C'est une promenade que j'avais déjà faite , d'Oxford, en 1965 ou 66, en compagnie d'un garçon que j'avais rencontré à une conférence de Stockhausen, je crois bien, ou peut-être seulement sur Stockhausen. Chose étrange, je ne sais plus si ce garçon était cubain ou sud-africain — une composition des deux, peut-être. Il avait plutôt le type latin, et les cheveux bouclés. J'ai oublié son nom et son prénom. Il s'occupait de théâtre, à titre de décorateur, je crois bien. Il vivait avec un homme nettement plus âgé que lui, et surtout nettement moins attrayant, médecin et chercheur dans le domaine médical, qui lui se nommait Peter B. Peter B. nous surprit au lit, le Cubo-Sud-Africain et moi, chez lui, alors qu'il était censé être à Blackpool auprès de ses parents. Malgré ces débuts inauspicieux, nous devînmes assez amis, Peter B. et moi, tandis que je perdais de vue le jeune décorateur de théâtre.
Renaud Camus, Rannoch Moor, p.396

Obliqué alors vers l'est et mangé un sand. dans un self-service de Mad. Av., d'où j'ai téléphoné à Peter, mon ami, d'Oxford; il n'était pas chez lui, mais en Angleterre pour l'été, m'a informé une voix inconnue. J'ai été attristé de ne pouvoir le voir, car je l'aime beaucoup. pourtant, nos relations avaient commencé sous les auspices les moins prometteurs. A un concert dans un collège quelconque, Queens, peut-être, j'avais rencontré une fille dont le nom m'échappe aujourd'hui, quelque chose de très littéraire, genre Aurélia, ou Lorena, ou Loretta... Peu importe. Elle était colombienne, je crois. Je l'avais revue deux ou trois fois et elle m'avait invité à dîner chez elle. [...] Elle habitait une maison moderne dans un lotissement de Summertown, une banlieue résidentielle, un peu surélevée, au nord de la ville, et j'étais en train de faire l'amour avec elle, à grands bruits de sa part, en plus, lorsqu'il était entré dans la chambre, selon le plus pur scénario de la grande tradition, ce Peter Grant, son amant. Il était supposé être à Manchester, chez ses parents. Pas un mot ne fut échangé entre lui et moi et quand par la suite, des mois durant, je l'apercevais en ville, je m'empressais de traverser pour l'éviter. [...] Mais nous nous sommes un jour trouvés nez à nez à ne pouvoir fuir et nous avons depuis établi les plus solides relations, qui continuent aujourd'hui, alors que l'intermédiaire entre nous est de longue date sortie de ma vie comme de la sienne.
Jean-Renaud Camus, Été, de la p.195 à 218 (l'anecdote court sur une seule ligne en haut de la plupart des pages partitionnées)

Non, c'est seulement à dix-neuf ans, au cours de ma première année à Queen's College, que j'ai eu des relations sexuelles véritables. A un concert des œuvres de Boulez j'avais rencontré un garçon dont le nom m'échappe aujourd'hui, quelque chose de très littéraire genre Aurelio, ou Arcadio, ou Archibaldo. Il était paraguayen, je crois. Je l'avais revu deux ou trois fois, et il m'avait invité à dîner chez lui. Il habitait une maison moderne, à Summertown, au nord de la ville, près de l'anneau périphérique. Et j'étais en train de faire l'amour avec lui, à grands bruits de part et d'autre, lorsqu'est entrée dans la chambre sa maîtresse, une femme plus âgée que lui et qui l'entretenait plus ou moins, je crois. [...] Elle était supposée être à Winchester, où son fils faisait ses études. Pas un mot ne fut échangé entre nous. Mais Archie vint me voir à Paris, pendant les vacances suivantes. J'habitais alors rue Lalo, chez une grosse femme à moitié folle, et ne pouvais le loger. Mais je l'ai installé rue Traversière, dans le douzième arrondissement, chez un de mes amis qui eut avec lui, je ne l'appris que longtemps après, et ni par l'un ni par l'autre, de très intenses, durables et mouvementées relations.
Ibid., p.229