Sophie trouve à présent que l'actuelle attitude de Paul témoigne d'une certaine mécompréhension de ce qu'est mon journal et de ce qu'il implique des relations entre ses personnages, d'une part, entre ses personnages et l'auteur d'autre part. Je n'irai peut-être pas jusque là, mais il est vrai que Paul est bien susceptible, dans le cas particulier – d'ailleurs il ne se cache pas de l'être, de façon générale; et je serais mal placé pour le lui reprocher.
Mais enfin il se vérifie une fois de plus à quel point ce journal est une arme redoutable, y compris pour celui qui l'a entre les mains, je. Pierre, Flatters et moi en avons longuement parlé hier soir, au cours d'un très agréable dîner rue Berger. Flatters estime que lui-même, Pierre, les chiens Hapax et Horla sont les seuls personnages qui se tirent bien du portrait que je fais d'eux – près réflexion il ajoute à cette courte liste le gendarme Eliézer, très aimé des lecteurs en effet; et, en remontant plus loin dans le temps, Jean Puyaubert, bien sûr, et Roland Barthes; plus, d'une façon générale, et à de notables exceptions près, mes amants, à commencer par Rodolfo. Bref, très peu de monde : Flatters estime que pour les autres personnages de ma vie, le journal, pour le dire vite, est "peu gratifiant".
[...]
Et d'ajouter :
«Personne ne pourrait en être content.»
Bigre...

Rannoch Moor, p.335-336

Pour ma part, je crois qu'on ne comprend "ce qu'est le journal" que tant qu'on n'est pas concerné. D'autre part, le rôle de défouloir (et donc toujours désagréable) du journal ne doit pas être minimisé, enfin, la phrase «le journal a toujours un dangereux effet grossissant» (Rannoch Moor, p.231) est extrêmement juste.




Lors de l'Assemblée générale de la Société des lecteurs en juin 2006, j'ai eu l'occasion de dire que j'avais rencontré Renaud Camus plusieurs fois, et qu'il m'avait demandé quand aurait lieu une autre rencontre du type de celle d'octobre 2003 : il serait heureux, apparemment, de renouveler l'aventure.
Les deux ou trois lecteurs que j'avais rencontrés à Plieux ont souri un peu jaune : «Ah bon, cela lui a plu? On ne le dirait pas à lire le journal, il ne relève que ce qui s'est mal passé...»

J'espère les avoir rassurés.