Avec l'automne il faut décrocher le diptyque de Marcheschi, Vanité (crâne d'un côté, chandelle, de l'autre), parce que le soleil plus bas entre plus avant dans les salles, et nuit aux œuvres sur papier, surtout quand elles sont en couleur.
Renaud Camus, L'Amour l'Automne p.156

Nous avons jugé plus prudent de décrocher le Marcheschi, à cause du soleil.
Ibid, p.198

          (source)


La tête de mort sur fond rouge qui semble désigner au regard, à travers la fenêtre, le paysage alentour, en contrebas, et vouloir, par la suggestion de ses orbites vides, le mener jusqu'à ce vide – puisque l'œuvre est accrochée dans la profonde embrasure en oblique de cette croisée, la plus proche du bureau, la dernière au fond de la bibliothèque–, appartient à une période de transition, chez Marcheschi: car si les vives couleurs des débuts sont encore bien présentes la suie de l'avenir est déjà là elle aussi, et c'est de fumerolles que ce crâne est rempi, que ce nez tronqué s'obscurcit, que ces dents déchaussées sont noircies; à telle enseigne que la bougie qui, dans son cadre à elle, est en vis-à-vis de ce memento mori, et qui compose avec lui une véritable vanité baroque, est à la fois l'objet de la figuration et la désignation de son moyen, à savoir le feu, comme en tout ce qui va suivre dans le corpus de l'artiste.
Ibid, p.396


Les extraits suivants proviennent du chapitre VI de L'Amour l'Automne, sans doute le plus difficile du livre. Les coupes auxquelles je procède sont déjà des interprétations (as usual, bien sûr, mais bien davantage que d'habitude: des hypothèses autant que des interprétations.) Je manque de moyens typographiques, parfois je coupe dans le texte et l'indique entre crochets de la manière classique [...], d'autre fois je copie le texte mais place des mots entre crochets, indiquant qu'à mon avis il s'agit d'une incise entre des lambeaux de phrases qu'on peut exclure de la lecture si on cherche à construire un sens autour du tableau Vanité et de son emplacement près du bureau de l'écrivain.
De même, afin de permettre de retrouver les passages, je vais à la ligne à la fin de chaque page citée: le texte se présente en réalité d'un bloc, sans césure ni ponctuation.
Ces coupures brutales permettent de comprendre où "veut en venir" l'écrivain, mais a bien entendu l'inconvénient de faire disparaître l'effet de fondu, de transition, provoqué par le procédé, et donc d'enlever une grande part de l'intérêt de la construction, qui est de (tenter de) rendre la multiplicité du lieu et de l'instant, l'afflux d'images et de pensées et de sensations contenant tous les lieux et les instants et les lectures d'une vie convoqués par association d'idées en regardant par la fenêtre d'une tour, fenêtre encadrée de deux tableaux évoquant une Vanité baroque.

                                            [Argument: je, à sa table de travail, tourne la tête
vers la gauche pour contempler à travers la fenêtre le
paysage d'automne, entre lui et la campagne en
contrebas, dans l'embrasure aux parois obliques,
assez profonde, sont accrochés deux peintures sous
verre aux couleurs vives, qui composent ensemble,
crâne, bougie, une sorte de Vanité.]

rvant en somme de de de transition vers la vers le vers le guidant le regard au moyen de son propre re de ses de ses orbites creuses étonnament capables de oui tout à fait comme quoi ce ne sont pas les non non non non une abseeeennnnce peut très bien un vide un creux des yeux qui n'y sont pas les yeux des [...] (p.487)
[...] vous servant de transition en somme vers la campagne vers l'espace ouvert vers l'air vers le faîte des grands dont une branche venait la nuit [...] contre la lampe dans l'embrasure de la à mi-chemin entre ce bureau cette table ce bureau ce cette [...] «cette réduction of lovely evenings to cet écran tout cet écrin de verdure autour de cette jolie campagne recueillie étendue recueillie profonde où des de ce carnet de ce cahier cette page aux petits caractères droits noirs serrés étonnamment régu [...] "where you are not there et le paysage quand vous n'y êtes pas sujet et objet et la nature de la réalité [she said Heavens et] la servant de de de de en somme en fait en somme à la fois et à la fois vous avez remar qui mais quelquefois en même temps c'est ça oui il y en a deux deux grands dessins servant de appelons ça comme encadrés sous verre c'est un point très mais est-ce bien du ah à ça je ne peux vous je n'y connais sur papier aquarelles [non non non absolu à quoi bon tecnica mista alors ça on peut le c'est rien de de ça mange pas de] le reflet le reflet de sorte que suivant l'angle suivant lequel suivant les yeux des morts [ne avrai un rammarico figlio me donnerez-vous au moins] et de nouveau une table [...] une fenêtre une table une embra et de nouveau [...] (p.489)
[...] est le cadre entre tous avec sa vue et la vue les vues debout aux fenêtres [...] est le cadre entre tous [...] le paysage se jetant par la se précipitant précipitant prenant son élan pour oui comme s'il voulait à la fois et à a fois en même temps se superposant à l'image du crâne [...] se font face dans l'embrasure de il faudrait faire un se serait plus simple si l'on pouvait faire un [...] l'autre dessin qui fait pendant [...] de l'autre est moins visible de l'endroit où je car il faut vraiment car il faudrait tourner beaucoup tourner la [...] ce sont des peintures oui des peintures à la peinture à la fumée la suie à l'aide de c'est une bougie c'est une chandelle allu c'est une Van en somme non l'ensemble je veux dire si on les ah si on les bien sûr c'est différent le dyptique en somme le comment diriez vous occupant les deux versants les deux comment dit-on les je ne sais pas si vous il faudrait faire un (p.490)
tout serait plus clair si seulement on pouvait faire un de la niche en somme les pans de la formant à eux deux (les dessins à la fois séparés et à la fois une Vanité formant vous savez au sens de ce dans la tradition bar à l'époque de pendant plusieurs à la fois de méditation et de «composition dit le Grand évoquant les fins pareil au jour revers d'un volet [...] du Tryptique Braque je ne sais pas si vous (Louvre [...] servant de transition vers le vers la vers l'air vers mon art le plus subtil j'aimerais le nommer [...] pour que la Vanité [...] pour que soit complète la l'allégorie la nature morte les "fins dernières comme disait Jean pour servir de rappel de de de de transition mon art le plus d'en somme étendu devant nous à nos pieds sous nos yeux par la fenêtre like a land of [...] mais comme on est dans une je vous le rappelle comme embrasure est creusée (cette ouverture cette alcôve cette espèce de niche il faudrait faire un ce serait plus simple de faire un non une peinture [...] des parois légèrement obliques creusé dans le percé dans la [...] c'est pourquoi quand il dit se font face rien jamais ne se fait il y a toujours un coment dit-on nor help for pain ce n'est donc pas tout à fait une puisque les tableaux puisque c'est le oui accrochés donc sur dans à les à la foix les tableaux d'une embrasure dans l'épaisseur de ce qui fait que oui il faudrait pour bien se faire un dessin une aquarelle non un pastel (p.491)
non non non pas du il y a de la peinture oui il y a bel et bien de la ce sont des peintures mélangée à la fumée même si ce sont des œuvres sur à la suie à la fois à la fumée de la de sorte que oui par excellence une œuvre de j'aimerais l'appeler puisque l'objet représenté je ne sais pas si vous il faudrait faire un à la fois sur les des de de de de l'embrasure est en même temps le moyen l'instrument le comment dit-on le de la non seulement mais de toutes les par excellence de transition mon art le plus j'aimerais le conduisant le guidant renvoyant le regard en somme à l'aide de son propre en même temps et en même temps de cette absence de ce de ces orbites vides creusées percées trouées tournées vers la en même temps à la fois le renvoyant comme si en même temps les morts nous mais en même temps d'abord vers le vide au-delà de l'au-delà des carreaux du dormant non du comment dit-on du panneau de la vitre de la ou bien elle est ouverte [...] oscillant au gré d'un vent léger infime léger [...] et ces carreaux petits carreaux du montant [...] de la fenêtre [...] des battants [...] il faudrait faire un pour bien se faire [...] comprendre et en même temps sont alors plaqués sur le crâne [...] de petits carreaux [...] quand elle est fermée à cause du verre à cause du vent du reflet de la transparence suivant l'angle de la superposent les images les confondent [...] (p.492)
[...] de lire entre les non pas exactement entre les lignes mais à la fois retenu empêché par l'arrivée d'épreuves à la tête de mort tournée vers la campagne vers l'air vers la vue vers le vide guidant le lui montrant le au moyen de ses à la fois les carreaux de la reflétés sur le et le à travers eux mais sur la même confondus mais pas car on peut décider de mais c'est un exercice de plus en plus fatigant difficile douloureux à la longue mental à la fois et fatigant pour les arbres le faîte des grands arbres déployés cotoyés étalés dominés à perte de la campagne d'automne [...] (p.493)

La suite du paragraphe va glisser vers des références au Horla de Maupassant, la transition s'effectuant par une allusion à la tombe du Horla, le chien bien-aimé enterré sous la fenêtre de son maître.

c'est là en bas oui sous cette fenêtre-là exactement au pied de derrière cette embra qu'est enterré le oui juste là que fut mis en terre le nous avons creusé comme des [Takes the dans les rayons comme si tous les livres de sorte que sur une carte un plan je veux dire à la fois et en même temps il faudrait faire un en même temps sur papier Ingres une représentation en deux dimenseulement si l'on ne tenait pas compte de la hauteur de profondeur de la à moins de trois mètres de trois centimètres de trois depending on l'échelle c'est une question de cet écran à partir de cet jusqu'à la tête de mort et encore moins du crâne jusqu'au jusqu'à la du chien Horla........ [...] (p.495)

La fin du chapitre se clôt sur une reprise du motif de la Vanité, les lettres écrites se reflétant dans les sous-verres ou les fenêtres, se mêlant au crâne, ouverture vers les rêves et les souvenirs, passage permettant d'échapper à la mort et d'atteindre la Zemble, c'est-à-dire de se fondre dans la littérature.

[...] la table devant la fenêtre la fenêtre et le milieu de l'amour avec ce peu sur lequel elle s'ouvre dans la toile le papier le vélin d'Arches le verre le reflet la transparence le mmmmmmmm sont taillés dans le même roc et peints de la même écriture noire serrée régulière serrée non pas se résigner mais au contraire une chose merveilleuse au-delà de la tombe commençait la mélange dans son regard son regard vide les yeux des ports au paysage à des plateaux et ces collines ces bois ces chevaliers ces paladins Orlando Rinaldo Tristano et tous ceux dont les noms qu'ils ont tellement courus ensemble sans parler de passages secrets corridors galeries souterraines plus anciennes que l'homme et le chien accourut en aboyant je voulus le saisir mais de la fenêtre le crâne aux dents de fumée ne voit à perte de vue que les petits caractères permettant de gagner à tous moments les pistes toujours ouvertes des clairières des cols des passages sur lesquels il pourra compter pour passer de l'autre côté pour le roi en exil de la Zemble n'est pas une corruption du faîte des grands arbres semblable à des
Ibid, p.506, derniers mots du chapitre VI


Or cette histoire de reflet, de transparence et de reflet, de surimpression ou de dédoublement d'images, d'autoportrait involontaire, aussi, éventuellement (avec le flash qui tache ou troue la photographie, souvent, parce que la vitre ou vitrine fait office de miroir), au autre exemple en est, outre la Vanité sous verre, ce crâne qu'on a dit, dans l'embrasure de la fenêtre («le jour ni l'heure»), un cliché pris chez Virginia Woolf, à Monk's House, dans le Sussex, ou plus exactement à son cabinet de travail au bout du jardin, avec la table de bois où sont étalés bien en ordre, près de quelques fleurs des champs dans un vase, le papier, l'encrier, le buvard, les plumes, tous les instruments de l'écriture mais aussi, confondu à cela, le visage du voyageur, qui regarde la pièce de l'extérieur, et même, à l'arrière (mais tout est mis à plat), la silhouette d'une inconnue qui passait, et dont on ne saura jamais rien.
Ibid, p.526