Je ne lis plus le site de l'In-nocence depuis très longtemps — j'avais déjà cessé quand j'appartenais encore à ce parti (une belle erreur de jeunesse (bon, d'accord, de la maturité), cette appartenance) — tant il me fait de la peine, c'est pourquoi je n'ai pas tout de suite compris pourquoi Rémi Pellet m'avait fait suivre il y a plus d'une semaine un article paru dans Libération.

Renseignements pris, il apparaît que Claude Durand a demandé à Renaud Camus de retirer certains passages de son journal 2005 à paraître en novembre, Le royaume de Sobrarbe. (Que les aficionados se rassurent, les passages censurés ré-apparaîtront vraisemblablement dans le journal 2008, selon une technique désormais bien rôdée).

L'article envoyé par Rémi relate les actuels démêlés de Pierre Péan avec la justice à propos de son livre Noires fureurs, blancs menteurs, édité chez Fayard. Voici[1]:

"L’ombre du racisme sur le pénible procès de Pierre Péan"

Le procès de l’écrivain et enquêteur Pierre Péan et de son éditeur, Claude Durand (Fayard), poursuivis pour «incitation à la haine raciale» et «diffamation raciale» s’est terminé jeudi soir devant la XVIIe chambre correctionnelle de Paris. Ces trois jours d’audiences ont été riches en émotions, accusations, confusions. Il fallait s’y attendre tant le génocide des Tutsis au Rwanda soulève des passions en France, où la classe politique, à quelques exceptions, a toujours refusé de reconnaître les erreurs commises au Rwanda et où les (mé)comptes du passé se soldent devant les tribunaux.

Quatre pages. Etaient en cause quatre pages du volumineux ouvrage de Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs (2005), dans lesquels il affirme que les Tutsis recourent systématiquement au «mensonge» et à la «dissimulation». Ce sont ces mots et cette généralisation qui ont amené SOS Racisme à porter plainte et à se constituer partie civile, réclamant un euro symbolique de dommages et intérêts à l’auteur et à l’éditeur.

La défense et la partie civile ont fait chacune défiler leurs témoins. Pour la partie civile, plusieurs rescapés du génocide, venus du Rwanda et d’ailleurs, dont la psychothérapeute et écrivain Esther Mujawo-Keiner, qui a accusé jeudi matin Péan de «jouer avec des mots qui tuent», dans une atmosphère pesante. «Je m’incline devant la douleur des victimes», a réagi Péan, qui ne s’est toutefois pas excusé comme demandé par les avocats de SOS Racisme, ce qui serait revenu à un aveu de culpabilité. La veille, le journaliste, âgé de 70 ans, avait éclaté en sanglots quand un ex-président de l’Union des étudiants juifs de France, avait comparé son livre à Mein Kampf.

La défense a surtout tenté de ramener les débats sur la thèse soutenue dans l’ouvrage de Péan. Noires fureurs, blancs menteurs a en effet trois objets. Premier objectif, démontrer que le principal responsable du génocide n’est autre que Paul Kagame, actuel président du Rwanda, ex-chef du Front patriotique rwandais, la rébellion tutsie, et accusé d’avoir abattu l’avion du président hutu Habyarimana, le 6 avril 1994, ce qui a déclenché le génocide : c’est aussi la thèse du juge Bruguière, qui a délivré des mandats d’arrêt contre neuf proches de Kagame. La deuxième idée forte du livre consiste à expliquer que les massacres de Tutsis ont été accompagnés, voire surpassés, par des massacres de Hutus : c’est la thèse du double génocide. Enfin, Péan, à qui les ayants droit de François Mitterrand ont donné accès à ses archives, s’est donné pour tâche de défendre l’action de la France au Rwanda et du président socialiste en particulier.

«Sorcellerie». Au procès, Hubert Védrine, ex-secrétaire général de l’Elysée sous Mitterrand, est donc venu défendre Péan, expliquant que son livre ne constituait «en rien un scandale horrible», tout en jugeant les propos incriminés «un peu simplistes». Bernard Debré, ex-ministre (RPR) de la Coopération en 1994, a dénoncé un «procès en sorcellerie de racisme». Péan, qui s’est présenté comme un des parrains de SOS Racisme, et Claude Durand ont mis en avant leurs parcours et leurs travaux pour démentir toute intention raciste. Ils ont aussi fait témoigner l’universitaire belge Filip Reyntjens sur «la culture du mensonge qui, aujourd’hui, a atteint l’entièreté des Rwandais».

Peine perdue, la procureure de la République, Anne de Fontette, a déploré l’absence de «recul» dans les passages incriminés du livre de Péan. Elle lui a reproché de viser tous les Tutsis et non le seul FPR ou Paul Kagame. A la question de Péan - «Peut-on écrire sur le Rwanda?» -, elle a répondu : «On peut écrire sur le Rwanda, mais pas n’importe quoi, pas n’importe comment.» Elle a requis une condamnation et la publication de la décision, qui a été mise en délibéré.

Christophe Ayad, Libération du 27 septembre 2008

Cet article repose une question déjà posée: peut-on penser sans concept? (ou plus simplement, peut-on penser sans généraliser? Quel est l'avenir d'une pensée ne pouvant traiter que des cas particuliers?)

Dans ces conditions, et malgré la modération des associations (un euro symbolique), je comprends que Claude Durand ne tienne pas à verser de l'huile sur le feu. Peut-être aurait-il pu l'expliquer à Renaud Camus. Peut-être a-t-il craint que cela ne se retrouvât dans le journal 2008. Peut-être le lui a-t-il expliqué.

Notes

[1] je ne mets pas de lien vers l'article car je ne parviens pas à le retrouver sur le site de Libération dont le moteur de recherche semble indisponible au moment où j'écris ces quelques lignes. Je réparerai cela dès que possible.