégrer les états successifs d’un texte dans un texte récapitulatif: ce qu'il écrit constitue véritablement sa vie, les heures de sa vie.)
Il y aurait la matière "brute" de Du sens au début de l’écriture du texte, puis quelques semaines plus tard les passages retravaillés. Du sens ne serait jamais publié isolément, sous un titre, il serait à recomposer à partir du journal couvrant la période de son écriture. Travail byzantin. Les Journaux seraient énormes, gros de tous les autres livres, il faudrait en prévoir plusieurs par an.

Matière brute, champs de ruine. Il y a dans tout cela un rapport entre la surface, d’un terrain ou des pages, couverte, et le temps, les signes laissés à travers le temps et à recomposer pour donner sens. Spatialité et temporalité.

Une datation antérieure, toutefois, a également été proposée, avec des arguments presque aussi convaincants. Quoi qu’il en soit, puisse du moins ce genre de problème donner au lecteur, s’il en reste, une idée des efforts nécessaires pour lui présenter, au nom de la Science, de la Culture, de l’Histoire et de la Vérité, des extraits rationnellement ordonnés de ce corpus en ruines, et lui faire comprendre que les étrangetés de certains passages ne trouvent leur éventuelle résolution que cent ou trois cents pages plus loin. A l’évidence le commencement, ici, dépend de la fin tout autant que l’inverse.
Renaud Camus, Été p.141


Edit le 6 avril 2008 : identification de source et remarques

DÈS LORS LE BUT DE TOUT CECI N’EST-IL PAS DE SE DONNER LE DROIT D’ÉCRIRE UN «JOURNAL»? (Travers p.76)

Du fragment au journal
Sous l'alibi de la dissertation détruite, on en vient à la pratique régulière du fragment; puis du fragment, on glisse au «journal». Dès lors le but de tout ceci n'est-il pas de se donner le droit d'écrire un «journal»? Ne suis je pas fondé à considérer tout ce que j'ai écrit comme un effort clandestin et opiniätre pour faire réapparaître un jour, librement, le thème du «journal» gidien? A l'horizon terminal, peut-être tout simplement le texte initial (son tout premier texte a eu pour objet le Journal de Gide).
Le «journal» (autobiographique) est cependant, aujourd'hui, discrédité. Chassé-croisé: au XVIe siècle, où l'on commençait à en écrire, sans répugnance, on appelait ça un diaire: diarrhée et glaire.
Roland Barthes par Roland Barthes, p.90




Néanmoins, comme je crains d'avoir oublié, plus tard, lorsque ma chronique les aura rattrapés, les événements que je suis en train de vivre, je les note également, entre parenthèses, puis entre crochets s'il en survient de nouveaux durant la narration des précédents, ou doubles crochets, ou triples, etc.
Été, p.261

C'est la description de Journal de Travers.

Le journal

Ceci est une enquête sur la vie, ne l'oublions pas.

Renaud Camus, Retour à Canossa, p 277

Faut-il, peut-on, séparer l'œuvre politique de l'œuvre littéraire ?

Je reprends ici une longue discussion née d'une polémique, certains refusant de voir des réflexions politiques intervenir sur le site des lecteurs de Renaud Camus (SLRC). J'élague et ne reprends que ma discussion avec Rémi Pellet.

Message de VS - Objet : Distinction (remords après réflexion)

Il y a une différence due à l'objet des sites: l'un est le site d'un parti, l'autre un site de lecteurs.

A priori, le premier doit accueillir des personnes d'accord avec les grandes lignes du programmes qui viennent là pour les discuter, les affiner, et surtout les décliner (comme on dit en entreprise, je ne sais si c'est un usage reconnu) en actions à mettre en œuvre, en propositions concrètes.

Le second, celui où j'écris ces lignes donc, devrait si et quand il s'intéresse au parti, réfléchir à l'articulation du projet avec le reste de l'œuvre: le parti est-il une anomalie ou s'articule-t-il (plus ou moins) parfaitement avec le reste de l'œuvre, l'ambition politique est-elle compatible avec l'ambition littéraire ou la dévoie-t-elle?

Pour ma part, je pense l'avoir déjà dit (j'arrive à un point où il me semble devoir m'excuser de me répéter, et ce devoir lui-même me gêne par son aspect de pause et de coquetterie), je ne comprenais pas d'où surgissait ce parti, alors que toutes les actions camusiennes sont annoncées dès les premières œuvres (et cette façon de faire advenir les projets et les rêves m'enchantent et me fascinent). Outrepas a répondu a cette question, le parti naît du succès de Le Pen au premier tour des élections présidentielles de 2002.
Je dois avouer que si ce parti me paraît fou —par toutes les difficultés pratiques à vaincre, notamment médiatiques, qu'il comporte—, je le trouve admirable dans sa dimension "passage à l'acte": nous ne resterons pas sur le côté à nous morfondre et nous ronger les poings en répétant "Que faire?" Et cela, toujours, emportera mon adhésion.

Le site du parti permet de s'apercevoir que les idées r-camusiennes sont bien plus répandues et partagées qu'il ne le semblait au premier abord. C'est très réconfortant pour tout ce qui concerne la sauvegarde des valeurs françaises ou plus généralement occidentales.

Message de RP - Objet : Donc nous sommes d'accord (enfin presque)...

...Il ne faut pas distinguer et je l'ai compris trop tard : le Parti s'inscrit dans l'oeuvre, et pour cela, doit être considéré avec le plus grand sérieux... même si, de mon point de vue, l'entreprise, (courageuse), demeure en-deçà de l'ensemble de l'oeuvre (l'auteur n'est pas sur son terrain, ça se sent, en règle générale, mais lorsqu'il y revient dans certains éditoriaux, là il est parfois brillantissime).
Cette articulation de l'oeuvre au Parti devrait pouvoir être étudiée sur le site des Lecteurs, surtout depuis la parution de la Dictature de la petite-bourgeoisie.

Je diverge cependant sur trois points :
-sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient ? Le Figaro n'a pas cessé d'être édité et lu par d'autres (et même par des proches : c'est le quotidien (et même sa principale référence culturelle, semble-t-il) de sa mère (retour aux sources donc, mais chut, je n'ai rien dit :)))
- le "passage à l'acte" ne me paraît pas louable pour lui-même : parfois, il vaut mieux s'abstenir (suspendre son jugement, ses préjugés, le temps nécessaire à l'étude, surtout s'il s'agit de faire la leçon)
- la création du Parti ne me semble absolument pas liée au passage de Le Pen au second tour, mais à "l'Affaire" et au rôle qu'y à joué la presse et le Monde en particulier : il y a un ton "revanchard" donneur de leçon et même sardonique dans le Parti que je trouve très proche de l'attitude de feu Plénel et consorts : le règlement de compte, c'est la pente de l'entreprise depuis le départ.
De mon pont de vue, le Parti, c'est la réaction d'une personne blessée (et pour ne pas l'avoir compris suffisamment tôt, j'ai contribué à aggraver la situation (j'espère que ce message fait exception)).
(en revanche, il y a une forme d'humour très "gidienne", trouve-je, qui court dans toute l'oeuvre, mais, bon je dis ça comme ça, trop légèrement sans doute parce que c'est vrai que moi la littérature, je connais pas vraiment, alors faudra pas me tomber dessus si j'ai dit une connerie, là, présentement. Vaut mieux que je retourne au Droit, jsuis d'accord).

Ma réponse -

-sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient ? Comme le verbe précédent est "je diverge", je suppose que vous pensez que RC rejoint ce qui préexiste. Voici quelques citations datées sur des sujets divers (vous remarquerez qu'il s'agit toujours de passages en capitales):

- Presse incapable d'écrire correctement, de décrire le monde et d'en proposer une interprétation pertinente :

ON VOIT DIRIGER DES MAGAZINES, OU LES PAGES LITTÉRAIRES DES GRANDS QUOTIDIENS, DES GENS QUI DE TOUTE ÉVIDENCE, IL SUFFIT DE LIRE TROIS PHRASES DE LEUR MAIN POUR S'EN RENDRE COMPTE, SONT DES ESPRITS DE TROISIÈME ORDRE, À PEINE CULTIVÉS, ARRIVÉS LÀ DIEU SAIT COMME, QUI NE COMPRENNENT RIEN À RIEN NI AU MONDE ET S'ACHARNENT À LE RENDRE CHAQUE JOUR UN PEU PLUS OPAQUE, UN PEU PLUS OBSCUR À LEURS LECTEURS.
Jean-Renaud Camus, Denis Duvert, Été (1982) p.86

- Immigration:

On éviterait bien des pertes de temps dans la lutte contre les différents racismes si l’on admettait qu’une majorité peut-être des propos racistes sont vrais : oui la criminalité est plus forte parmi les travailleurs immigrés, oui les juifs ont une plus forte tendance à la paranoïa, les homosexuels à l’hystérie, etc. Quand j’enseignais dans un collège du Sud, aux États-Unis, les quelques étudiants noirs qui permettaient de proclamer le collège intégré donnaient toutes les apparences, en tant que groupe, d’une intelligence moindre: leur capacité d’attention, leur pouvoir d’association, leur vocabulaire étaient très inférieurs à ceux des Blancs.
(Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)
Renaud Camus, Buena Vista Park (1980), "Vérité du racisme":

et

ON NE FERA AUCUN PROGRÈS DANS LA LUTTE CONTRE LE RACISME SI ON NE COMMENCE PAS PAR RECONNAÎTRE QUE NOMBRE DES AFFIRMATIONS DES RACISTES SONT EXACTES: OUI LA CRIMINALITÉ EST PLUS FORTE PARMI CERTAINES COUCHES DE TRAVAILLEURS IMMIGRÉS, OUI LES MAISONS ET LES QUARTIERS OÙ S'INSTALLENT LES NOIRS ONT TENDANCE À SE DÉGRADER PLUS VITE, OUI CERTAINS CHEFS D'ÉTAT DU TIERS-MONDE SONT TOTALEMENT INCOMPÉTENTS.[...] QUAND J'ENSEIGNAIS AUX ETATS-UNIS DANS LE SUD, DANS UNE UNIVERSITÉ PRÉTENDÛMENT «INTÉGRÉE», LES ÉTUDIANTS NOIRS, DANS LEUR ENSEMBLE, ÉTAIENT INDUBITABLEMENT EN RETARD SUR LES BLANCS, ET JE DIRAIS MÊME MOINS «INTELLIGENTS»: LEUR CAPACITÉ D'ASSOCIATION ÉTAIT INFINIMENT MOINDRE, LEUR MÉMOIRE, LEUR APPLICATION. IL NE SERVIRAIT À RIEN DE LE NIER: MIEUX VAUT S'INTERROGER SUR LES RAISONS.
Jean-Renaud Camus, Denis Duvert, Été (1982) p.213

- l'emprise de la petite-bourgeoisie sur la culture :

AUX GRANDS INTÉRÊTS FINANCIERS, TELLEMENT CONCENTRÉS QU'ILS NE CORRESPONDENT MÊME PLUS À UNE CLASSE SOCIALE DÉTERMINÉE, LA CONDUITE DES GRANDES AFFAIRES, ÉCONOMIQUES ET POLITIQUES; À LA PETITE BOURGEOISIE, COMME LOT DE CONSOLATION, LA MAIN-MISE ABSOLUE SUR LA CULTURE, C'EST-À-DIRE LA MAÎTRISE, OU PLUTÔT LA DISPOSITION, DES MÉDIAS.
Ibid, p.230

- le dépérissement de la langue :

[...] MAIS C'EST PRÉCISÉMENT CELA QUI EST INACCEPTABLE AUX YEUX DU DISCOURS DOMINANT, AJOUTA-T-IL EN S'ÉCHAUFFANT VISIBLEMENT: LA DIFFÉRENCE. DÉJÀ ONT ÉTÉ RÉDUITES À NÉANT TOUTES LES SUPERBES LANGUES PROPRES AUX DIFFÉRENTS CORPS DE MÉTIER, QUE LA MÉCANISATION, LA BIEN NOMMÉE, A TUÉES. IL FAUT ABSOLUMENT QUE TOUT LE MONDE PARLE DE LA MÊME FAÇON, C'EST-À-DIRE COMME LA PETITE BOURGEOISIE: LE MOINS DE MOTS POSSIBLE, ET MÊME LE MOINS DE FORMES SYNTAXIQUES. ILS SONT DÉJÀ VENUS À PEU PRÈS À BOUT DU SUBJONCTIF, C'EST L'IMPÉRATIF MAINTENANT QUI EST MENACÉ: —CORALIE TU SORS DE L'EAU, DISENT LES PARENTS SUR LES PLAGES, ET VOUS M'EN METTEZ TROIS BIEN TENDRES , DIT LA DAME À SON BOUCHER. QUE L'ON NE VIENNE PAS NOUS DIRE QUE C'EST PAR DOUCEUR, POUR ÉVITER TROP D'AUTORITARISME: UN ORDRE DONNÉ À L'INDICATIF EST BIEN PLUS AUTORITAIRE QU'À L'IMPÉRATIF, PUISQU'IL SUPPOSE LA VOLONTÉ DE CELUI QUI PARLE AU MOMENT MÊME OÙ ELLE EST PROFÉRÉE. ET AU FUTUR LUI-MÊME ON EST EN TRAIN DE FAIRE UN SORT: JE VOUS SOUHAITE UNE BONNE NUIT ET VOUS RETROUVE DEMAIN, SUR LA MÊME CHAÎNE, À DOUZE HEURES TRENTE. AUSSI N'AURONS-NOUS PLUS BIENTÔT QU'UN OU DEUX MODES ET DEUX OU TROIS TEMPS. L'ENLAIDISSEMENT DE LA LANGUE, SA BANALISATION, SA SIMPLIFICATION RÉDUCTRICE ÉTAIENT JADIS PERCEPTIBLES DE DÉCENNIE EN DÉCENNIE. MAINTENANT, C'EST D'ANNÉE EN ANNÉE, DE MOIS EN MOIS.
Ibid, p.256

Donc si vous voulez prouver que Renaud Camus ne fait que rejoindre l'air du temps (tandis que je soutiens que son analyse est précurseur), il vous faudra choisir un corpus de journaux et de revues (Le Monde, Le Figaro, trois hebdomadaires? ou le Figaro seul?) parus entre 1975 et 1980 (mettons) et établir des statistiques selon une méthode à définir (ne retenir que les Unes, tous les titres des sommaires, seulement les pages "société"?) sur les idées développées et l'air du temps: sur les différents thèmes que j'ai illustrés de citations datées, Renaud Camus ne fait-il que rejoindre des idées présentes ailleurs? (Je vous rappelle tout de même qu'en 1981, Mitterrand est élu. Les idées camusiennes de l'époque vous paraissent-elles représentatives de ce que peut signifier (de ce qu'a signifié) une telle élection?)


Concernant le "passage à l'acte", il n'y a rien à débattre: question de réactions personnelles. Pour ce qui est de RC, vingt ans de réflexions (1982-2002) me paraît un délai raisonnable, surtout quand on considère que l'évolution du monde dans l'intervalle n'a pu que le conforter dans ses premières observations.


La création du Parti ne me semble absolument pas liée au passage de Le Pen au second tour, mais à "l'Affaire" et au rôle qu'y à joué la presse et "le Monde" en particulier
Pourquoi pas, mais je ne vois rien dans les journaux 2000 et 2001 pour étayer votre croyance tandis que nous disposons de pages précises dans Outrepas pour dater l'idée du parti. Evidemment, le journal ne dit pas tout, comme tout texte littéraire, il est mise en scène, mais une mise en scène des détails (que choisit-on de raconter, et comment). Je ne vois pas pourquoi RC aurait dissimulé deux ans cette idée de parti si elle avait germé plus tôt.
S'il fallait dater le ressentiment à l'égard du Monde, je le ferais remonter aux Eglogues (plus le temps de le prouver par le texte. Dans cette enquête, Poirot-Delpech est le méchant, selon moi (je le pense, en plus)).

En soi, ça n'a pas grande importance, que l'idée du parti date de l'Affaire ou du premier tour de l'élection présidentielle de 2002. Ce qui me turlupine, c'est —pardonnez-moi— votre manque de rigueur: vous ne vous appuyez pas ou plus sur les textes, vous êtes entièrement dans l'intuition. Pourquoi vous permettez-vous à ce moment-là, sur ce sujet-là, une extrapolation que jamais vous ne vous permettriez ailleurs?

Enfin bon. Vous devez bien vous doutez que ce qui m'intéresse le plus, c'est votre allusion à l'humour gidien. (Comme si j'étais jamais tombée sur qui que ce soit dès que ce genre de pistes était évoquée!) C'est justement là que les choses deviennent intéressantes pour un lecteur: où peut-il trouver dans le texte ce qui fait naître un sentiment, une sensation? Qu'est-ce qui lui permet de remonter à l'origine (nous y voilà) d'un ressenti diffus? Lent travail de lecture et d'observation de soi-même.
Mais bon. Vous allez me répondre que vous n'avez pas le temps...

Réponse de RP - Objet : Mythologies

1° je vais vous décevoir parce que je ne vais pas prendre le temps d'aller rechercher dans les bibliothèques les preuves de ce que j'avance, mais je vous assure que dans les années soixante-dix tous les partis de gauche passaient leur temps à dénoncer les puissances de l'argent qui contrôlaient les médias, presse, maisons d'édition et télé... publique.
2° Je suis d'accord avec vous sur le fait que Renaud Camus est un des rares, apparemment, à avoir déploré la "déréliction" de la langue parlée (si j'ose dire), l'abandon des formes au profit de l'expression spontanée "naturelle". Mais, la dénonciation des mythes petits-bourgeois était déjà entreprise par Barthes, sous forme plaisante, dans Mythologies, par exemple. Quant à la dénonciation des dérives de l'Ecole, A. Finkielkrault l'avait fait au milieu des années 80 avec "La défaite de la Pensée". Au demeurant, si ce livre a marqué, c'est qu'il venait de la gauche, parce que sinon la droite, le Figaro pour faire court, ne se privait pas de dénoncer la faillite de l'école publique (qu'elle prenait garde d'éviter à sa progéniture).
Le Journal nous apprend qu'à cette époque Renaud Camus votait pour Mitterrand, avant de se rallier à Chevènement... et aujourd'hui à Villiers. Pour moi, cette évolution n'a rien de condamnable (la mienne est "pire", je pense), mais il serait bon d'expliquer les raisons du caractère tardif et brutal du changement d'engagement politique de RC, plutôt que de relever la seule continuité apparente de ses réflexions.

Message de Jean-Marc Bonnet en réponse à RP

Bien cher ami,
Vous évoquez un "changement brutal "de la part de Renaud Camus.
Mais ce changement n'est-il pas celui de beaucoup ? vous nous citez Chevènement. Il y a loin du CERES à ses positions actuelles...
En fait, n'y a-t-il pas un glissement fort vers une quête de l'identité ? (je vous rappelle la mitterrandienne affiche sur fond de clocher).

Réponse de RP - Objet : D'accord

je partage votre impression, que j'essaie bien maladroitement d'exprimer à Valérie (je n'ai pas hélas votre amabilité naturelle)

Message de VS - Objet : brutal

N'essayez ni d'être adroit, ni d'être gentil (quoiqu'un jour, pour voir...), essayez d'être précis : de quand datez-vous votre "changement brutal"?

Je vois pour ma part un lent ajustement entre les idées et les actes. Les idées ont toujours été de ou à droite, ce n'est que récemment (2000 et l'Affaire? ou 1994 et l'écriture de La Campagne de France? ou 2002 et le vote Chevènement? comme vous voudrez) que les prises de position politiques se sont finalement alignées sur les idées. En d'autre terme, le pragmatisme a été victorieux de l'idéalisme. Le parti ne serait que le dernier avatar de cet aligement des actes sur les idées.

En d'autres termes, le plus étrange était finalement le vote de gauche, anomalie reconnue par Renaud Camus lui-même: «Je suis bien obligé de «voter à gauche», car si j'étais un «homme de droite», mes opinions sont tellement réactionnaires qu'elles en seraient intolérables ; tandis qu'ainsi je suis un peu protégé.» (Journal Romain, 14 février 1986)

Message de RP - Objet : Ni adroit, ni gentil

Oh mais si vous me cherchez je vous dirais bien que le vote de gauche était motivé par l'homosexualité (la gauche militait pour la liberté des gays, la droite résistait, avec une expérience familiale particulièrement traumatisante), la fréquentation de Barthes (j'ai relu son Mythologies brûlot anti-petit-bourgeois: c'est nul, ou presque (sauf le titre d'un chapitre "Bichon chez les nègres")) et autres milieux branchés "d'avant-garde", etc.

Le passage à droite (qui est effectivement retour à la source) coïncide avec "l'installation" au château, l'achat d'un téléviseur (fini le Quetzal !) et les problèmes afférents:
- problèmes fiscaux divers, notamment avec le don qui a permis d'acheter le chateau, qui réactive le souvenir cruel de la perte de la maison familiale des Garnaudes
- problèmes sentimentalo-maghrébins : épisode de Farid Tali, avec la mère dudit qui passe son temps à chercher des aides sociales
- problème d'employeur victime du mauvais peuple : licienciement jugé abusif d'une amie secrétaire passagère de Pli contre Pli
- ...

Résumé de l'évolution politique:
- à gauche de la majorité du PS quand il était dans l'opposition (le CERES était quand même très "lutte des classes", je vous assure)
- à gauche quand elle gouverne (augmentation de l'IR, création de l'ISF, régularisation des "sans-papiers", décentralisation etc.)
- vert quand les verts gouvernent avec le PS (les verts sont pour le droit de vote des étrangers à toutes les élections, une forte fiscalité redistributive, le métissage etc.)
- à droite (de la droite) quand elle gouverne.

Ce n'est pas de l'opportunisme, c'est du légitimisme.

Et toc !

ps: Pour être sérieux, il va de soi qu'il y a des raisons essentielles, ontologiques, au passage à droite, à commencer par la bêtise sans limite de la bien-pensance de gauche.

Message de VS - Objet : Examen

Oh mais si vous me cherchez Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? :-) (Faites attention à ne pas dépasser votre pensée, je m'en voudrais!)

je vous dirais bien que le vote de gauche était motivé par l'homosexualité : je peux adopter cette interprétation. Elle est plausible, le Fhar était tout de même plus apprécié de RC qu'Arcadie!

le passage à droite (qui est effectivement retour à la source) : bon. [re :-)]

Message de VS - Objet : Antériorité et observation

Ce message répond au message "intitulé "Mythologies" de RP, trois messages plus haut.

Ne me souvenant plus de votre formulation exacte, je réfléchissais à ce que pouvait signifier "rejoindre". A tout moment, toutes les idées coexistent dans une société («De tout temps les hommes...» comme on nous apprend qu'il ne faut pas commencer les dissertations), mais il existe un discours dominant, un air du temps. Il peut arriver que les discours minoritaires, venus de différentes sources, se rejoignent et deviennent un courant plus fort. Le vent tourne, si je peux mélanger mes métaphores.
Si c'était le sens que vous donniez à "rejoindre", c'était un sens que je pouvais accepter.

Etait-ce ce que vous vouliez dire? J'ai donc repris votre phrase: sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient : non, il apparaît nettement que vous semblez faire de RC un suiveur. Je ne suis pas d'accord.

Les contre-exemples que vous donnez (Devaquet, Finkielkraut) datent de 1986 et 1987. La dénonciation par les partis de gauche des puissances de l'argent est justement une dénonciation petite-bourgeoise.
La sensibilité au Figaro sera toujours démontrable si vous voulez la démontrer, je pense que dans le même temps je pourrais démontrer une sensibilité à L'Humanité. Je suis sérieuse: en sciences sociales, l'écueil est ce filtre que joue l'esprit du démonstrateur, le risque est toujours de ne filtrer que ce qui va dans son sens.
Cependant, allez donc lire les entrées Pasqua à l'index de Journal romain : «Mais je me demande si la Restauration ne ressemblait pas à ce que nous avons sous les yeux: cette morgue, cette insolence, ce mépris affiché pour les principes du droit, cette fière ignorance de ce que peut être l'Etat.» (13/07/1986) Cela ne sonne pas très Figaro. A la même époque, un caricaturiste ne représentait plus Pauwels que coiffé d'un préservatif, à cause de ses positions sur le sida (de mémoire, mais je crois ne pas me tromper).

Mais nous sommes déjà en 1986. Mes exemples datent de 1980 et 1982. J'ai retenu quatre noms, souvent cités pour leur opposition à l'air du temps, chacun dans des genres et des styles différents Philippe Muray, Alain Finkielkraut, Maurice-G Dantec, Marc-Edouard Nabe, et je suis allée voir sur Amazon la date de leur premier ouvrage sur les sujets de société qui nous préoccupent. - P Muray, le XIXe siècle à travers les âges (1984) - A Finkielkraut La Défaite de la pensée (1987) - M-G Dantec La Sirène rouge (1993) - M-E Nabe Le Bonheur (1988)

Il reste l'influence de Barthes. Pourquoi pas. Antoine Compagnon classe Barthes dans les "antimodernes". Mais je ne vois pas très bien Barthes en influenceur du Figaro...

Je maintiens l'antériorité de RC sur les sujets évoqués plus haut. Ce n'est pas tant l'antériorité qui m'importe, d'ailleurs, que la singularité d'une réflexion qui refuse qu'on lui dicte ce qu'elle doit penser: je maintiens que les conclusions auxquelles est parvenu Renaud Camus proviennent directement de son observation du monde. Lorsqu'il lit les journaux, ce n'est pas pour s'émouvoir ce ce qu'ils racontent, mais du style dans lequel ils écrivent, quand il traverse la France, il ne la regarde pas à travers l'enthousiasme des économistes (c'est formidable, telle région se développe, la campagne se repeuple) mais à travers ses propres yeux en y appliquant ses propres goûts, etc.

En d'autres termes, RC me paraît très peu influençable, et la thèse qu'il rejoigne, dans le sens de "suivre", des idées qui préexistent me paraît absurde: tout au plus dirai-je qu'il a fortuitement les mêmes idées qu'une poignée de personnes au même moment (ou plus qu'une poignée, mais ça, c'est plutôt le débat actuel que celui de 1982-1986).
A la limite, ce qu'on pourrait lui reprocher, ce serait plutôt l'inverse: de vouloir s'en tenir à ce qu'il observe, aux données de l'observation immédiate, sans prendre en compte les chiffres des statistiques, sans vouloir apprendre à décrypter les méthodes des experts, sans vouloir faire de sociologie ou de macroéconomie, sans croire les discours: rien ne compte davantage que ses propres yeux.
C'est une méthode iconoclaste, je comprends qu'elle mette en rogne un universitaire, mais c'est une méthode qui n'est pas forcément invalide dans la mesure où l'observation du réel à travers des statistiques, toujours construites et interprétées, n'a pas démontré une plus grande fiabilité ou utilité quand il s'agit de décider que faire.

Message de RP - Objet : Vous mélangez tout

Je rentre tardivement at home, suis très fatigué, mais comme les messages ne paraissent que 72heures après leur envoi, autant ne pas perdre de temps.

Je n'ai pas dit que tout RC rejoignait l'air du temps, fort heureusement (je doute que Tricks se lise tous soirs dans les chaumières de Normandie ou du 7ème arrondissement, non plus que Passages et autre Eté : je suis un fervent camusien, excommunié, mais persévérant).

J'ai dit seulement que les positions du Parti sur quelques (pas tous) sujets "sensibles" retrouvent les positions du Figaro et de son lectorat traditionnel (et familial) :
1° la dénonciation du "fiscalisme" et singulièrement des impôts progressifs (et donc redistributifs)
2° la dénonciation de l'immigration et singulièrement de l'invasion musulmane
3° la dénonciation du relativisme culturel et l'affirmation de la hiérarchie des cultures (et des "races" entendre"civilisations" avec l'une moins égale qu'une autre)
4°la dénonciation des méfaits de l'égalitarisme, à l'école tout spécialement
5°la dénonciation des sociétés de méfiance, du rapport de force, (opposées aux sociétés de la "confiance", du contrat, cf. les travaux d'A. Peyrefitte* de l'Académie française, quand il fut Professeur au Collège de France (!!!))
etc.
Vous n'allez quand même pas me dire qu'il ne s'agit pas du fond commun de la Droite française traditionnelle et de son journal de référence (même new look) ?

Certes vous pourrez toujours arguer de l'antinatalisme du Parti pour l'opposer au Fig., mais vous conviendrez que depuis la mort de Michel Debré, les vaticinations de P. Chaunu se font plus rares dans ce journal et dans ce milieu)

Quant aux propos d'Eric Zémour sur Chirac ils valent bien ceux de RC sur Pasqua (la droite intellectuelle s'émancipe !)

  • A propos, le livre Autour d'A.Peyrefitte, valeurs et modernité qui sont des "Mélanges" à la gloire dudit, ... n'est pas de meilleure qualité que les "Mélanges" universitaires ordinaires. Tout fout le camp...

Message de VS - Objet : Poor you

Je mélange tout, mais vous vous relisez mal (à moins que vous ne sachiez pas ce que vous écrivez) : ce n'est pas moi qui ai écrit «sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient.»

Moi ça m'est égal de penser comme le Figaro, que RC pense comme le Figaro, que le parti pense comme le Figaro, tant que vous ne venez pas insinuez qu'il y a copiage (jonction, je veux bien, disais-je). J'ai finalement l'impression que le plus difficile pour vous, c'est d'admettre que vous pensez comme le Figaro.

Message de RP - Objet : So sorry

Je suis désolé que le titre du message vous ait froissée : je n'avais aucune intention de le faire. Il y a que je me sentais moi même un peu blessé de me voir intenter un procès que je ne paraissais pas mériter :
je n'ai jamais pensé
1°que l'oeuvre de RC se réduisait à un travail journalistique.
2° que RC était "opportuniste"
ce que vous sembliez me faire dire.

Je maintiens seulement que "les idées politiques" que défend aujourd'hui Renaud Camus, me paraissent :
1°très éloignées de celles qui étaient celles d'un "militant" (très relatif je sais) du CERES (courant interne au PS), d'un électeur de F. Mitterrand puis de JP Chevement et/ou des Verts : cf. ma remarque sur la phrase imputant les faiblesses des noirs au racisme
2° conformes à l'évolution d'une bonne partie de l'opinion publique

Ce qui me désole, ce n'est pas le virage à droite, qui m'est complètement indifférent (je ne vote plus depuis de longues années, et mon incivisme me paraît plus désolant (poor de moi en effet) qu'un vote pour la Droite, surtout que celle-ci reste très pasteurisée), c'est que RC s'abaisse parfois à des procédés journalistiques (pas de vérification des sources, utilisation de documents de troisième main, allégations sans preuve, reprise "a-critique" des propos des journalistes-amis, etc.) dont il a été la victime directe (cf. nos débats sur l'impôt, le taux de succès d'une génération au bac, les droits des étrangers, etc.)

Message de VS - Objet : (finalement, je comprends qu'on lasse)

Moi (par ordre chronologique) : Le site du parti permet de s'apercevoir que les idées r-camusiennes sont bien plus répandues et partagées qu'il ne le semblait au premier abord.

Vous : Je maintiens seulement que "les idées politiques" que défend aujourd'hui Renaud Camus, me paraissent [...] conformes à l'évolution d'une bonne partie de l'opinion publique.

Euh...

Tristan

Indications laissées par Renaud Camus sur la SLRC.

Non, Chère Valérie, vous n'attendez pas à tort une Jacqueline. La préfacière est Jacqueline Risset : « Tout C est Tristan, tout Tristan est C ». Elle a également traduit le livre, le roman, Tristan, de Nanni Balestrini (Éditions du Seuil, 1972, pour la version française. Feltrinelli 1966 pour la version originale).

Quant au Tristan de Mann, il est déjà très présent dans les vieilles Églogues :

DER WEITE GARTEN MIT DEINEM GROTTEN, LAUBENGÄNGEN UND KLEINEN PAVILLONS....

(Le docteur Lander continue à diriger l'institution.)

Lady Morgan

Guillaume Cingal a cité incidemment cette phrase, et Renaud Camus a aussitôt demandé des renseignement sur cette dame:

Egotism is the sin of my autobiography, and vanity naturally takes the pen to trace its dictation.

Sydney Owenson, Lady Morgan. Passages from My Autobiography, 1859.

PS le 12 août 2009

Il reste à vérifier qu'elle apparaît effectivement dans L'Amour l'Automne. A suivre.

Un journal: est-ce bien sérieux?

La forme du journal est-elle une forme sérieuse pour un écrivain qui se respecte ?

La suite de ce billet reprend d'anciens messages, je voudrais réussir à faire sentir combien tout ce que je vais dire est le fruit d'une découverte progressive, et comme c'est appelé à changer encore...

Mon opinion en abordant les livres camusiens étaient à peu près celle-ci : les journaux, art mineur, quelle manie incompréhensible des autres lecteurs de toujours parler des journaux alors que tant d’autres livres (évidemment, quand on commence par Du sens, Eloge du paraître, Buena Vista Park et Vaisseaux brûlés, les journaux ne paraissent pas très importants...) étaient si passionnants et si intéressants, si nouveaux de ton.

Un jour, Eudes attira mon attention sur une interviewde Renaud Camus. Soudain, je compris que l’écriture du journal donnait une forme à la vie. Ce retournement fut à mes yeux extraodinaire, il me semblait que le fil des heures était la glaise, et le journal les pouces qui donnaient la forme... le journal, c’était la forme, la syntaxe, la discipline.
On trouve d’ailleurs cette importance de la forme parfaitement résumée dans les premières pages de Journal romain : «la structure rend heureux, et libre».
Le journal eut dès lors à mes yeux une tonalité étrange, un peu comme les exercices spirituels quotidiens de Joseph de Maistre.

Malgré tout, même s’il était évident que pour Renaud Camus le journal était fondamental, je n’arrivais toujours pas à comprendre ce que Renaud Camus voulait dire en affirmant que le journal était le laboratoire de l’œuvre ou quand il reconnaissait avoir eu plusieurs fois la tentation d’un journal tout englobant: c’était idiot, voyons, comment aurait-il pu construire quelque chose d’aussi éléboré que, mettons Les Eglogues ou Vaisseaux brûlés, en écrivant au fil de la plume ?

Le livre de C. Rannoux m’a fait comprendre que le journal était farci de citations, que les citations sourdaient du mode même d’expression, de pensée, de Renaud Camus. Cela a transformé ma lecture des journaux. Je ne les lis pas/plus pour avoir des renseignements sur la vie de l’auteur, mais comme des objets littéraires à part entière, venant apporter leur lot d’indices au puzzle ou à l’énigme que constitue l’ensemble des livres. Je n'ai pas l'impression d'être voyeuse en lisant les journaux, j'ai l'impression d'accepter les règles du jeu imposées par l'auteur et de recueillir les informations qu'il a décidé de me donner.

Post-scriptum

Evidemment, rencontrer ce genre de phrases : «CE QUI PAR CONTRE M'A AIDÉ EST QU'EN PLUSIEURS ENDROITS DU JOURNAL ON TROUVE QUELQUES MOTS DONT JE NE PERCEVAIS PAS L'IMPORTANCE DÈS L'ABORD.» (Été p.266) ne fait que conforter cette impression de journal comme élément de l'ensemble, ou élément-clé, ou clé.

Faisons remarquer cependant que cette phrase est publiée cinq ans avant Journal romain... Est-ce une citation? S'applique-t-elle à autre chose qu'à l'œuvre camusienne, s'agirait-il par exemple d'un commentaire à propos du journal de Virginia Woolf?

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