Donc 3 / 7 / 9 / 17 / 31 / 39 / 73 / 79 / 93 / 97 / 131 / 137 / 173 / 197 / 379 / 793 / 937 / 739 / 397 / 193 / 179 / 137 / 133 / 99 / 91 / 79 / 73 / 37 / 31 / 19 / 13 / 9 / 7 / 3
Renaud Camus, L'Amour l'Automne, p.517

Soit 179 caractères. J'aime les contraintes qui se respectent elles-mêmes en s'énonçant, caractère de self-fulfilling prophecy.

Le dernier chapitre de L'Amour l'Automne apparaît donc comme un ressac, vagues dissymétriques mais régulières: phrases (si l'on peut dire: mots, lambeaux, phrase, phrases, paragraphes) de 3 caractères puis 7 puis 9 puis...
De nouveau la contrainte s'appuie sur le nombre de caractères, et l'on dirait un cours de typographie : trois points de suspension ne compte que pour un caractère (« Ça...» ne comptera donc que pour trois), une mise en page en forme de vers évitera une espace à la fin de chaque vers, et les guillemets anglais deux espaces insécables :

Ils disent "Carnet du jour",
ce n'est pas autre chose
— Vérifie par toi-même —
que la liste des morts.
p.534 (99 caractères)

Ce qui est amusant dans cette contrainte, c'est qu'elle est invisible tant qu'on ne comprend pas les indications données (qui s'amuserait à compter les caractères d'un lambeau de phrase?), puis une fois qu'on l'a repérée, c'est de constater les formes qu'elle prend, le plus surprenant étant toujours la forme parfaite, la phrase comme unité de sens suffisante: dès que la phrase a suffisamment de sens, on ne ressent plus le besoin d'une contrainte pour l'expliquer. Ce n'est que lorqu'elle est incompréhensible ou qu'elle s'interrompt brutalement, parfois au milieu d'un mot, que l'on éprouve le besoin de trouver à l'extérieur d'elle une explication à sa forme : quoi qu'il arrive, il faut soit un sens, soit une raison.

Le dernier chapitre n'est donc qu'un ressac qui reprend tous les thèmes du livre, de façon relativement explicite.
Dans les nombres signifiants, on retrouve 937 et 173, 937 est le nombre de caractères des 173 textes courts du chapitre 5.

Les chiffres sont donc une autre clé, moins profuse que la lettre, de L'Amour l'Automne, et des Travers en général.
Le chiffre est aussi le service de codage, d'encodage, le service chargé de chiffrer et déchiffrer les messages secrets.

Les chiffres et nombres signifiants sont le 3, 7, 9, 13. 7, c'est le nombre de jours de la semaine et de chapitres des Travers. Pour le reste, quelques explications apparaissent dans Été :

********* Trézène, in case you are wondering, s'appuie sur 13**********, évidemment, comme douzaine sur 12.
********** Qui paraît être dans les Églogues le chiffre de la mort, surtout lorsqu'il est rapproché du 9. La grand-mère du narrateur, dans Échange, meurt dans le treizième arrondissement, sans doute en 1973. Le mari de la tante Marie se loge une balle dans le crâne, en 1930, pour des raisons qui ne sont jamais vraiment expliquées, mais dont on se fera sans nul doute, plus tard, une ou plusieurs idées claires (pp. 57-58). La maison de Sarrans est éteinte depuis 1033 (p. 60). Honoré Champion meurt en 1913 (p. 77), Maupassant en 1893 (p. 106) et Marchand, le marin, à l'île de France, en 1793 (p. 109). La dernière fois que je l'ai rencontrée, dit Marianne de Mlle Duchamp, la fausse indigente dont le père avait soigné Georgette Leblanc, elle portait le même chapeau en feutre que je lui voyais dans les bois, au-dessus de Bellevue, en 1913, l'année de la mort de son père. Il s'agit de l'autre asile, celui-ci réservé aux fous à lier, ou bien qui présentent un danger quelconque (p. 100). Duparc meurt en 1933, et Roussel également, à Palerme, au Grand Hôtel et des Palmes, où furent écrites plusieurs sections de Parsifal. De grâce, quelques pas de plus. De grâce, quelques pas encore (il n'est pas sûr d'oser vraiment le comprendre).

Qu'il est facile et agréable de (pourtant). Le véritable nom de Remarque est Kramer. Un filet de sang se répand sur le tapis (p. 143). Etc.

Et encore p. 236, tjs dans le même volume:

« Après un mieux passager, son état empire et il meurt seul, dans la nuit du 13. On prend de son visage un masque de cire et il est enterré, deux jours après, sous la neige, en présence du consul d'Angleterre à Berne, et à la voix d'un ténor qui chante un air de Monteverdi. Une lyre, inscrite dans une couronne verte, sans fleurs, est la seule allusion à son pays d'origine. Le soleil ne se montre pas. Le soleil ne se montre pas. Je me demande d'où vient l'air dont il est question, apparemment non mentionné par Roche, en tout cas sous le titre qu'indique Ellmann, Addio terra, addio cielo ; et s'il a quelque chose à voir avec celui que chante Octavie, au second acte du Couronnement : Addio Roma, addio patria. En tout cas, ce n'est certainement pas par hasard si La Mort à Venise est publiée pour la première fois en 1913 ; ni si Jeux, de Debussy, est créé la même année. (C'est encore la première ; et c'est toujours la Seule, — ou c'est le seul moment.)
Jean-Renaud Camus, Denis Duvert, Été, p.21

(Les pages indiquées entre parenthèses dans cet extrait renvoient aux pages d'Échange).