Je reprends ici une longue discussion née d'une polémique, certains refusant de voir des réflexions politiques intervenir sur le site des lecteurs de Renaud Camus (SLRC). J'élague et ne reprends que ma discussion avec Rémi Pellet.

Message de VS - Objet : Distinction (remords après réflexion)

Il y a une différence due à l'objet des sites: l'un est le site d'un parti, l'autre un site de lecteurs.

A priori, le premier doit accueillir des personnes d'accord avec les grandes lignes du programmes qui viennent là pour les discuter, les affiner, et surtout les décliner (comme on dit en entreprise, je ne sais si c'est un usage reconnu) en actions à mettre en œuvre, en propositions concrètes.

Le second, celui où j'écris ces lignes donc, devrait si et quand il s'intéresse au parti, réfléchir à l'articulation du projet avec le reste de l'œuvre: le parti est-il une anomalie ou s'articule-t-il (plus ou moins) parfaitement avec le reste de l'œuvre, l'ambition politique est-elle compatible avec l'ambition littéraire ou la dévoie-t-elle?

Pour ma part, je pense l'avoir déjà dit (j'arrive à un point où il me semble devoir m'excuser de me répéter, et ce devoir lui-même me gêne par son aspect de pause et de coquetterie), je ne comprenais pas d'où surgissait ce parti, alors que toutes les actions camusiennes sont annoncées dès les premières œuvres (et cette façon de faire advenir les projets et les rêves m'enchantent et me fascinent). Outrepas a répondu a cette question, le parti naît du succès de Le Pen au premier tour des élections présidentielles de 2002.
Je dois avouer que si ce parti me paraît fou —par toutes les difficultés pratiques à vaincre, notamment médiatiques, qu'il comporte—, je le trouve admirable dans sa dimension "passage à l'acte": nous ne resterons pas sur le côté à nous morfondre et nous ronger les poings en répétant "Que faire?" Et cela, toujours, emportera mon adhésion.

Le site du parti permet de s'apercevoir que les idées r-camusiennes sont bien plus répandues et partagées qu'il ne le semblait au premier abord. C'est très réconfortant pour tout ce qui concerne la sauvegarde des valeurs françaises ou plus généralement occidentales.

Message de RP - Objet : Donc nous sommes d'accord (enfin presque)...

...Il ne faut pas distinguer et je l'ai compris trop tard : le Parti s'inscrit dans l'oeuvre, et pour cela, doit être considéré avec le plus grand sérieux... même si, de mon point de vue, l'entreprise, (courageuse), demeure en-deçà de l'ensemble de l'oeuvre (l'auteur n'est pas sur son terrain, ça se sent, en règle générale, mais lorsqu'il y revient dans certains éditoriaux, là il est parfois brillantissime).
Cette articulation de l'oeuvre au Parti devrait pouvoir être étudiée sur le site des Lecteurs, surtout depuis la parution de la Dictature de la petite-bourgeoisie.

Je diverge cependant sur trois points :
-sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient ? Le Figaro n'a pas cessé d'être édité et lu par d'autres (et même par des proches : c'est le quotidien (et même sa principale référence culturelle, semble-t-il) de sa mère (retour aux sources donc, mais chut, je n'ai rien dit :)))
- le "passage à l'acte" ne me paraît pas louable pour lui-même : parfois, il vaut mieux s'abstenir (suspendre son jugement, ses préjugés, le temps nécessaire à l'étude, surtout s'il s'agit de faire la leçon)
- la création du Parti ne me semble absolument pas liée au passage de Le Pen au second tour, mais à "l'Affaire" et au rôle qu'y à joué la presse et le Monde en particulier : il y a un ton "revanchard" donneur de leçon et même sardonique dans le Parti que je trouve très proche de l'attitude de feu Plénel et consorts : le règlement de compte, c'est la pente de l'entreprise depuis le départ.
De mon pont de vue, le Parti, c'est la réaction d'une personne blessée (et pour ne pas l'avoir compris suffisamment tôt, j'ai contribué à aggraver la situation (j'espère que ce message fait exception)).
(en revanche, il y a une forme d'humour très "gidienne", trouve-je, qui court dans toute l'oeuvre, mais, bon je dis ça comme ça, trop légèrement sans doute parce que c'est vrai que moi la littérature, je connais pas vraiment, alors faudra pas me tomber dessus si j'ai dit une connerie, là, présentement. Vaut mieux que je retourne au Droit, jsuis d'accord).

Ma réponse -

-sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient ? Comme le verbe précédent est "je diverge", je suppose que vous pensez que RC rejoint ce qui préexiste. Voici quelques citations datées sur des sujets divers (vous remarquerez qu'il s'agit toujours de passages en capitales):

- Presse incapable d'écrire correctement, de décrire le monde et d'en proposer une interprétation pertinente :

ON VOIT DIRIGER DES MAGAZINES, OU LES PAGES LITTÉRAIRES DES GRANDS QUOTIDIENS, DES GENS QUI DE TOUTE ÉVIDENCE, IL SUFFIT DE LIRE TROIS PHRASES DE LEUR MAIN POUR S'EN RENDRE COMPTE, SONT DES ESPRITS DE TROISIÈME ORDRE, À PEINE CULTIVÉS, ARRIVÉS LÀ DIEU SAIT COMME, QUI NE COMPRENNENT RIEN À RIEN NI AU MONDE ET S'ACHARNENT À LE RENDRE CHAQUE JOUR UN PEU PLUS OPAQUE, UN PEU PLUS OBSCUR À LEURS LECTEURS.
Jean-Renaud Camus, Denis Duvert, Été (1982) p.86

- Immigration:

On éviterait bien des pertes de temps dans la lutte contre les différents racismes si l’on admettait qu’une majorité peut-être des propos racistes sont vrais : oui la criminalité est plus forte parmi les travailleurs immigrés, oui les juifs ont une plus forte tendance à la paranoïa, les homosexuels à l’hystérie, etc. Quand j’enseignais dans un collège du Sud, aux États-Unis, les quelques étudiants noirs qui permettaient de proclamer le collège intégré donnaient toutes les apparences, en tant que groupe, d’une intelligence moindre: leur capacité d’attention, leur pouvoir d’association, leur vocabulaire étaient très inférieurs à ceux des Blancs.
(Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)
Renaud Camus, Buena Vista Park (1980), "Vérité du racisme":

et

ON NE FERA AUCUN PROGRÈS DANS LA LUTTE CONTRE LE RACISME SI ON NE COMMENCE PAS PAR RECONNAÎTRE QUE NOMBRE DES AFFIRMATIONS DES RACISTES SONT EXACTES: OUI LA CRIMINALITÉ EST PLUS FORTE PARMI CERTAINES COUCHES DE TRAVAILLEURS IMMIGRÉS, OUI LES MAISONS ET LES QUARTIERS OÙ S'INSTALLENT LES NOIRS ONT TENDANCE À SE DÉGRADER PLUS VITE, OUI CERTAINS CHEFS D'ÉTAT DU TIERS-MONDE SONT TOTALEMENT INCOMPÉTENTS.[...] QUAND J'ENSEIGNAIS AUX ETATS-UNIS DANS LE SUD, DANS UNE UNIVERSITÉ PRÉTENDÛMENT «INTÉGRÉE», LES ÉTUDIANTS NOIRS, DANS LEUR ENSEMBLE, ÉTAIENT INDUBITABLEMENT EN RETARD SUR LES BLANCS, ET JE DIRAIS MÊME MOINS «INTELLIGENTS»: LEUR CAPACITÉ D'ASSOCIATION ÉTAIT INFINIMENT MOINDRE, LEUR MÉMOIRE, LEUR APPLICATION. IL NE SERVIRAIT À RIEN DE LE NIER: MIEUX VAUT S'INTERROGER SUR LES RAISONS.
Jean-Renaud Camus, Denis Duvert, Été (1982) p.213

- l'emprise de la petite-bourgeoisie sur la culture :

AUX GRANDS INTÉRÊTS FINANCIERS, TELLEMENT CONCENTRÉS QU'ILS NE CORRESPONDENT MÊME PLUS À UNE CLASSE SOCIALE DÉTERMINÉE, LA CONDUITE DES GRANDES AFFAIRES, ÉCONOMIQUES ET POLITIQUES; À LA PETITE BOURGEOISIE, COMME LOT DE CONSOLATION, LA MAIN-MISE ABSOLUE SUR LA CULTURE, C'EST-À-DIRE LA MAÎTRISE, OU PLUTÔT LA DISPOSITION, DES MÉDIAS.
Ibid, p.230

- le dépérissement de la langue :

[...] MAIS C'EST PRÉCISÉMENT CELA QUI EST INACCEPTABLE AUX YEUX DU DISCOURS DOMINANT, AJOUTA-T-IL EN S'ÉCHAUFFANT VISIBLEMENT: LA DIFFÉRENCE. DÉJÀ ONT ÉTÉ RÉDUITES À NÉANT TOUTES LES SUPERBES LANGUES PROPRES AUX DIFFÉRENTS CORPS DE MÉTIER, QUE LA MÉCANISATION, LA BIEN NOMMÉE, A TUÉES. IL FAUT ABSOLUMENT QUE TOUT LE MONDE PARLE DE LA MÊME FAÇON, C'EST-À-DIRE COMME LA PETITE BOURGEOISIE: LE MOINS DE MOTS POSSIBLE, ET MÊME LE MOINS DE FORMES SYNTAXIQUES. ILS SONT DÉJÀ VENUS À PEU PRÈS À BOUT DU SUBJONCTIF, C'EST L'IMPÉRATIF MAINTENANT QUI EST MENACÉ: —CORALIE TU SORS DE L'EAU, DISENT LES PARENTS SUR LES PLAGES, ET VOUS M'EN METTEZ TROIS BIEN TENDRES , DIT LA DAME À SON BOUCHER. QUE L'ON NE VIENNE PAS NOUS DIRE QUE C'EST PAR DOUCEUR, POUR ÉVITER TROP D'AUTORITARISME: UN ORDRE DONNÉ À L'INDICATIF EST BIEN PLUS AUTORITAIRE QU'À L'IMPÉRATIF, PUISQU'IL SUPPOSE LA VOLONTÉ DE CELUI QUI PARLE AU MOMENT MÊME OÙ ELLE EST PROFÉRÉE. ET AU FUTUR LUI-MÊME ON EST EN TRAIN DE FAIRE UN SORT: JE VOUS SOUHAITE UNE BONNE NUIT ET VOUS RETROUVE DEMAIN, SUR LA MÊME CHAÎNE, À DOUZE HEURES TRENTE. AUSSI N'AURONS-NOUS PLUS BIENTÔT QU'UN OU DEUX MODES ET DEUX OU TROIS TEMPS. L'ENLAIDISSEMENT DE LA LANGUE, SA BANALISATION, SA SIMPLIFICATION RÉDUCTRICE ÉTAIENT JADIS PERCEPTIBLES DE DÉCENNIE EN DÉCENNIE. MAINTENANT, C'EST D'ANNÉE EN ANNÉE, DE MOIS EN MOIS.
Ibid, p.256

Donc si vous voulez prouver que Renaud Camus ne fait que rejoindre l'air du temps (tandis que je soutiens que son analyse est précurseur), il vous faudra choisir un corpus de journaux et de revues (Le Monde, Le Figaro, trois hebdomadaires? ou le Figaro seul?) parus entre 1975 et 1980 (mettons) et établir des statistiques selon une méthode à définir (ne retenir que les Unes, tous les titres des sommaires, seulement les pages "société"?) sur les idées développées et l'air du temps: sur les différents thèmes que j'ai illustrés de citations datées, Renaud Camus ne fait-il que rejoindre des idées présentes ailleurs? (Je vous rappelle tout de même qu'en 1981, Mitterrand est élu. Les idées camusiennes de l'époque vous paraissent-elles représentatives de ce que peut signifier (de ce qu'a signifié) une telle élection?)


Concernant le "passage à l'acte", il n'y a rien à débattre: question de réactions personnelles. Pour ce qui est de RC, vingt ans de réflexions (1982-2002) me paraît un délai raisonnable, surtout quand on considère que l'évolution du monde dans l'intervalle n'a pu que le conforter dans ses premières observations.


La création du Parti ne me semble absolument pas liée au passage de Le Pen au second tour, mais à "l'Affaire" et au rôle qu'y à joué la presse et "le Monde" en particulier
Pourquoi pas, mais je ne vois rien dans les journaux 2000 et 2001 pour étayer votre croyance tandis que nous disposons de pages précises dans Outrepas pour dater l'idée du parti. Evidemment, le journal ne dit pas tout, comme tout texte littéraire, il est mise en scène, mais une mise en scène des détails (que choisit-on de raconter, et comment). Je ne vois pas pourquoi RC aurait dissimulé deux ans cette idée de parti si elle avait germé plus tôt.
S'il fallait dater le ressentiment à l'égard du Monde, je le ferais remonter aux Eglogues (plus le temps de le prouver par le texte. Dans cette enquête, Poirot-Delpech est le méchant, selon moi (je le pense, en plus)).

En soi, ça n'a pas grande importance, que l'idée du parti date de l'Affaire ou du premier tour de l'élection présidentielle de 2002. Ce qui me turlupine, c'est —pardonnez-moi— votre manque de rigueur: vous ne vous appuyez pas ou plus sur les textes, vous êtes entièrement dans l'intuition. Pourquoi vous permettez-vous à ce moment-là, sur ce sujet-là, une extrapolation que jamais vous ne vous permettriez ailleurs?

Enfin bon. Vous devez bien vous doutez que ce qui m'intéresse le plus, c'est votre allusion à l'humour gidien. (Comme si j'étais jamais tombée sur qui que ce soit dès que ce genre de pistes était évoquée!) C'est justement là que les choses deviennent intéressantes pour un lecteur: où peut-il trouver dans le texte ce qui fait naître un sentiment, une sensation? Qu'est-ce qui lui permet de remonter à l'origine (nous y voilà) d'un ressenti diffus? Lent travail de lecture et d'observation de soi-même.
Mais bon. Vous allez me répondre que vous n'avez pas le temps...

Réponse de RP - Objet : Mythologies

1° je vais vous décevoir parce que je ne vais pas prendre le temps d'aller rechercher dans les bibliothèques les preuves de ce que j'avance, mais je vous assure que dans les années soixante-dix tous les partis de gauche passaient leur temps à dénoncer les puissances de l'argent qui contrôlaient les médias, presse, maisons d'édition et télé... publique.
2° Je suis d'accord avec vous sur le fait que Renaud Camus est un des rares, apparemment, à avoir déploré la "déréliction" de la langue parlée (si j'ose dire), l'abandon des formes au profit de l'expression spontanée "naturelle". Mais, la dénonciation des mythes petits-bourgeois était déjà entreprise par Barthes, sous forme plaisante, dans Mythologies, par exemple. Quant à la dénonciation des dérives de l'Ecole, A. Finkielkrault l'avait fait au milieu des années 80 avec "La défaite de la Pensée". Au demeurant, si ce livre a marqué, c'est qu'il venait de la gauche, parce que sinon la droite, le Figaro pour faire court, ne se privait pas de dénoncer la faillite de l'école publique (qu'elle prenait garde d'éviter à sa progéniture).
Le Journal nous apprend qu'à cette époque Renaud Camus votait pour Mitterrand, avant de se rallier à Chevènement... et aujourd'hui à Villiers. Pour moi, cette évolution n'a rien de condamnable (la mienne est "pire", je pense), mais il serait bon d'expliquer les raisons du caractère tardif et brutal du changement d'engagement politique de RC, plutôt que de relever la seule continuité apparente de ses réflexions.

Message de Jean-Marc Bonnet en réponse à RP

Bien cher ami,
Vous évoquez un "changement brutal "de la part de Renaud Camus.
Mais ce changement n'est-il pas celui de beaucoup ? vous nous citez Chevènement. Il y a loin du CERES à ses positions actuelles...
En fait, n'y a-t-il pas un glissement fort vers une quête de l'identité ? (je vous rappelle la mitterrandienne affiche sur fond de clocher).

Réponse de RP - Objet : D'accord

je partage votre impression, que j'essaie bien maladroitement d'exprimer à Valérie (je n'ai pas hélas votre amabilité naturelle)

Message de VS - Objet : brutal

N'essayez ni d'être adroit, ni d'être gentil (quoiqu'un jour, pour voir...), essayez d'être précis : de quand datez-vous votre "changement brutal"?

Je vois pour ma part un lent ajustement entre les idées et les actes. Les idées ont toujours été de ou à droite, ce n'est que récemment (2000 et l'Affaire? ou 1994 et l'écriture de La Campagne de France? ou 2002 et le vote Chevènement? comme vous voudrez) que les prises de position politiques se sont finalement alignées sur les idées. En d'autre terme, le pragmatisme a été victorieux de l'idéalisme. Le parti ne serait que le dernier avatar de cet aligement des actes sur les idées.

En d'autres termes, le plus étrange était finalement le vote de gauche, anomalie reconnue par Renaud Camus lui-même: «Je suis bien obligé de «voter à gauche», car si j'étais un «homme de droite», mes opinions sont tellement réactionnaires qu'elles en seraient intolérables ; tandis qu'ainsi je suis un peu protégé.» (Journal Romain, 14 février 1986)

Message de RP - Objet : Ni adroit, ni gentil

Oh mais si vous me cherchez je vous dirais bien que le vote de gauche était motivé par l'homosexualité (la gauche militait pour la liberté des gays, la droite résistait, avec une expérience familiale particulièrement traumatisante), la fréquentation de Barthes (j'ai relu son Mythologies brûlot anti-petit-bourgeois: c'est nul, ou presque (sauf le titre d'un chapitre "Bichon chez les nègres")) et autres milieux branchés "d'avant-garde", etc.

Le passage à droite (qui est effectivement retour à la source) coïncide avec "l'installation" au château, l'achat d'un téléviseur (fini le Quetzal !) et les problèmes afférents:
- problèmes fiscaux divers, notamment avec le don qui a permis d'acheter le chateau, qui réactive le souvenir cruel de la perte de la maison familiale des Garnaudes
- problèmes sentimentalo-maghrébins : épisode de Farid Tali, avec la mère dudit qui passe son temps à chercher des aides sociales
- problème d'employeur victime du mauvais peuple : licienciement jugé abusif d'une amie secrétaire passagère de Pli contre Pli
- ...

Résumé de l'évolution politique:
- à gauche de la majorité du PS quand il était dans l'opposition (le CERES était quand même très "lutte des classes", je vous assure)
- à gauche quand elle gouverne (augmentation de l'IR, création de l'ISF, régularisation des "sans-papiers", décentralisation etc.)
- vert quand les verts gouvernent avec le PS (les verts sont pour le droit de vote des étrangers à toutes les élections, une forte fiscalité redistributive, le métissage etc.)
- à droite (de la droite) quand elle gouverne.

Ce n'est pas de l'opportunisme, c'est du légitimisme.

Et toc !

ps: Pour être sérieux, il va de soi qu'il y a des raisons essentielles, ontologiques, au passage à droite, à commencer par la bêtise sans limite de la bien-pensance de gauche.

Message de VS - Objet : Examen

Oh mais si vous me cherchez Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? :-) (Faites attention à ne pas dépasser votre pensée, je m'en voudrais!)

je vous dirais bien que le vote de gauche était motivé par l'homosexualité : je peux adopter cette interprétation. Elle est plausible, le Fhar était tout de même plus apprécié de RC qu'Arcadie!

le passage à droite (qui est effectivement retour à la source) : bon. [re :-)]

Message de VS - Objet : Antériorité et observation

Ce message répond au message "intitulé "Mythologies" de RP, trois messages plus haut.

Ne me souvenant plus de votre formulation exacte, je réfléchissais à ce que pouvait signifier "rejoindre". A tout moment, toutes les idées coexistent dans une société («De tout temps les hommes...» comme on nous apprend qu'il ne faut pas commencer les dissertations), mais il existe un discours dominant, un air du temps. Il peut arriver que les discours minoritaires, venus de différentes sources, se rejoignent et deviennent un courant plus fort. Le vent tourne, si je peux mélanger mes métaphores.
Si c'était le sens que vous donniez à "rejoindre", c'était un sens que je pouvais accepter.

Etait-ce ce que vous vouliez dire? J'ai donc repris votre phrase: sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient : non, il apparaît nettement que vous semblez faire de RC un suiveur. Je ne suis pas d'accord.

Les contre-exemples que vous donnez (Devaquet, Finkielkraut) datent de 1986 et 1987. La dénonciation par les partis de gauche des puissances de l'argent est justement une dénonciation petite-bourgeoise.
La sensibilité au Figaro sera toujours démontrable si vous voulez la démontrer, je pense que dans le même temps je pourrais démontrer une sensibilité à L'Humanité. Je suis sérieuse: en sciences sociales, l'écueil est ce filtre que joue l'esprit du démonstrateur, le risque est toujours de ne filtrer que ce qui va dans son sens.
Cependant, allez donc lire les entrées Pasqua à l'index de Journal romain : «Mais je me demande si la Restauration ne ressemblait pas à ce que nous avons sous les yeux: cette morgue, cette insolence, ce mépris affiché pour les principes du droit, cette fière ignorance de ce que peut être l'Etat.» (13/07/1986) Cela ne sonne pas très Figaro. A la même époque, un caricaturiste ne représentait plus Pauwels que coiffé d'un préservatif, à cause de ses positions sur le sida (de mémoire, mais je crois ne pas me tromper).

Mais nous sommes déjà en 1986. Mes exemples datent de 1980 et 1982. J'ai retenu quatre noms, souvent cités pour leur opposition à l'air du temps, chacun dans des genres et des styles différents Philippe Muray, Alain Finkielkraut, Maurice-G Dantec, Marc-Edouard Nabe, et je suis allée voir sur Amazon la date de leur premier ouvrage sur les sujets de société qui nous préoccupent. - P Muray, le XIXe siècle à travers les âges (1984) - A Finkielkraut La Défaite de la pensée (1987) - M-G Dantec La Sirène rouge (1993) - M-E Nabe Le Bonheur (1988)

Il reste l'influence de Barthes. Pourquoi pas. Antoine Compagnon classe Barthes dans les "antimodernes". Mais je ne vois pas très bien Barthes en influenceur du Figaro...

Je maintiens l'antériorité de RC sur les sujets évoqués plus haut. Ce n'est pas tant l'antériorité qui m'importe, d'ailleurs, que la singularité d'une réflexion qui refuse qu'on lui dicte ce qu'elle doit penser: je maintiens que les conclusions auxquelles est parvenu Renaud Camus proviennent directement de son observation du monde. Lorsqu'il lit les journaux, ce n'est pas pour s'émouvoir ce ce qu'ils racontent, mais du style dans lequel ils écrivent, quand il traverse la France, il ne la regarde pas à travers l'enthousiasme des économistes (c'est formidable, telle région se développe, la campagne se repeuple) mais à travers ses propres yeux en y appliquant ses propres goûts, etc.

En d'autres termes, RC me paraît très peu influençable, et la thèse qu'il rejoigne, dans le sens de "suivre", des idées qui préexistent me paraît absurde: tout au plus dirai-je qu'il a fortuitement les mêmes idées qu'une poignée de personnes au même moment (ou plus qu'une poignée, mais ça, c'est plutôt le débat actuel que celui de 1982-1986).
A la limite, ce qu'on pourrait lui reprocher, ce serait plutôt l'inverse: de vouloir s'en tenir à ce qu'il observe, aux données de l'observation immédiate, sans prendre en compte les chiffres des statistiques, sans vouloir apprendre à décrypter les méthodes des experts, sans vouloir faire de sociologie ou de macroéconomie, sans croire les discours: rien ne compte davantage que ses propres yeux.
C'est une méthode iconoclaste, je comprends qu'elle mette en rogne un universitaire, mais c'est une méthode qui n'est pas forcément invalide dans la mesure où l'observation du réel à travers des statistiques, toujours construites et interprétées, n'a pas démontré une plus grande fiabilité ou utilité quand il s'agit de décider que faire.

Message de RP - Objet : Vous mélangez tout

Je rentre tardivement at home, suis très fatigué, mais comme les messages ne paraissent que 72heures après leur envoi, autant ne pas perdre de temps.

Je n'ai pas dit que tout RC rejoignait l'air du temps, fort heureusement (je doute que Tricks se lise tous soirs dans les chaumières de Normandie ou du 7ème arrondissement, non plus que Passages et autre Eté : je suis un fervent camusien, excommunié, mais persévérant).

J'ai dit seulement que les positions du Parti sur quelques (pas tous) sujets "sensibles" retrouvent les positions du Figaro et de son lectorat traditionnel (et familial) :
1° la dénonciation du "fiscalisme" et singulièrement des impôts progressifs (et donc redistributifs)
2° la dénonciation de l'immigration et singulièrement de l'invasion musulmane
3° la dénonciation du relativisme culturel et l'affirmation de la hiérarchie des cultures (et des "races" entendre"civilisations" avec l'une moins égale qu'une autre)
4°la dénonciation des méfaits de l'égalitarisme, à l'école tout spécialement
5°la dénonciation des sociétés de méfiance, du rapport de force, (opposées aux sociétés de la "confiance", du contrat, cf. les travaux d'A. Peyrefitte* de l'Académie française, quand il fut Professeur au Collège de France (!!!))
etc.
Vous n'allez quand même pas me dire qu'il ne s'agit pas du fond commun de la Droite française traditionnelle et de son journal de référence (même new look) ?

Certes vous pourrez toujours arguer de l'antinatalisme du Parti pour l'opposer au Fig., mais vous conviendrez que depuis la mort de Michel Debré, les vaticinations de P. Chaunu se font plus rares dans ce journal et dans ce milieu)

Quant aux propos d'Eric Zémour sur Chirac ils valent bien ceux de RC sur Pasqua (la droite intellectuelle s'émancipe !)

  • A propos, le livre Autour d'A.Peyrefitte, valeurs et modernité qui sont des "Mélanges" à la gloire dudit, ... n'est pas de meilleure qualité que les "Mélanges" universitaires ordinaires. Tout fout le camp...

Message de VS - Objet : Poor you

Je mélange tout, mais vous vous relisez mal (à moins que vous ne sachiez pas ce que vous écrivez) : ce n'est pas moi qui ai écrit «sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient.»

Moi ça m'est égal de penser comme le Figaro, que RC pense comme le Figaro, que le parti pense comme le Figaro, tant que vous ne venez pas insinuez qu'il y a copiage (jonction, je veux bien, disais-je). J'ai finalement l'impression que le plus difficile pour vous, c'est d'admettre que vous pensez comme le Figaro.

Message de RP - Objet : So sorry

Je suis désolé que le titre du message vous ait froissée : je n'avais aucune intention de le faire. Il y a que je me sentais moi même un peu blessé de me voir intenter un procès que je ne paraissais pas mériter :
je n'ai jamais pensé
1°que l'oeuvre de RC se réduisait à un travail journalistique.
2° que RC était "opportuniste"
ce que vous sembliez me faire dire.

Je maintiens seulement que "les idées politiques" que défend aujourd'hui Renaud Camus, me paraissent :
1°très éloignées de celles qui étaient celles d'un "militant" (très relatif je sais) du CERES (courant interne au PS), d'un électeur de F. Mitterrand puis de JP Chevement et/ou des Verts : cf. ma remarque sur la phrase imputant les faiblesses des noirs au racisme
2° conformes à l'évolution d'une bonne partie de l'opinion publique

Ce qui me désole, ce n'est pas le virage à droite, qui m'est complètement indifférent (je ne vote plus depuis de longues années, et mon incivisme me paraît plus désolant (poor de moi en effet) qu'un vote pour la Droite, surtout que celle-ci reste très pasteurisée), c'est que RC s'abaisse parfois à des procédés journalistiques (pas de vérification des sources, utilisation de documents de troisième main, allégations sans preuve, reprise "a-critique" des propos des journalistes-amis, etc.) dont il a été la victime directe (cf. nos débats sur l'impôt, le taux de succès d'une génération au bac, les droits des étrangers, etc.)

Message de VS - Objet : (finalement, je comprends qu'on lasse)

Moi (par ordre chronologique) : Le site du parti permet de s'apercevoir que les idées r-camusiennes sont bien plus répandues et partagées qu'il ne le semblait au premier abord.

Vous : Je maintiens seulement que "les idées politiques" que défend aujourd'hui Renaud Camus, me paraissent [...] conformes à l'évolution d'une bonne partie de l'opinion publique.

Euh...