Le dîner, bien que très recherché, apparemment, n'inspire aux narrateurs que des commentaires très défavorables, qui s'élargissent jusqu'à mettre en cause toute la cuisine américaine, ou presque, et surtout celle des intellectuels qui veulent faire français et « sombrent dans un nominalisme délirant ». Tous les plats sont décorés de noms aussi ronflants les uns que les autres, et il n'entre jamais moins de dix ou douze éléments divers, aussi éloignés que possible les uns des autres, dans leur composition. [...] Ceux qui les ont confectionnés en parlent très savamment, et récitent un livre. Mais les mots, dans leurs phrases, n'ont de valeur que pour eux-mêmes, ou pour l'effet recherché. Car les choses qu'ils désignent sont en fait toutes les mêmes, aussi absolument dépourvues de goût, de consistance et de saveur. Cependant, comme les interminables recettes ont été suivies à la lettre, chacun est persuadé de manger des mets exquis, tout en ne dégustant que les syllabes Filet mignon.

La cuisine américaine aurait été victime de sa prétention, ou de sa modestie, de son désir d'imiter en tout cas les grandes cuisines étrangères. Les quelques plats indigènes de mérite, et il y en a, on semble en avoir honte, et tel restaurant se croirait déshonoré d'inscrire sur sa carte un T-Bone Steack, qui publie d'innommables Tournedos Belle-Hélène, quand ce ne sont pas des Epigrammes de Filets de Sole Bercy, des Côtelettes de Marcassin Saint-Marc ou un Pain de Lièvre en Belle-Vue. **

** La politique des grands restaurants américains relève généralement de ce que Renaud, l'organiste qui collectionne les horloges anciennes, appelle la cuisine-tapette (et dont l'archétype serait, selon lui, les petits pois farcis aux câpres).

Renaud Camus, Été (1982), p.82


Qui donc disait jadis que le comble de la cuisine tapette (mais là je cite, vous pensez bien), c'était les petits pois farcis aux câpres? Zut, je crois que c'est moi qui ait dû l'écrire quelque part.

Renaud Camus, Notes sur les manières du temps (1985), p.209


Dans la moindre auberge de campagne on vous sert de minuscules pâtisseries très sophistiquées, dont j'ai bien peur qu'elles ne relèvent étroitement de ce que l'un de mes amis appelaient jadis la "cuisine tapette". La "cuisine tapette" (dont il donnait pour épitomé "les petits pois fourrés aux câpres" a fait d'affreux ravages dans le panorama de la gastronomie britannique, du haut en bas de l'échelle. Rendez-nous la bonne viande tout juste découpée, la mint sauce et l'english pudding!

Renaud Camus, Rannoch Moor (2006), p.425


There was Fricassée from the Rocher de Cancale. He mentioned Muriton of red tongue ; cauliflowers with velouté sauce ; veal à la St Menehoult ; marinade à la St Florentin ; and orange jellies en mosaïques.

Edgar Allan Poe, Leonizing