Au moment de payer, Christian sort son portefeuille Vuitton, devient très rouge, mais le montre en riant. Moi:
«Oh, le portefeuille, c'est admissible...»
Journal de Travers, p.183

tandis qu’Hervé opère un distinguo bien tranché entre les portefeuilles, sur lesquels il ferme les yeux, les bagages proprement dits, fâcheux, et les pochettes et sacs à main, qui lui font juger les gens « à première vue »
Buena Vista Park, p.19


(Raconté à Christian qu'à vingt ans un Italien (Claudio Bandini) m'avait séduit parce qu'il m'avait dit: «Moi, pour la nourriture, je me fiche de la qualité, tout ce qui m'intéresse c'est la quantité», ce qui était merveilleusement audacieux et rafraîchissant (et juste quand on a faim).)
Journal de Travers, p.345

Rafraîchissant
A vingt ans, je suis tombé amoureux, et je le suis resté pendant près de six mois, d’un garçon qui n’avait d’autre mérite que d’avoir dit :
— En ce qui concerne la nourriture, ce qui m’intéresse, moi, ce n’est pas la qualité, c’est la quantité.
Buena Vista Park, p.36


[Ainsi les paresseux excusent leur ignorance et leur incuriosité par la fatalité qui pousse tous les courants intellectuels à se révéler involontairement comme des modes (ce qu'ils sont toujours accessoirement), à s'affaiblir et à lasser, à disparaître: à quoi bon se fatiguer à lire Sartre, ou Tel Quel, ou Lacan, ou n'importe qui, puisque déjà plus personne n'en parle plus, ou que demain ce seront de vieilles lunes? De tout ce qui leur demanderait un effort intellectuel sérieux, ils attendent que ça passe.]
Journal de Travers, p.367

Ça va passer
X, chaque fois que passe une mode intellectuelle quelconque, qu’il s’agisse de Marx, de Freud (X est américain) ou du structuralisme, dit: —Chic, encore un tas de livres que je n’aurai pas besoin de lire.
De tout ce qui lui demanderait un effort quelconque, il attend que ça passe.
Buena Vista Park, p.86


Il enfourne la toile à matelas dans un grand sac de voyage Vuitton, et nous partons pour la rue de Lille. Mais, à mon grand amusement, il ne veut pas traverser Saint-Germain avec à la main son sac Vuitton, et donc nous passons par les quais.
Journal de Travers, p.519

Chris H. devant transporter des rideaux de la rue Dauphine à la rue du Bac, et n’ayant sous la main d’autre sac que Vuitton, plutôt que d’emprunter la rue de Buci et le boulevard, comme il l’aurait fait normalement, ou même la rue Jacob, fait un grand détour par le quai Malaquais, afin de n’être pas vu des terrasses de café ;
Buena Vista Park, p.18


Tiens, j'vous prends un exemple, tenez: à Clermont-Ferrand, dans les années cinquante, il était absolument impensable qu'une femme "comme il faut" fumât dans un lieu public.
Journal de Travers, p.552

Fumeuses
A Clermont-Ferrand, dans les années cinquante, les femmes n’étaient pas supposées fumer en public, et surtout pas en plein air : que je me souvienne, aucune audacieuse à l’esprit libre, indignée de son sexisme, pour narguer ce tacite interdit, mais seulement les prostituées de la rue des Minimes.
Buena Vista Park, p.67


tous les écrivains écrivent pour être aimés
Journal de Travers, p.534 /604

Pour être aimé
« (…) j’étais content d’avoir publié (endossant la niaiserie apparente de la remarque) que “ l’on écrit pour être aimé ” ; on me rapporte que M. D. a trouvé cette phrase idiote : elle n’est en effet supportable que si on la consomme au troisième degré : conscient de ce qu’elle a d’abord été touchante, et ensuite imbécile, vous avez enfin la liberté de la trouver peut-être juste (M. D. n’a pas su aller jusque-là). »
(R. B., p. 107-108)
Buena Vista Park, p.65