Le syndrome de Thanatos, de Walker Percy

«La pitié mène aux chambres à gaz.»
Je pense assez souvent à cette phrase, toutes les fois où me faut m'armer de courage pour être dure, toutes les fois où je vois de mauvaises décisions politiques être prises — par facilité, pour ne faire de peine à personne, toutes les fois où je sais qu'être indulgent, c'est se résoudre non pas à voir disparaître le problème, mais à le voir enfler.
Evidemment, cette phrase est trop lourde de malentendus pour que je la prononce à voix haute.

Elle provient d'un livre, The Thanatos Syndrome, de Walker Percy (le professeur qui a "découvert" La Conjuration des imbéciles, mais c'est une autre histoire). Il s'agit pratiquement d'un livre de science-fiction, dont le sujet, tout simple, est le suivant: a-t-on le droit de faire le bonheur des gens contre leur gré, ou sans leur demander leur avis? C'est un livre que je n'ai jamais eu le courage de relire, le tempo en est très lent, et à la première lecture on oscille entre suspense insoutenable et ennui insupportable.

L'action se déroule dans une petite ville de Louisiane. L'un des personnages importants est un prêtre, qui fait une sorte de grève, non de la faim, mais de solitude: il s'est réfugié dans une tour de guet en forêt. Le narrateur, un psychologue déclassé qui sort de prison, lui rend visite. Le père Smith lui raconte ses souvenirs des années 30: adolescent il a voyagé en Allemagne, il était hébergé dans une famille dont il garde d'excellents souvenirs, chez un médecin qui pratiquait l'euthanasie sur les handicapés mentaux lourds. Bien plus tard, le père Smith a appris ce qui avait suivi cette première "expérimentation".

Dans les dernières pages du livre, Father Smith a pu ouvrir un hospice pour recueillir les malades dont personne ne veut ou ne peut s'occuper. Exalté, illuminé, Father Smith prononce un discours d'inauguration. Extrait:

"But beware, tender hearts!
"Don't you know where tenderness leads?" Silence. "To the gas chambers.
"Never in the history of the world have there been so many civilized tendedhearted souls as have lived in this century.
"Never in the history of the world have so many people been killed.
"More people have been killed in this century by tenderhearted souls than by cruel barbarians in all other centuries put together."
Pause.
"My brothers, let me tell you where the tenderness leads."
A longer pause.
"To the gas chambers! On with the jets!
"Listen to me, dear physicians, dear brothers, dear Qualitarians, abortionists, euthanasists! Do you know why you are going to listen to me? Because every last one of you is a better man than me and you know it! And yet you like me. Every last one of you knows me and what I am, a failed priest, an old drunk, who is only fit to do one thing and to tell you one thing. You are good, kind, hardworking doctors, but you like me nevertheless and I know that you will allow me to tell you one thing — no, ask one thing — no, beg one thing of you. Please do this one favor for me, dear doctors. If you have a patient, young or old, suffering, dying, afflicted, useless, born or unborn, whom you for the best of reasons wish to put out of his misery — I beg only one thing of you, dear doctors! Please send him to us. Don't kill them! We'll take them — all of them! Please send them to us! I swear to you you won't be sorry. We will all be happy about it! I promise you, and I know that you believe me, that we will take care of him, her — We will even call on you to help us take care of them! — and you will not have to make such a decision. God will bless you for it and you for it and you will offend no one except the Great Prince Satan, who rules the world. That is all."
Silence.
Walker Percy, The Thanatos Syndrome, p.392



L'éditorial du Quotidien du médecin du 26 septembre était le suivant:

Mary Warnock, baronne et néanmoins philosophe, est considérée en Grande-Bretagne comme une autorité morale. Aussi ses derniers propos, sur les personnes menacées ou victimes de démence, ne sont-ils pas passés inaperçus. Il est vrai qu'elle va jusqu'à suggérer qu'il pourrait y avoir un « devoir de mourir » quand on devient un fardeau pour sa famille et le système de santé. « Il n'y a rien de mal à penser que l'on doit (se suicider) pour le bien d'autrui autant que pour soi-même, explique-t-elle dans un journal norvégien. Dans d'autres contextes, se sacrifier pour sa famille est considéré comme vertueux. Je ne vois pas ce qu'il y a de si affreux dans l'objectif de ne pas devenir une nuisance grandissante. »
La baronne Warnock, qui a contribué à la mise au point des lois britanniques sur la procréation et n'est pas hostile au clonage reproductif, milite pour l'euthanasie. Et même, dans ce cas, pour autoriser purement et simplement des personnes à en supprimer d'autres. Inutile de préciser que tout ce que le pays compte d'associations de lutte contre l'Alzheimer ou de défense des personnes âgées a crié au scandale. Lady Wamock, qui a 84 ans, n'en a cure. [...]
Renée Carton

Je suis d'accord avec cette dame en ce qui ME concerne: je ne souhaite pas devenir un légume, une folle, une charge. J'espère qu'il me restera suffisamment de raison le moment venu pour pouvoir faire le nécessaire moi-même.
Mais ce que je ne comprendrai jamais chez les personnes telles Mary Wamock, c'est qu'on puisse envisager de décider cela à la place des gens.

Herméneutique

— Ça veut dire quoi, herméneutique?
Le jeune homme qui m'a posé cette question m'a tellement surprise (réveillée en plein rêve — en pleine lecture) que j'ai failli en oublier de descendre de la rame de métro. Je crois que j'ai rougi (intérieurement, j'ai rougi) et j'ai balbutié:
— Le sens... il s'agit du sens, de la signification...
Rassemblant deux idées, j'essayai de résumer : — ça concerne l'interprétation des textes.
Et je suis descendue juste à temps de la voiture.


Je n'avais pas lu assez loin (heureusement, j'aurais été encore plus confuse). Quelques chapitres plus loin, le mot était défini:

La double communication, de l'inférieur au supérieur et du supérieur vers l'inférieur, caractérise la fonction du médiateur dans la philosophie néo-platonicienne. C'est précisément cette fonction que les néo-platoniciens, comme le remarque Jean Pépin [1], nomment «herméneutique». Entre le sensible et l'intelligible, l'âme est un interprète.
Jean Pépin fait remarquer que le verbe «hermeneuein» possède déjà ce sens précis chez Platon, désignant le rôle des démons: «Bref, un double transit, ascendant et descendant, sur lequel la nature démoniaque a pouvoir; or c'est pour traduire cet échange et ce relais que Platon emploie le verbe hermeneuein: ainsi le démon «fait connaître (hermeneuôn) et transmet aux dieux ce qui vient des dieux».
Héritiers de cette tradition néo-platonnicienne, les latins traduisent «herméneutes» par «interprète». [...] Dans la théologie de la Renaissance, c'est [...] le Christ qui, conformément à la doctrine de Saint Augustin, tient le rôle du médiateur-interprète.

Pierre Force, Le problème herméneutique chez Pascal, p.181

Notes

[1] Pépin, Jean, «L'herméneutique ancienne», Poétique 23, 1975, pp. 291-300

La rumeur

Il semblerait d'ailleurs que circule à mon propos une rumeur favorable au moins sur un point. «Il paraît qu'tu es un disc-jockey super», m'a-t-on dit l'autre soir en arrivant ici. Il faut apprendre à se contenter de gloires modestes.

Renaud Camus, Fendre l'air, p.237

La familiarité

Il me semble que je ne déteste rien tant que la familiarité, au fond.

Renaud Camus, Vigiles, p.10


Je déteste la familiarité — sauf la familiarité acquise, apprivoisée, version renard dans Le Petit Prince. Il me semble que je ne déteste rien tant que la précipitation, au fond (puis l'affectation, quand vient le temps de la familiarité et que ce moment n'est pas saisi).

Jean-Paul Marcheschi expose à Nantes à partir du 2 octobre.

L'ouverture de l'exposition aura lieu en musique le 2 octobre 2008 à 20 heures à la cathédrale Saint-Pierre.

Si vous souhaitez recevoir des invitations pour le vernissage, merci de m'envoyer un message en précisant le nombre d'invitations qui vous serait utile.

NB : sur le site de Jean-Paul Marcheschi.

PS: si vous assistez à cette ouverture, ne vous laissez pas intimider et n'hésitez pas à saluer Jean-Paul Marcheschi : il sera ravi de vous rencontrer.

La présence des Pères dans l’œuvre de Dante Alighieri, par Ruedi Imbach

Première conférence après le déjeuner, les notes sont courtes. Nous sommes arrivés en retard, la salle était trop petite, les surnuméraires se sont installés comme ils le pouvaient contre les murs.

Il s'agissait de partir à la recherche des Pères, et plus particulièrement d'Augustin, dans la Divine Comédie de Dante.

Dans le De Monarchia, on relève cinq allusions aux Pères. Dante s'élève contre une lecture allégorique de l'Ecriture et de la Genèse. Il cite littéralement Augustin à deux reprises pour étayer sa thèse. Les autres références sont tirées entre autres des De consideratione de Bernard de Clairvaux.

Dans le Convivio, Augustin est cité cinq fois:
- Personne ne naît sans faute: c'est tiré des Confessions d'Augustin.
- Parfois, nous dit Augustin, il est légitime de parler de soi, quand il s'agit de justifier son entreprise, pour éloigner une infamie ou lorsque c'est utile pour les autres. C'est cette raison qui poussa Augustin à parler de lui-même.
Le but est d'aller du bon au meilleur et du meilleur à l'excellent. Dante s'appuie sur Augustin pour légitimer sa propre démarche. Il se compare indirectement à Augustin. Sa rencontre avec la philosophie est exemplaire.

Dès lors, pourquoi ne rencontre-t-on aucune référence à Augustin dans La Divine Comédie ? Certains ont supposé que Dante s'opposait à l'augustinisme politique, c'est-à-dire à l'absorption du matériel par le politique. Dante soutient que les deux domaines doivent être radicalement séparés.

La Divine Comédie fait référence à Denys l'aréopagite, mais celui n'a finalement que peu d'influence. Les pincipales influences viennent d'Albert, de Thomas et d'Aristote.

Les doctores fournissent des perspectives doctrinales. La place des Pères dans l'oeuvre de Dante est relativement limitée. Le paradoxe, c'est qu'Augustin, qui légitime le Convivio, est absent de La Divine Comédie.

Penser par soi-même

La méthode correcte, ce n'est pas d'essayer de persuader les gens qu'on a raison, mais de les obliger à penser par eux-mêmes. Il n'y a pas de sujet dans les affaires humaines dont nous puissions parler avec une grande assurance. Même dans les sciences exactes, c'est souvent le cas. S'agissant des affaires humaines, des affaires internationales, tout ce que vous voulez, on peut réunir des preuves, rassembler les choses, les regarder sous un certain angle. La bonne approche, en oubliant ce que l'on fait soi, ou ce que font les autres, consiste seulement à encourager les gens à procéder ainsi.

Noam Chomsky, cité en exergue par Jacques Bouveresse à son livre Bourdieu, savant & politique

Stéphane Mosès

C'est l'inconvénient de surfer : j'apprends régulièrement, et souvent bien après, la mort d'un auteur qui m'est précieux. Ce soir, il s'agit de Stéphane Mosès, mort le 1er décembre 2007.
Je l'avais découvert avec L'Ange de l'histoire: Rosenzweig, Benjamin, Scholem. C'est dans ce livre, bizarre détour, que j'ai lu Borgès pour la première fois.

La page qui m'apprend cette mort est une recension d' Un retour au judaïsme, livre d'entretiens avec Victor Malka et visiblement sorte d'autobiographie. Je note le nom d'Haïm de Volozhyn, dont le livre L'âme de la vie, m'attend depuis plusieurs années dans ma bibliothèque. Je l'ai commencé une fois, mais il fait partie de ces livres mystiques qu'on hésite à lire dans le RER: les transitions prennent trop d'énergie.
(Haïm de Volozhyn était le maître de Lévinas.)

Le monde selon Ben, par Marie Borel

Le héros du second livre de Marie est un ours en peluche, un ours biege foncé d'une quarantaine de centimètres, à poils courts un peu feutrés.
C'est un livre de poésie (les lignes sont découpées en vers), les pages sont numérotées, les photos couvrent une page, il peut y avoir jusqu'à trois pages de photos de suite.

Cela n'est pas aussi enfantin, ou ludique, ou puéril, qu'il le semble au premier abord. En réalité, et paradoxalement, de retournement en retournement, ces photos donnent une étrange gravité au texte.

L'œil effleure les photos et se précipite sur le texte. Un poème, deux poèmes... Quels textes étranges, plutôt philosophiques, peut-être mathématiques, écrits du point de vue de Ben qui ne dit pas "Je". Non, "je", c'est Marie, c'est l'auteur. Mais parle-t-elle d'elle-même, pour elle-même ou imagine-t-elle ce que pense l'ours? Rien n'assure que le "je" soit stable, il glisse sans cesse silencieusement, de façon insaisissable.

Infini

contrairement à Ben pour qui le temps est infini
le temps file entre mes doigts comme le sable et les étoiles
la rivière la mer l'océan à contretemps
persévère cher Filoteo persévère
de l'infini de l'univers et des mondes
il n'y a pas plus loin de la Terre à la Lune que de la Lune à la Terre

Ben et moi océaniques à jars sur Mer Saint Jean des Monts Hudaibo
cévenols rebelles à Saint Guilhem du Désert
docteurs à Petit Bordel Baie Saint Vincent
and the Grenadines Balata Camp et Sana'a
nous sommes nés seuls au monde dans un univers courbe et non fini
[...]
Marie Borel, Le monde selon Ben, "Infini", p.14, troisième poème

Troisième poème, une page de sommaire, soit quatre pages. Troisième poème page 14: dix photos l'ont donc précédé. Sans les photos, ces poèmes seraient d'un sérieux un peu bête. En vis-à-vis d'une photo d'ours en pleine page, c'est le lecteur qui se sent un peu bête: à quel niveau faut-il lire ces poèmes?
Un ours en peluche nous contemple et médite.
Le lecteur reprend la première page et regarde les photos:
1/ L'ours est assis sur un siège d'avion, la compagnie est yéménite.
2/ L'ours regarde la campagne de la fenêtre d'un TGV. Entre ses pattes, une affiche rouge, qu'on voit comme par hasard, annonce: "le mariage du siècle". (Et comme j'ai l'impression que marie a changé de nom, je me demande s'il s'agit de son mariage: private joke?)
3/ L'ours est encore à une fenêtre, dans un paysage rocailleux. Le volet en bois est ouvragé. Espagne ou Yémen?
4/ En bus. Est-ce à Londres? (on aperçoit des taxis caractéristiques par la lunette arrière).
5/ Ben dans les bras de Marie qui dort, contre ce qui paraît être un siège d'avion. Mais ce n'est pas un hublot, à l'arrière-plan: un car?

Etc. : ainsi, toutes ses photos sont des photos de voyage, de lieux lointains ou de moyens de transport (ce n'est pas une règle absolue, cela changera dans le feuilletage des pages ultérieures). Ce livre pose un problème de lecture, un problème d'interprétation. Il serait fumeux et prétentieux sans les photos. Avec les photos, il est mystérieux: quels liens tissent les textes et les images? Pourrait-on adjoindre des photos d'ours en peluche à tous les textes philosophiques? (car c'est décidément philosophique: espace et temps, être, conscience, langage) Non, sans doute non. Là, "ça marche", un sens émerge, un équilibre fragile est créé, entre gravité et éphémère: «c'est sérieux mais ce n'est pas grave», ou l'inverse.

Ce qui change, ainsi que le dit explicitement l'extrait ci-dessus, c'est que le temps n'existe pas pour un ours en peluche. Le temps est infini et Ben est éternel. Il est le témoin absolu. Il ne lui reste que l'espace, comme le mettent en scène les photos de voyage, de lieux changeants. Dans cet espace les mots résonnent longtemps, ne s'éteignent pas.
C'est un étrange livre de poésie, aux frontières mal définies. Je n'aurais jamais cru que des photos d'ours en peluche en face de textes pouvaient ainsi en déstabiliser, en décaler, la lecture.

Histoire d'un Allemand, par Sebastian Haffner

C'est un livre acheté par hasard, sans en avoir jamais entendu parler. C'est un livre excellent, si bon que je ne comprends pas que je n'en ai jamais entendu parler.

Ce livre publié de façon posthume est le récit écrit en 1938 par un jeune Allemand réfugié à Londres de sa vie en Allemagne entre 1914 (il avait alors sept ou huit ans) et 1933.

Ce qui intéresse Sebastian Haffner, c'est de comprendre et d'exposer le lien entre l'individu et l'histoire: comment la somme des vies particulières constitue-t-elle l'histoire?
Dans le prologue, ce lien est présenté en sens inverse: Haffner remarque qu'habituellement, l'histoire affecte peu la vie quotidienne des individus, elle peut les émouvoir mais rarement changer leur manière d'être, leur moi profond. Le nazisme a ceci de particulier qu'il oblige chacun à faire quotidiennement des choix, à soutenir ou se détourner de ses amis, de ses collègues, de ses connaissances, il met chacun à tout instant face à des cas de conscience pouvant entraîner la mort.

L'écriture est sérieuse, sévère, le sujet est grave, d'autant plus à l'époque de la rédaction du manuscrit, entre 1938 et 1939 à Londres. Pourtant, la lecture est légère, un humour souterrain court le texte, Haffner a le sens de l'autodérision sans être cynique: il y a davantage de tristesse et de regret que de méchanceté ou d'amertume dans ses remarques: «On commet des meurtres dans la même disposition d'esprit qu'une niche de gamin, on ressent l'avilissement de soi et l'anéantissement moral comme un incident fâcheux, et même le martyre physique n'inspire guère d'autre réflexion que: "Pas de bol."» (p.232)

Il se souvient de son avidité pour les combats durant la première guerre mondiale, de son incompréhension de la défaite survenant brutalement après tant de victoires placardées sur le mur du commissariat du quartier, et de la vie agitée de Berlin les années suivantes: échauffourées et coups de feu continuels. Haffner fait des remarques minuscules et vraies, comme de noter que la révolution de 1918 n'a jamais été populaire car elle se fêtait en novembre[1], tandis que le printemps et l'été 1933 ont été splendides. Nous suivons l'évolution des forces politiques en présence, nous apprenons que l'armée allemande soutient toujours le pouvoir en place, quel qu'il soit, et ne remet jamais ses ordres en causes (et c'est ainsi que la République fit fusiller par les soldats les ouvriers qui l'avaient soutenue en 1920...) Bien plus que 1929, 1923 a été une année décisive en Allemagne, l'année de l'hyper-inflation, l'année de toutes les folies et de la disparition de toute mesure.

Haffner tente de comprendre ce qui s'est passé, ce qui a rendu le nazisme possible. D'une part il dresse un portrait de l'âme allemande, âme qui ne sait être seule, qui a besoin du groupe, qui est inapte à la sphère privée, d'autre part, il fait l'hypothèse qu'après toutes ses années d'agitation (1914-1923), les Allemands n'ont pas supporté de vivre en paix: ils n'avaient pas de goût pour une vie paisible, où chacun est responsable de soi-même, ils avaient pris l'habitude des escarmouches, de l'agitation, de l'attente des journaux, des bouleversements de fortune d'un jour à l'autre. La vie comme un long fleuve tranquille ne pouvait leur convenir.
Hypothèses, bien sûr. Ce que dénonce Haffner comme la véritable raison de l'accession d'Hitler au pouvoir, c'est la démission des chefs de l'opposition, de gauche à droite, qui ont fui en janvier 1933, annihilant tout espoir de résistance organisée.

Vint le temps des choix personnels: la petite amie juive, le commerçant, les collègues de travail. Haffner décrit les premières discriminations, la mise au pas de la justice. Il est d'une extraordinaire clairvoyance s'agissant de l'antisémitisme, rageant de voir que les nazis ont réussi à en faire un sujet de discussion entre les Allemands (pour ou contre les juifs?) tandis que ce sont les nazis qui devraient être rejetés pour poser une telle question:

Or, plus personne ou presque ne doute aujourd'hui que l'antisémitisme nazi n'a pratiquement rien à voir avec les juifs, leurs mérite ou leurs défauts. Les nazis ne font désormais plus mystère de leur propos de chasser et exterminer les juifs dans le monde entier. Ce qui est intéressant n'est pas la raison qu'ils en donnent, et qui est une absurdité si manifeste qu'on se dégraderait en en discutant, fût-ce pour la combattre. L'intéressant, c'est ce propos lui-même, qui est une nouveauté dans l'histoire universelle: la tentative de neutraliser, à l'intérieur de l'espèce humaine, la solidarité fondamentale des espèces animales qui leur permet seule de survivre dans le combat pour l'existence; la tentative de diriger les instincts prédateurs de l'homme, qui ne s'adressent normalement qu'aux animaux, vers des objets internes à sa propre espèce, et de dresser tout un peuple, telle une meute de chiens, à traquer l'homme comme un gibier. [...]
Sebastian Haffner, Histoire d'un Allemand, p.214


Incidemment, ce livre est un bel hommage à son père, homme vaincu par l'existence, mais qui aura inculqué à son fils l'image de ce que doit être un Allemand digne de ce nom.
- En 1923, durant l'hyper-inflation :

Car mon père était de ceux qui ne comprenaient pas l'époque, ou qui refusaient de la comprendre, comme il s'était déjà refusé à comprendre la guerre. Enfermé dans la devise "Un fonctionnaire prussien ne spécule pas", il n'acheta pas d'actions. Je considérais cette attitude comme la marque d'un esprit étrangement borné, surprenante chez cet homme — un des plus intelligents que j'eusse connus. Aujourd'hui, je le comprends mieux. Rétrospectivement, je puis ressentir un peu du dégoût que lui inspirait "cette monstruosité", et l'aversion irritée qui se dissimulait derrière une platitude: ce qu'il ne faut pas faire, on ne le fait pas. Malheureusement, les conséquences pratiques de ces principes élevés dégénéraient parfois en farce.
Ibid., p.92

- Portrait du père, grand lecteur : hommage à la littérature, portrait magnifique du fonctionnaire idéal (sans doute ces lignes peuvent-elles servir à lire Kafka):

Or, la littérature est un étrange passe-temps. Dans la sphère privée, on peut sans doute être impunément collectionneur ou botaniste, peut-être même amateur de tableaux ou mélomane. Mais le commerce quotidien avec l'esprit vivant ne reste jamais "privé". Il est facile d'imaginer qu'un homme qui, durant des années, explore "dans son privé" tous les sommets et tous les abîmes de la pensée et de la poésie européennes devient un beau jour tout simplement incapable d'être un fonctionnaire prussien étroit, rigoureux, scrupuleusement zélé. Ce n'était pas le cas de mon père. Il le resta. Mais sans briser le moule prussien et puritain, il s'appropria une philosophie empreinte d'un scepticisme libéral qui transforma peu à peu en masque son visage de fonctionnaire. Il combinait les deux aspects au moyen d'une ironie secrète extrêmement subtile et qui ne se manifestait jamais — il me semble d'ailleurs que c'est là l'unique façon d'anoblir et de légitimer le fonctionnaire, race dont l'existence pose des problèmes humains d'une grand complexité. La conscience, toujours en éveil, que le puissant dignitaire qui se trouve derrière le guichet et l'humble quémandeur qui se trouve devant ne sont tous deux que des hommes et rien d'autres; qu'ils jouent un rôle dans une pièce; que le rôle du fonctionnaire exige certes rigueur et froideur, mais aussi beaucoup de prudence, de bienveillance, de circonspection; que rédiger une ordonnance dans le style administratif le plus dépouillé, pour peu qu'elle concerne une affaire épineuse, demande parfois plus de délicatesse que de composer un poème lyrique, plus de discernement et de pondération que de dénouer une intrigue.
Ibid., p.151

- Printemps 1933. Le père, juriste, voit s'écrouler tout ce qui constituait sa vie:

Il était peu à peu envahi par le sentiment d'avoir vécu pour rien. Il existait dans son domaine certains ouvrages législatifs auxquels il avait collaboré, substantiels produits de l'esprit, à la fois hardis et pondérés, fruit de plusieurs décennies d'expérience et de quelques années d'un travail intense, presque artistique, passées à soupeser et à fignoler. Ils avaient été abrogés d'un trait de plume, et on en avait à peine parlé. Mais ce n'était pas tout: la base même sur laquelle on pouvait édifier ou remplacer un tel ouvrage avait été emportée, toute la tradition de l'Etat de droit, à laquelle des générations d'hommes comme mon père avaient travaillé, qu'ils avaient façonnée, qui semblait définitive et indestructible, avait disparu du jour au lendemain. Ce n'était pas seulement sur une défaite que s'achevait la vie de mon père — une vie austère, disciplinée, vouée à un effort sans relâche et dans l'ensemble très réussie —, elle s'achevait sur une catastrophe. Ceux qu'il voyait triompher n'étaient pas ses adversaires: il l'aurait admis avec philosophie. C'étaient des barbares qu'il n'avait jamais estimés dignes d'être même ses ennemis. A l'époque, il m'arrivait de voir mon père rester longtemps assis à son bureau sans toucher les feuilles posées devant lui, le regard fixe, vide et désespéré comme s'il contemplait un champ de ruines.
Ibid., p.325


Ces quelques lignes concernent le père, le reste, avec la même rigueur et la même élégance, raconte la politique allemande, la vie d'étudiant et quelques amours.
Et comme tous les livres qui s'arrêtent avant 1940, ce livre est aussi insupportable de tristesse parce qu'on sait tout ce qu'il ne sait pas — et qu'on aimerait tant qui ne soit pas advenu: après tout, le livre ne le raconte pas.

Notes

[1] incidemment, j'ai découvert que cette révolution était née le même jour que la chute du mur de Berlin: le 9 novembre

Les représentations des Pères dans les cours de Paradis, par Véronique Germanier

Cette intervention très intéressante était un véritable cours d'histoire de l'art. Elle éclairait la mise en place progressive d'une hiérarchie parmi les élus au cours du Moyen-Âge.

Peu à peu s'est mise en place l'idée que le parcours terrestre conditionne la place au Paradis.

Chasteté, pureté morale et refus de la chair sont fondamentaux pour obtenir la qualité d'élus.

Selon Origène et Jérôme, tous les élus sont égaux et occupent les mêmes places que les anges.
Cependant, une autre conception suppose des places hiérarchisées au Paradis, une proximité des élus avec Dieu plus grande selon leur rang et leur mérite. C'est ce que soutiennent par exemple Hyppolyte de Rome, Philippe et Augustin, s'appuyant sur Jean-14,2 ou le premier épître aux Corinthiens.

Origène et Jérôme reprennent Matt-22,14, «à la résurection, [...] on est comme des anges dans le ciel». «Comme des anges», c'est-à-dire asexués. jérôme précise qu'il n'y aura plus ni romains, ni barbares, ni race, ni sexe.

Pour Augustin en revanche, l'identité sexuelle sera maintenue, mais il n'y aura plus de concupiscence. Le Paradis est hiérarchisé selon l'importance du sacrifice de la chair: d'abord le martyre, puis la virginité, le veuvage, le bon mariage. Les élus obtiennent une gloire différente dans un ciel commun.

Les élus ne sont représentés qu'à partir du XIIe siècle.

Ici nous a été projeté une image dont je n'ai pas les références. Il s'agissait du corps de Christ. Les Saints sont présents dans la tête,L'Eglise dans le corps.

Conformément à la pensée d'Hypolite de Rome et de Cyprien, la liturgie de la Toussaint distingue six catégories d'élus: appartenant à l'Ancien Testament, les patriarches et les prophètes, appartenant au Nouveau Testament, les apôtres, les martyes, les confesseurs (dont les quatres docteurs de l'Eglise).

L'identité sexuelle des vierges est non spécifiée dans les textes. Ce statut sera réservé aux femmes par l'iconographie à partir du XIIIe siècle.

Pour résumer

Le rapport au corps est fondamental. Dans les représentations, l'ordre représente le Bien et le désordre le Mal. La clarté (luminosité) est proportionnelle au mérite. Au XIIIe, la légitimation d'une hiérarchie au paradis permet de légitimer une hiérarchie terreste.

L'iconographie présente un grand décalage temporel (je suppose: un grand retard par rapport aux textes qu'ils illustrent). Par exemple, la liturgie de la Toussaint était déjà présente en 834; elle avait été imposée par le pape en France et en Germanie.


La conférencière projette deux tableaux et les commente:

- le Sacramentaire de Metz, réalisé pour Charles le Chauve. Il représente le Christ sur un trône, tel un empereur. Il y a trois registres de Saints: les apôtres (Pierre qu'on reconnaît à sa clé), (les soldats? et) les maryts (reconnaissables à la palme), les confesseurs (portant livre et rouleau d'écritures). Le dernier registre représente les Saintes.

- la chapelle de l'église San Pantalone à Venise. Elle présente la foule des Saints. Les quatre évangélistes sont au pied du trône. Les quatre docteurs sont très différenciés : Jérôme, Grégoire le grand (la tiare), Ambroise de Milan (fouet), Augustin.

Paris 1933

Le narrateur vient de décrire pendant une centaine de pages les quatre à cinq mois qui ont réduit tous les Allemands au silence, les premiers boycotts des magasins juifs, la révocation des juges, la violence des SA, les chants et les défilés omniprésents.
Teddy a quitté Berlin en 1930. Elle y revient quelques semaines durant l'été 1933 pour aider sa mère à déménager. Le narrateur en est secrètement amoureux.

Elle apportait Paris dans ses bagages, des cigarettes de Paris, des magazines de Paris, des nouvelles de Paris et, insaisissable et irrésistible comme un parfum, l'air de Paris: un air que l'on pouvait respirer, et que l'on respirait avidement. Cet été-là, alors qu'en Alemagne les uniformes étaient devenus une mode ignoblement sérieuse, Paris avait eu l'idée de créer pour les femmes une mode inspirée des uniformes, et c'est ainsi que Teddy portait un petit dolman de hussard garni de brandebourgs et de boutons étincelants. Incroyable! Elle venait d'un monde où les femmes s'habillaient comme cela pour s'amuser, sans que personne y trouva à redire!

Sebastian Haffner, Histoire d'un Allemand, p.354

Priorité aux canards, de Marie Borel

Samedi m'attendaient dans ma boîte aux lettres deux plaquettes de poésie de Marie Borel (voir vers le milieu du billet).

Commençons par le plus petit (la photo est presque à taille réelle).

Les textes sont courts, une grande importance est accordée aux prénoms, nombreux. Il n'y a pas de numéro de page, on se perd, on recommence, on ne sait plus si on a déjà lu telle page, on se perd, on recommence.
Je me méfie désormais de mon goût des mots qui sonnent, des paradoxes. Je me méfie de mon goût du sens. Il y en a, qui affleure, et puis il n'y en a pas, ou plutôt, il n'y a du sens que localement. Pour le reste, il y a des canards, des prénoms qui ont l'allure de noms de chevaux de course, quelques hommes, beaucoup d'animaux et souvent l'envie de rire, sans que l'on sache bien pourquoi.

[...] Il est vrai qu'à la question vitale pourquoi tu n'as pas fait peintre pas de réponse. Et réciproque ta Jérusalem absente. Contre ton absence l'art lui-même n'est pas de taille à n'exiger rien. Je mange un artichaut à trois heures du matin avec un garçon qui comprend vite.
Peut-on apprendre la marche arrière aux escargots afin de renforcer leurs capacités évolutives.

Marie Borel, Priorité aux canards, fin d'une page vers le milieu du livre

Une trahison d'Augustin? Sur l'inspiration patristique de l'art médiéval, par François Bœspflug

Première communication du vendredi 13 juin (deuxième jour du colloque). Je m'en souviens avec précision, car François Bœspflug maîtrise si parfaitement les canons de l'exposé académique qu'il en fait un jeu. J'arrivai à sa conférence avec quelques préventions, car j'avais repéré la veille dans les livres proposés par les éditeurs présent son livre Caricaturer Dieu ? : Pouvoir et danger de l'image, dont le titre m'avait paru trop opportuniste pour être sérieux. (Après cette communication, je l'ai feuilleté, il paraît très intéressant).


La pensée des Pères a nourri la pensée médiévale. Saint Augustin plane au-dessus du Moyen-Âge, il fut le Père préféré. Il semble avoir abordé tous les domaines, la théologie, la spiritualité, le droit, la philosophie... (il suffit de se rapporter à l'article de Goulven Madec). Mais Madec ne parle pas de l'art.
Qu'en est-il de l'art?
Contrairement à ce qu'on voit actuellement à Beaubourg [1], le Moyen-Âge n'a jamais imaginé que la mission de l'art était d'innover.
Mon titre est provocateur: en effet, cette prétendue omniprésence de Saint Augustin présente le défaut de sous-estimer les autres Pères, notamment Ambroise, les Grecs (les Cappadociens), etc.

Dans quelle mesure la pensée d'Augustin a-t-elle été obéie, suivie, trahie? Il s'agit d'en finir avec une généralité paresseuse qui voudrait qu'Augustin ait eu la plus grande influence en toute chose.
Nous verrons donc dans un premier temps quelle influence Augustin a exercé sur l'art médiéval, puis, videtur quod non, ce qui s'oppose à cette analyse, enfin, sed contra, le respect de la pensée d'Augustin dans la forme.

Ici François Bœspflug a fait quelques restrictions de champs, que je n'ai pas notées.

L'influence très variée d'Augustin sur l'art médiéval

Cette influence se décèle sous une dizaine de modes.

1/ naissance de certains motifs, par exemple la comparaison entre la croix du Christ et un hameçon (apparaît au XIIe siècle).

2/ naissance de certains sujets : classification des Vertus (en théologales et cardinales (Ambroise y prend également part),
liste des dix Sybilles (dont la Sybille Erythrée),
évocation des prophètes,
Emile Mâle a noté que le Contra judeos, paganos, attribué à Augustin, était lu à mâtines le jour de Noël : il s'agit donc d'un texte très connu, qui a donné naissance au sujet de l'Eglise face à la Synagogue,
la vision Beati cinque, évoquée dans la fameuse lettre d'Augustin sur la vision, constituera un sujet pour l'art chrétien (cf. l'analyse d'Olivier Boulnois dans Au-delà de l'image).

3/ les scènes d'histoire : l'insistance d'Augustin pour qu'on s'attache au sens littéral de l'Ecriture fournit une base solide aux interprétations artistiques. Ainsi, l'hospitalité d'Abraham ou le bon Samaritain deviennent des sujets pour l'art.

4/ l'accréditation de Saint Augustin de certaines sources, comme le physiologus, le bestiaire (qui sera condamné par le pape Gélase). (En revanche, la légende de Saint thomas en Inde est condamnée par Augustin.)

5/ l'importance prise par les chiffres: le nombre des poissons (153) lors de la multiplication des pains et des poissons, etc (rapport avec les parties du plafond d'une église je ne déchiffre plus son nom).

6/ raisonnements analogiques : naissance d'Eve de la côte d'Adam à rapprocher de la naissance de l'Eglise du côté du Christ

mes notes s'arrêtent là : six et pas dix. Il manque quatre modes.

Limite de l'influence de Saint Augustin

1/ Certaines de ses interprétations ne se sont pas imposées.
- la Trinité créatrice (dans la Genèse) => ce thème est rare par rapport à celui d'une création jeune par Dieu le Père vieux.
- l'interprétation de l'hospitalité d'Abraham : l'ambivalence est visible à Sainte-Marie-Majeure, par exemple: le registre supérieur reprend la christologie traditionnelle tandis que le registre inférieur reprend l'interprétation trinitaire due à Saint Augustin. L'influence d'Augustin n'est réelle qu'en apparence.

2/théologie grégorienne de la légitimation didactique de l'image.
Augustin était contre les images et les représentations. Grégoire prend le contrepied de cette position et c'est lui qui va être suivi.

3/ Certains interdits fulminés par Augustin ont été contournés, par exemple, l'interdit du triangle : le triangle revient malgré tout au XIIe siècle, au XIIIe siècle il deviendra bouclier.
D'autre part, pour Augustin l'image de Dieu en l'homme n'est pas le visage (il rejoint ici les Juifs et les Musulmans) mais l'âme: que peut-on représenter?

La tradition iconographique trahit Augustin au fond, mais pas dans la forme.

1/ création d'une image hiératique du Christ
Augustin se convertit en 386, à l'époque des premiers grands Christs d'abside. Augustin tenait que l'Eglise ne savait pas à quoi ressemblait le Christ, puisque les Evangiles sont muets sur le physique du Christ. La constitution d'une image d'un Christ-Dieu pourrait être une première trahison. (Augustin disait «l'image n'est qu'une image mais se donne pour ce qu'elle n'est pas». Cette phrase sera reprise plus tard.

2/ légitimation de la vénération de l'icône du Christ qui ne représente ni la nature divine, ni la nature humaine, mais est une hypostase des deux.
Les vais disciples d'Augustin refuseront toujours les images: vénérer les images est illusoire, il n'y a pas de vera icona (cf. Boulnois).

3/ exploration systématique des ressources du visible pour représenter la Trinité, par exemple dans le psautier d'Utrecht, autour du VIIe et VIIIe siècle. per visiblia ad invisiblia: le visible peut venir au secours de l'intelligible, ce qui est tout à fait contraire à ce que pensait Augustin.

Les textes d'Augustin contre l'image : la lettre 120, un passage du De civitate Dei et plusieurs sermons. Dieu est amour. Quelle figure a l'amour? personne ne le sait.

Conclusion

La position d'Augustin sur les images a été trahie. Une preuve nous en est donnée a contrario au XVIIe siècle, quand le pape Alexandre VIII, pour sauver les arts, condamne le De Fide et Symbolo d'Augustin en 1683. (Dans ce texte, Augustin refuse d'imaginer un Dieu siégeant. (en fait, Alexandre VIII n'ose pas condamner Augustin: il condamne un père de Louvain, mais il s'agit d'une phrase reprise mot à mot d'Augustin.))

Nous atteignons ici les limites de mon augustinophilie: Augustin se trompait quand il soutenait que l'art ne crée pas. L'art médiéval lui a donné tort. Il a créé tout un monde d'images. Les réalités mentales ont un poids.

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remarque lors des questions/réponses : Luther sera le premier à décrire les images qu'il détruit. Avant lui, quand des images sont détruites, on ne sait pas ce qu'elles représentent: des images matérielles, spirituelles? On ne le sait pas.


Notes

[1] allusion à l'exposition Traces du sacré

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