Véhesse

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samedi 16 février 2008

Intermède

En attendant les transcriptions de mardi dernier (rien aujourd'hui, et peut-être rien demain), vous pouvez lire Les sept femmes de Barbe-bleue d'Anatole France et La légende de Saint Julien l'Hospitalier de Flaubert utilisés lors du séminaire. Compagnon a également fait référence à ce texte de Gilbert Ryle.

Je signale à lecteur que j'ai mis en ligne la citation exacte du texte sur l'éléphant. Une note précise à propos de cet éléphant : «Le compte rendu que Thibaudet a consacré au Tour du monde d'un sceptique d'Aldoux Huxley (Candide, 8 septembre 1932) est tout entier construit autour de l'apologue de l'éléphant, qui fait partie du répertoire d'histoires drôles de l'entre-deux-guerres.» (Réflexions sur la littérature, note de bas de page, p.987)

D'autre part, je connais une variante de l'apologue de l'éléphant, c'est une histoire de chameau, publiée dans Le Pélerin en septembre 1929, citée en exergue de Génération: tome1, Les années de rêve, d'Hervé Hamon et Patrick Rotman. Je la conserve dans mon portefeuille depuis 1987:
Un Français, un Anglais et un Allemand furent chargés d'une étude sur le chameau.
Le Français alla au jardin des Plantes, y passa une demi-heure, interrogea le gardien, jeta du pain au chameau, le taquina avec le bout de son parapluie, et, rentré chez lui, écrivit pour son journal un feuilleton plein d'aperçus piquants et spirituels.
L'Anglais, emportant son panier à thé et son matériel de campement, alla planter sa tente dans les pays d'Orient et en rapporta, après un séjour de deux ou trois ans, un gros volume bourré de faits sans ordre ni conclusion, mais d'une réelle valeur documentaire.
Quant à l'Allemand, plein de mépris pour la frivolité du Français et l'absence d'idées générales de l'Anglais, il s'enferma dans sa chambre pour y rédiger un ouvrage en plusieurs volumes intitulé: Idée du chameau tiré de la conception du Moi.

[Passage] Le pluriel du texte

Le Texte est pluriel. Cela ne veut pas dire seulement qu'il a plusieurs sens, mais qu'il accomplit le pluriel même du sens : un pluriel irréductible (et non pas seulement acceptable). Le Texte n'est pas coexistence de sens, mais passage1 traversée ; il ne peut donc relever d'une interprétation, même libérale, mais d'une explosion, d'une dissémination. Le pluriel du Texte tient, en effet, non à l'ambiguïté de ses contenus, mais à ce que l'on pourrait appeler la pluralité stéréographique des signifiants qui le tissent (étymologiquement le texte est un tissu) : le lecteur du Texte pourrait être comparé à un sujet désœuvré (qui aurait détendu en lui tout imaginaire) : ce sujet passablement vide se promène (c'est ce qui est arrivé à l'auteur de ces lignes, et c'est là qu'il a pris une idée vive du Texte) au flanc d'une vallée au bas de laquelle coule un oued (l'oued est mis là pour attester un certain dépaysement) ; ce qu'il perçoit est multiple, irréductible, provenant de substances et de plans hétérogènes, décrochés : lumières, couleurs, végétations, chaleur, air ; explosions ténues de bruits, minces cris d'oiseaux, voix d'enfants, de l'autre côté de la vallée, passages, gestes, vêtements d'habitants tout prés ou très loin ; tous ces incidents sont à demi identifiables : ils proviennent de codes connus, mais leur combinatoire est unique, fonde la promenade en différence qui ne pourra se répéter que comme différence. C'est ce qui se passe pour le Texte : il ne peut être lui que dans sa différence (ce qui ne veut pas dire son, individualité); sa lecture semelfactive (ce qui rend illusoire toute science inductive-déductive des textes : pas de "grammaire" du texte), et cependant entièrement tissés de citations, de références, d'échos: langages culturels (quel langage ne le serait pas ?), antécédents ou contemporains, qui le traversent de part en part dans une vaste stéréophonie.

Roland Barthes, Bruissement de la Langue, p.73, in "De l'œuvre au texte", 1971
Il me semble que l'on a là une bonne description du projet de Passage, et de son fonctionnement.



1 : c'est moi qui souligne.

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