Matoo m'avait involontairement donné l'idée d'organiser une réunion de blogueurs pour la sortie du Journal de Travers ou de Travers III (dans mon idée, le premier qui sortait faisait l'affaire).

Le 16 mars, Fayard accepte de me fournir les livres et me les promet pour le 31. La parution a un mois de retard environ, le travail éditorial est énorme me dit-on, trois millions de signes, et un index épouvantablement compliqué à mettre au point.
Habitée par le doute, mais résolue à tenter la chance, je lance mes invitations. La liste combine trois types de blogueurs : les "amis" (connaissances, commentaires croisés chez les uns et les autres, etc) que je pense susceptibles d'être intéressés, les lecteurs camusiens trouvés par Google, les blogueurs recommandés par d'autres blogueurs. L'idée est d'élargir le cercle et de sortir des lecteurs habituels et déjà convaincus (car à quoi bon faire lire Renaud Camus à ceux qui lisent Renaud Camus?)

Dans les semaines précédant la rencontre, Renaud Camus me demande: «Est-il vraiment utile que je sois là?»[1], ce qui me laisse interloquée: «Euh... c'est vous qu'ils viennent voir, vous savez.» Jean-Paul Marcheschi, qui à mon grand plaisir proposera d'accueillir la rencontre (son appartement offre une vue magnifique sur Saint-Eustache), me dira à peu près la même chose; il me faudra le convaincre de ne pas s'éclipser: «Mais si, restez je vous assure, les lecteurs ont envie de vous rencontrer, vous ne vous rendez pas compte».

Fayard m'a dit de rappeler le 28 mars, après le salon du livre. Le 26, une autre source m'apprend que le livre est chez l'imprimeur et que tout semble bien se passer.
«Mais qu'est-ce que je fais si je n'ai pas les livres?» (J'ai finalement récupéré les cartons chez Fayard vendredi matin (le 30), mais ne les ai ouverts que le soir pour vérifier leur contenu. «Tu aurais pu découvrir quarante exemplaires du livre d'Éric Besson sur Ségolène Royal», me fait remarquer finement Guillaume que je déteste aussitôt tout en admirant qu'il puisse se trouver quelqu'un de plus pessimiste que moi); «Combien de bouteilles de champagne?» (il n'y en avait pas assez, je n'ai pas écouté Didier); «Combien de petits fours?» (je n'ai pas écouté la pâtissière, il y en avait trop); «Mais comment je vais faire pour garer et décharger la voiture?» (me lamentais-je au téléphone auprès de Rémi, assise au volant et garée sur un emplacement de livraison tandis que l'homme de la fourrière me faisait signe de partir pour qu'il pût remorquer les autres véhicules garés devant moi. Mes nerfs lâchaient, j'ai imaginé la voiture disparaître à la fourrière avec les livres, les bouteilles et les petits gâteaux... Il était 14 heures; Rémi m'a invitée à déjeuner et aidée à décharger la voiture après que j'eus exprimé toute mon angoisse —«Le champagne va être chaud»— au cours d'un repas où je bus une pinte et demi de guiness en mangeant des camemberts rôtis au sirop d'érable.)

Puis tout s'est enchaîné et mes souvenirs ne sont pas très nets. Ils le deviendront davantage dans les prochains jours, je le sais. Je sais aussi que j'hésite à donner des noms (sauf ceux des blogueurs qui en ont déjà parlé[2]) parce que je crains d'être indiscrète... Je sais que je suis bien embarrassée d'avoir tendue cette sorte de guet-apens à des blogueurs qui vont peut-être se sentir obligés de "dire du bien" (mais non, faites ce que vous voulez, ce qui m'importe, c'est que les livres soient jugés sur pièce, après lecture, et non sur un préjugé), d'autant plus que ce n'est pas forcément le plus facile des journaux. Je sais que j'ai tort de m'inquiéter, rien n'entame le flegme des blogueurs.

Osons être sentimentale et sincère trente secondes, le temps d'avouer que j'étais très heureuse d'inviter ces blogueurs, touchée et émue qu'ils acceptent d'abandonner leurs occupations ou obligations pour venir (certains de loin), et enchantée de les voir tous réunis cette après-midi-là, dans cet appartement que je trouve si agréable, autour de l'auteur français contemporain qui me semble le plus valable.

Tard le soir Tlön engage une discussion sur les avantages comparés de Romain Duris et Guillaume Depardieu avec Pierre et Jean-Paul Marcheschi. Je n'ai pas suivi de près, il me semble avoir compris que l'un de ces acteurs se retrouve régulièrement dépoitraillé dans les scènes qu'il tourne, ou était-ce un troisième? Tlön faisant remarquer qu'il n'apprécie pas beaucoup Jeanne Balibar, Pierre lui répond du tac au tac: «Normal, vous aimez les femmes». Toujours est-il qu'apparemment les mères de Tlön et de M.Pierre ont inculqué la même règle à leurs fils: on ne dit jamais à une femme qu'elle est laide. Mais sans doute la mère de Tlön a-t-elle oublié de lui apprendre qu'on ne demande pas son âge à une dame. Ou alors il avait trop bu. Ou je suis plus vieux jeu que la mère de Tlön. Ou j'aime taquiner Tlön. Comme de juste, ce n'est pas incompatible.

Notes

[1] Il habite le Gers.

[2] mise à jour le 3 avril: voir Gvgvsse, Philippe et Philippe et l'excellent billet de Damien