Je relis L'Amour l'Automne.

Le père de Sélim est un poète marocain. Sa mère
est à moitié roumaine. Antoine et lui parlent de la
Roumanie, Tony surtout — de la Roumanie mythique
créée par ses lectures d'enfance, entre les pages de
L'Illustration. On voyait la reine, là, celle qui était un
peu folle, non, non, pas la reine Marie, l'autre, avant,
mais si, vous savez bien, une poétesse, Carmen
Quelque Chose, celle qui avait une passion pour Loti,
et qui le recevait sur la mer Noire : songeuse, roses à
la main, vêtue de long voiles que soulevait un vent
léger, le visage penché, l'un de ses coudes sur la
tablette de la balustrade, l'index dontre l'aile du nez,
elle posait sur le fond du rivage des Tristes...

Renaud Camus, L'Amour l'Automne, p.43

Si l'on en croit cette photo, Carmen Sylva a sans doute prêté quelques traits à Hélène, reine de Caronie :

Déjà passablement éberluée, elle voit se précipiter vers elle une femme fort affable, enveloppée dans des tissus colorés et fleuris, le front ceint d'un bandeau doré qui tient en place une espèce de voile de gitane.

Renaud Camus, Roman Roi, page 169

C'est aussi un personnage croisé dans Outrepas, je m'en souvenais à cause de l'énigme qui entoure l'apparition de son nom dans ce journal:

A Domburg, petit mystère qui ne peut fasciner que moi, certainement, le restaurant du Badhotel (un nom qui doit beaucoup amuser, ou dissuader, les voyageurs anglo-saxons) s'appelle Carmen Sylva : c'est le pseudonyme de cette reine Elizabeth de Roumanie, épouse de Charles Ier, qui se piquait d'écrire des vers, des nouvelles, des souvenirs et les Pensées d'une reine. Quel lien peut-il y avoir entre Carmen Sylva et cette petite station de la côte zélandaise? Elle-même n'était pas hollandaise, c'était une princesse de Wied, maison qui a donné à l'Albanie son premier roi et à la France Emmanuel Carrère. Tout ce que je trouve dans les mémoires de la reine Marie, épouse de son neveu Ferdinand, et qui fut reine de Roumanie après elle, c'est que le frère d'Elizabeth avait épousé une princesse d'Orange. Le lien est un peu ténu. Et pourquoi la souveraine d'un si lointain royaume, si elle avait eu envie de bains de mer, aurait-elle choisi la modeste Domburg? A moins qu'un restaurateur — roumain, peut-être? — ne sache ou n'ait su vers plus beaux que les siens? Ou encore le nom est-il coïncidence pure, et Carmen Sylva n'a-t-il pas plus de sens que n'en auraient Mercedes Miranda ou Maria del Pilar Ramirez?
L'irritant est qu'on ne saura jamais, probablement — car même si l'on demandait au Badhotel...

Renaud Camus, Outrepas, p.119