Cependant on ne se débarrasse pas si facilement d’un homme qui a mûri quarante ans son projet. Il a fallu quelques détours, le chemin n'était pas facile et d'ailleurs il n'y en avait pas, la pente était par endroits assez rude, mais ce sommet à l'obélisque, nous avons fini par le vaincre. Le monument porte une inscription presque effacée. D'après ce que nous avons pu déchiffrer en y mettant les doigts — Et in Arcadio ego —, il a été érigé à la mémoire et en l'honneur d'un certain Thomas Graham Quelque chose, vraiment on ne pouvait pas lire la dernière partie du nom : Lillingworth, Londonworth, Lisleywell?

En note de bas de page:
Il pourrait s'agir — ce n'est qu'une hypothèse — de Thomas Graham, baron Lynedoch, général britannique, né dans le comté de Perth en 1748, mort à Londres en 1843. Il servit sous Wellington et remporta en Espagne la bataille de Barossa (1811). A l'âge de quatre-vingt-douze ans, se trouvant à Genève, il rentra précipitamment à Edimbourg parce que la reine Victoria devait y être reçu...

Renaud Camus, Rannoch Moor, p.436



Ce qui me parle ou me plaît dans ce passage:

- «le chemin n'était pas facile et d'ailleurs il n'y en avait pas» : au degré zéro cette phrase est stupide, au deuxième degré elle est absurde, au premier degré, nous savons exactement ce qu'elle veut dire.
- «ce que nous avons pu déchiffrer en y mettant les doigts» : le braille, mais aussi Saint Thomas : heureux ceux qui croiront... (Je suis à jamais une Saint Thomas, je veux des preuves. Je suis totalement du côté du combat avec l'ange (rien à voir avec le sujet, mais c'est le gin)).
- le "précipitamment" de la note de bas de page. Précipitamment, en 1840, de Genève à Edimbourg : qu'est-ce que cela veut dire? Combien de relais, combien de chevaux? (Que j'aurais aimé cela. Dieu fasse qu'à quatre-vingt-douze ans...)
(Qui me donnera la référence du livre d'Alexandre Dumas où dans les premières pages (ou les premiers chapitres?) un héros parcourt Paris-Bordeaux en six jours?)



PS: Pages 178-179 de L'Amour l'Automne.