Une vieille question (Ou : Où la littérature a réponse à tout)

Et elles assistent toutes les deux, plusieurs années plus tard, à la première représentation de Louise, par une troupe locale, ou bien venue de Lyon.
Denis Duparc, Echange p.54

Le grand air de Louise, tel surtout que l'interprète admirablement Berthe Mormant, me fait toujours penser à cette histoire idiote des années soixante : deux filles sont en grande conversation : — Est-ce que tu fumes après l'amour ? demande l'une. — Je ne sais pas, je n'ai jamais regardé. » [...] Je vois toujours Louise fumante après l'amour.
Renaud Camus, Eté, p.403


Life Story, de Tennessee Williams

After you have been to bed together for the first time,
without the advantage or disadvantage of any prior acquaintance,
the other party very often says to you,
Tell me about yourself, I want to know all about you,
what's your story ? And you think may be they really and truly do

sincerely want to know your life story, and so you light up
a cigarette and begin to tell it to them, the two of you
lying together in completely relaxed positions
like a pair of rag dolls a bored child dropped on a bed.

You tell them your story, or as much of your story
as time or a fair degree of prudence allows, and they say, Oh, oh, oh,
oh, oh,
each time a little more faintly, until the oh
is just an audible breath, and then of course

there is some interruption. Slow room service comes up
with a bowl of melting ice cubes, or one of you rises to pee
and gaze at himself with mild astonishment in the bathroom miror.
And then, the firts thing you know, before you've had time
to pick up where you left off with your enthralling life story,
they are telling you their life story, exactly as they intended to all
along,

and you are saying, Oh, oh, oh, oh, oh,
each time a little more faintly, the vowel at last becoming
no more than an audible sigh,
as the elevator, halfway down the corridor and a turn to the left,
draws one last, long deep breath of exhaustion
and stops breathing forever. Then ?

Well, one of you falls asleep
and the other one does likewise with a lighted cigarette in his mouth,
and that's how people burn to death in hotel rooms.



traduction française ici

(RC travaille actuellement à une Anthologie de l'amour des hommes. Il a mis ce poème en ligne sur la SLRC il y a un an, j'ai bien ri de constater il y a quelques jours en relisant Été que la question le travaillait depuis longtemps)


Notes du jour (enfin, d'hier)

- Je viens de recevoir un Il Giardino dei Finzi-Contini de 1962. Ce fut difficile! La référence de l'exergue de Passage est donc identifiée : «Giocate, giocate pure : non è di voi che stiamo parlando», p.83 Einaudi 1962.
- Conseils de lecture avant Travers III : lire les contes de Poe, en particulier Leonizing, William Wilson, The gold Bug (ce dernier titre est analysé par Ricardou dans Pour une théorie du Nouveau Roman; on trouve «Will I am» dans Été.) (C'est l'un de mes grands jeux : faire des paris sur les livres nécessaires à la lecture des prochaines Eglogues. Ce retournement temporel m'amuse beaucoup. (J'essaie de prendre de l'avance, aussi.) Je rappelle que nous bénéficions d'un délit d'initiés grâce à ce message.)
- lecture en cours : Pour une théorie du nouveau roman. «l'idéologie de Tel Quel», p.18 : exactement le titre de l'un des mémoires de fin d'études de RC.
- livres reçus hier : Bassani et Kristeva, La Folle Vérité.

Mise à jour le 4 mars 2008

Sans rapport direct avec Renaud Camus, je copie ici afin de la "thésauriser" une analyse de Louise venue des études proustiennes:

DE CHARPENTIER À WAGNER : TRANSFIGURATIONS MUSICALES DANS LES CRIS DE PARIS CHEZ PROUST
Cécile Leblanc Dans Revue d'histoire littéraire de la France 2007/4
Le véritable sujet de Louise de Gustave Charpentier, « roman musical » créé à l’Opéra Comique le 2 février 1900, est l’irrésistible pôle d’attraction, le symbole du plaisir physique que constituent les mélopées lancées par les marchands ambulants de Paris, ville de l’amour libre et de la fête des sens. Ce « stupide opéra », comme Proust le qualifie dans une lettre à Halévy, a contribué à enrichir le fonds hypotextuel des célèbres pages de La Prisonnière qui décrivent la fascination et la répulsion du narrateur pour la vulgarité et la crudité émanées des invites de la rue. Chez Charpentier comme chez Proust, les cris de Paris sont des révélateurs symboliques de l’obscur d’une conscience humaine qui échappe à toute vigilance : Louise s’achève, comme La Prisonnière, sur une fuite, facilitée, sinon justifiée par l’appel des nourritures criées. Louise correspond exactement à ces aliments que « personnellement » le narrateur déteste mais qui se révèlent « fort au goût d’Albertine ». Bien des indices du texte, du mot « Ouverture » à l’isotopie « vieille France » semblent renvoyer à la tradition de l’opéra français du XIXe siècle symbolisée par Gounod et Massenet dont Reynaldo Hahn, comme Charpentier, était un élève et admirateur inconditionnel. Mais, dans un savant palimpseste, Proust discerne ce que le passage chez Charpentier avait de moderne et d’insolite en le rapprochant du modèle debussyste et insiste sur l’atmosphère de reverdie de ce dimanche de fête dont l’enchantement évoque aussi Parsifal. Ainsi cette page est symbolique du parcours culturel et de l’évolution des goûts musicaux de Proust lui-même et permet au narrateur de réaliser l’une des expériences spirituelles indispensable à la réalisation de son œuvre.

bibliographie sommaire

Conseils de lecture avant Travers III : lire les contes de Poe, en particulier Leonizing, William Wilson, The gold Bug. (Ce dernier titre, Le scarabée d'or, est analysé par Ricardou dans Pour une théorie du Nouveau Roman; on trouve «Will I am» dans Été.)

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