Complétude du présent

Les engouements de nos amis deviennent nos curiosités. Je lis distraitement un texte de Sollers écrit à l'occasion de la parution de Principes de sagesse et de folie de Clément Rosset.
Quelques lignes font curieusement écho à mes lectures en cours.

Retournant l'expérience de Sartre dans la Nausée, Rosset a raison de dire que «le sentiment de l'existence peut être décrit comme un coup de foudre». On répond à ce «coup» par la nausée, justement (et ses corollaires dépressifs ou mélancoliques : «Tout est de trop!»), ou bien par la jubilation, la surprise. «Le jouisseur d'existence - l'homme heureux - se reconnaît à ceci qu'il ne demande jamais autre chose que ce qui existe pour lui ici et maintenant. " Il " souhaite l'infinie multiplication des choses qui existent».

extrait d'un article de Philipe Sollers sur Clément Rosset dans Le Monde du 6 mars 1992


C'était terrible à dire (il remit son chapeau), mais à son âge, cinquante-trois ans, on avait presque plus besoin des gens. La vie à elle seule, chaque seconde, chaque goutte de vie, l'instant présent, là, maintenant, au soleil, à Regent's Park, cela suffisait. C'était même trop. Une vie entière, c'était trop court pour en faire ressortir, maintenant qu'on en avait la faculté, la pleine saveur. Extraire la moindre once de plaisir, la moindre nuance de sens, devenus, plaisir aussi bien que sens, beaucoup plus tangibles que jadis, beaucoup moins personnels.

Virginia Woolf, Mrs Dalloway, Folio, p.165

Des photos datées à la seconde près

Explication de Renaud Camus sur son site de photos Flickr :

Yes, you are right, My Noble Lady, but the text is the whole point of the whole collection, "Le Jour ni l'Heure" (« Veillez car vous ne savez ni le jour ni l'heure », Matthew), a kind a memento mori inviting one to see as well and as much as it is possible because one never knows if it is not the last image we are given to enjoy. The reference to the Scriptures is of course slightly contradicted because precisely one, here, knows the day and the hour, to the second.

Flickr, le 27 mai 2007

Le texte [en bas des photos] est tout l'enjeu de toute la collection "Le Jour ni l'Heure" (« Veillez car vous ne savez ni le jour ni l'heure », Matthieu), une sorte de memento mori invitant chacun à regarder autant et du mieux qu'il est possible, car personne ne sait si ce n'est la dernière image dont il lui est donné de se réjouir. Bien sûr, la référence aux Ecritures est légèrement contredite parce le fait qu'ici, justement, on connaît le jour et l'heure, à la seconde près.

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