Lors d'une conversation récente, un blogueur me soutenait qu'aujourd'hui Lolita ne serait pas publié : censuré, d'une censure particulièrement insidieuse puisque non pas exercée par le pouvoir politique mais par la peur des éditeurs.

Je découvre que le dernier livre d'Alan Moore, l'auteur des mythiques Watchmen et V pour Vendetta, a failli ne pas paraître en France:

Scandale aux Etats-Unis: Wendy de Peter Pan, Dorothy du Magicien d'Oz et Alice du Pays des merveilles parlent de sexe, d'opium et de psychanalyse[1] [...]Aux Etats-Unis, l'œuvre a fait scandale, au point que Moore est apparu dans les Simpson avec ses Filles perdues. [...] L'odeur de soufre qui l'entoure a conduit Delcourt, son éditeur français, à annoncer qu'il renonçait à le publier, avant de revenir sur sa décision, créant un effet d'attente rarement vu dans ce milieu.

Romain Brethes dans Le Point, 20 mars 2008

D'un autre côté, comme le souligne la dernière phrase de l'extrait que je mets en ligne, parler de censure c'est aussitôt créer la rumeur et l'attente. C'était déjà le point commun des œuvres retenues par Jean-Jacques Pauvert dans son dernier tome de L'Anthologie des lectures érotiques: elles se définissaient davantage par rapport aux problèmes de publication qu'elles avaient rencontrés que par leur contenu "érotique".

Notes

[1] ce qui n'est pas sans rappeler le réjouissant Contes à faire rougir les petits chaperons, de Pierre Enard. (Note de la blogueuse).