On y apprenait [durant une émission de France Musiques] qu'elle [Marguerite Duras] écoutait et réécoutait le Requiem de Mozart, les symphonies de Beethoven et les Passions de Bach — bref qu'elle n'aimait pas la musique, ou peut-être plutôt que la musique tenait peu de place dans sa vie, ce dont on se doutait un peu.
Renaud Camus, Corée l'absente, p.402

Cette phrase me fait rire et m'intéresse beaucoup. Je crois comprendre ce qu'elle veut dire, et cependant, je trouve "gonflé" (audacieux, impudent, exagéré) de l'écrire ainsi (mais écrit autrement ce serait moins frappant).
Transposons à un domaine que je maîtrise davantage:

«On y apprenait qu'il lisait et relisait Le père Goriot de Balzac, Madame Bovary de Flaubert et A la recherche du temps perdu de Proust — bref qu'il n'aimait pas la littérature, ou peut-être plutôt que la littérature tenait peu de place dans sa vie, ce dont on se doutait un peu.»
Est-ce qu'on peut vraiment écrire cela? Existe-t-il une configuration qui permette que cela soit vrai?

Ou est-ce que mes transpositions sont mal choisies?
«On y apprenait qu'il lisait et relisait La Maison du chat qui pelote de Balzac, Le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert et Les plaisirs et les jours de Proust — bref qu'il n'aimait pas la littérature, ou peut-être plutôt que la littérature tenait peu de place dans sa vie, ce dont on se doutait un peu.»

Qu'est-ce qui est en cause dans les goûts de Duras selon le jugement de Renaud Camus? le fait que ce sont des "non-goûts", des réponses passe-partout (auquel cas ma première transposition est bonne, et elle n'a pas de sens: quelqu'un qui "lirait et relirait" les œuvres que j'ai proposées aimerait la littérature), ou le fait que ce sont des œuvres "faciles"?


édit le 17/08/2008

Cette remarque sur Marguerite Duras est sans doute à rapprocher de cette explication sur les "états culturels" en peinture.