64. [...] «Si je descendais les Champs-Elysées entre Borges et Nabokov, reconnaissait jadis Bernard Pivot, c'est à moi que l'on demanderait des autographes, pas à eux.» La province, en cela, est comme les Champs-Elysées (haut lieu provincial de Paris, d'ailleurs, où les Parisiens ne mettent jamais les pieds): elle demandera toujours des autographes à Bernard Pivot plutôt qu'à Nabokov. (66)
65. En quoi elle aura bien raison, et prouvera une fois de plus son profond bon sens: car demander un autographe à Nabokov aurait été une absurdité, tandis qu'à Bernard Pivot c'est parfaitement cohérent...
Renaus Camus, P.A., p.31

Christian Giudicelli disait drôlement, et très pertinemment, la semaine dernière:
«Pour que Proust soit invité à la télévision aujourd'hui, il faudrait une émission sur l'asthme.»
Renaud Camus, Rannoch Moor, p.681

Ces notations n'arrivent pas à m'indigner. Elles me font rire. Il est possible qu'elles flattent mon complexe de supériorité, mais je n'en suis même pas sûre: je n'aurais pas reconnu Borges et Nabokov (Pivot, peut-être), et les aurais-je reconnus, je ne leur aurais pas demandé d'autographe. C'est ce que remarque le §65 : ceux qui demandent un autographe à Pivot ne lisent pas Nabokov et Borges, ceux qui les lisent ne leur demanderaient pas d'autographe.