Suivant le principe du "Sans Blog Fixe", ce billet a été écrit et rédigé par francofou, qui me l'a envoyé par mail.


Je conçois un lecteur, M. L.
M. L. a une parfaite maîtrise de la langue française (ce n’est certainement pas mon cas). Mais, pour des raisons inconnues, il ne sait absolument rien de la littérature française ou autre. Il ne connaît pas non plus les monuments de la musique, de l’art, de l’architecture, du cinéma. Un jour, chez un ami, isolé dans sa chambre, il n’a rien à faire et il s’ennuie. Il ouvre par hazard le Passage de Camus et commence à le lire. Par définition, les noms propres lui son inconnus. Les citations et les allusions ne lui disent rient: il ne sait même pas qu’il s’agit de citations ou d’allusions.
Mais, lisant parfaitement la langue et doué d’une certaine sensibilité, il est bientôt conscient de la “musicalité” du livre: les répétitions, le retour des thèmes et des images, le tissage très composé qu’il trouve dans ces pages. Et il est ému, fasciné par ce qu’il lit.
Il me semble que ce que trouve M. L. dans le roman constitue le fond de sa beauté et que cette beauté-là suffit pour que ce soit un roman extraordinaire. On n’a pas “besoin” d’aller plus loin.
Bien sûr, la conscience des allusions — Duras, Sand, Robbe-Grillet et autres — et les jeux sémantiques — Indes, Robert Indiana, India Song, etc,. — ainsi que des souvenirs personnels d’une enfance auvergnate, ajoutent d’autres couches à la lecture et l’enrichissent encore. Mais cette conscience-là, sans la lecture “naïve” de M. L., risque de réduire le texte à un roman à clé (ou pire: un sujet de thèse).