Les premières lignes de Corée l'absente m'ont troublée parce qu'elles m'ont rappelé quelques lignes de Vigiles que j'avais postées sur le site de la SLRC et à propos desquelles un lecteur m'avait écrit, tout à la fois fort aimablement et avec virulence.

jeudi 1er janvier 2004. Pierre, qui a pris de moi la manie, quand il se rend aux cabinets, d'emporter avec lui un livre pris au passage, presque au hasard, en revient dans un bruit de chasse d'eau, avec cette strophe d'Aragon :
Que vous soit une leçon
D'aller faire des cabrioles
À la Saint-Jean dans les moissons
Entre Saint-Flour et Terrasson.

Renaud Camus, premières lignes de Corée l'absente


Incidents, le petit recueil de pages de journal intime de Barthes, qui paraît ces jours-ci, est bien triste. [...]
Je feuillette la mince plaquette aux cabinets et tombe sur ceci: «Renaud C. [Mon sang ne fait qu'un tour. Et s'il allait dire sur moi des horreurs, dans ce journal où il se montre tellement "sincère"?] Renaud C. passe, tout bleu, des yeux à la chemise; je ne connais pas d'être moins [aïe] métaphysique [ouf, ça va...] — c'est-à-dire plus ironique (avec le léger désagrément que cela comporte).» Moins métaphysique, il n'a pas tort; encore que... je dirais plutôt moins religieux, mais après tout ce n'est pas moi qui tient ce journal-là. Et tant pis pour le "léger désagrément"...

Renaud Camus, Vigiles p.18

Ce lecteur soupçonnait que l'association Barthes/cabinets en disait long sur les véritables sentiments (conscients ou inconscients) que nourrissait Renaud Camus envers Barthes (et donc également envers Aragon?)
Que répondre à cela? Tout lecteur aborde un livre avec ses préjugés, ses soupçons ou son indulgence. Mon correspondant semblait déborder de méfiance. (rectificatif: En fait, il vient de me préciser dans les commentaires qu'il déborde de lucidité).
Peut-on réellement supposer que l'on dégrade l'auteur qu'on lit aux W.C.?

A cause de ce souvenir, le début de Corée l'absente provoque chez moi une gêne vague, un peu d'ennui.